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Le jeu vidéo, une histoire musicale (épisode 1)

Le jeu vidéo, une histoire musicale (épisode 1)

Tout a commencé avec le générique de Super Mario Bros dont tout le monde connaît l'air par cœur, et ça se finit par une multitude de musiciens actuels, de Owen Pallett à Ryan Hemsworth, dont l'écriture et la composition est totalement liée à leur culture en matière de jeux vidéos. Entre ces deux constats se décèle une chronologie foisonnante, entre compositeurs de jeux vidéos devenus cultes, musiciens indé qui s'occupent de bandes-originales de jeux mythiques, ou titres vidéoludiques qui s'appuient sur une tendance musicale pour gagner en plus-value. Nous savons tout que sans musique, un jeu vidéo n'est rien, et nous tentons de vous expliquer pourquoi.

Il n’y a presque jamais eu de jeux vidéos sans musique, et pour cause, elle a très rapidement servi le discours vidéoludique en jouant un rôle essentiel pour l’expérience du joueur. D’abord entraînante pour rythmer les parties, elle sert de tapis sonore aux bruitages, définit des atmosphères, donne parfois une identité à une saga de jeux cultes… Bref, 30 ans après la sortie de la NES dans nos étalages, et 25 ans après l’apparition de la légendaire Game Boy, nous avons remonté le temps jusqu’à la sortie de Super Mario Bros en 1985.

En fait, non, on a même remonté plus loin que ça.

Acte de naissance flou

Les premiers Game & Watch, ces petits boîtiers édités par Nintendo mettant en scène Donkey Kong ou Mario et édités à partir de 1980, possédaient quelques notes de musique, pour marquer une victoire ou une défaite par exemple. L’Atari 2600, éditée en 1977 au États-Unis et considérée comme la première console de salon à succès international, possédait évidemment une panoplie de jeux possédant leurs bribes de mélodies. Ces sons sont créés par une puce dédiée qui, de par ses capacités de gestion limitées, ne peuvent produire que des gimmicks extrêmement basiques. Un “handicap” qui va, par la suite et au gré de l'évolution des plate-formes, se transformer en marque stylistique…

Premières légendes

1985, donc, et vous entamez le monde 1-1 de Super Mario Bros. La musique, connue par absolument tout être humain qui se respecte, est signée Kōji Kondō. Ce coup de maître, qui a contribué à l’accession du titre au panthéon des jeux les plus mythiques de l’histoire, est en fait son deuxième travail pour Nintendo, après la B.O. de Devil World un an plus tôt. Notons qu’à la sortie de Super Mario Bros, Kondō avait 24 ans… Ceux qui suivront les aventures du petit plombier rouge connaissent évidemment les bandes originales de la saga Mario par cœur, et elles sont toutes de lui. Zelda ? Idem. Bref, Kōji Kondō peut être considéré comme le premier grand compositeur de musiques de jeux vidéo, et le plus emblématique à l’heure actuelle.

Ci-dessous, un florilège de son œuvre.

Des héros méconnus comme lui, il y en a un paquet, encore aujourd’hui. On peut citer Rob Hubbard ou Martin Galway, des vieux briscards ayant composé sur Commodore 64, mais aussi Nobuo Uematsu, à qui l’on doit les bandes originales de la série Final Fantasy, ce qui fait de lui un quasi-orfèvre, dont le travail a grandement aidé à nous immerger dans les mondes tissés au fur et à mesure des épisodes.

Un autre grand monsieur de la profession, cette fois-ci américain, s’appelle David Wise, et reste assez méconnu du grand public. Il a pourtant créé, avec les moyens qui étaient à sa disposition (des puces aux capacités sonores limitées, donc), de véritables bijoux musicaux à réécouter hors-contexte. On pense notamment aux trois Donkey Kong Country, sortis sur Super Nintendo, qui mélangent minimalisme, esprit funky et contemplation presque mystique, ce genre de créations étant assez rare dans un univers aussi grand public. DK Jamz, un CD audio sur lequel on retrouve tous les morceaux de l'épisode 1 de la série, a été édité, quant à Donkey Kong Country 2 (ci-dessous), sa B.O., considérée comme une œuvre majeure par la communauté, a même fait l'objet d'une réinterprétation récente par un panel de musiciens hétéroclites, pour un album en téléchargement gratuit.

En tout les cas, les contraintes sonores imposés par les premières solutions techniques pour produire de la musique sur console ont forcé les musiciens à rivaliser d’ingéniosité - et de talent - pour faire sonner leurs compositions. Ou pas : la célébrissime musique de Tetris, probablement le jeu le plus vendu au monde, n'est autre qu'une adaptation instrumentale de Korobeïniki, célèbre chanson traditionnelle russe, qui sonne tout autrement une fois synthétisée par la puce sonore de la Game Boy. Comme quoi, on peut aussi faire du neuf avec du vieux et réussir son coup en se basant sur une orchestration maligne malgré les contraintes, ce morceau, dans sa version "remixée", restant un emblème du "son Game Boy".

La révolution du streaming

Non, on ne parle pas de ce nouvel usage musical auxquels vous êtes forcément rôdés, mais à un nouveau rapport à la musique que les éditeurs et développeurs de jeux vidéos ont pu découvrir avec l’arrivée des jeux sur CD au milieu des 90's. Un support qui, à l’époque, pouvait aisément contenir un jeu, mais aussi des fichiers audio “classiques”, enregistrés avec des vrais instruments et gravés. Une solution qui permet de se passer de synthèse sonore, donc, ce qui a permis à bon nombre de jeux de présenter les tubes rock et électro qui leur collaient bien au teint, dont ils peuvent acheter les droits pour les utiliser au sein de leurs créations vidéoludiques.

Évidemment, nous avons tous pris plaisir à écouter les musiques cool du moment en jouant à deux jeux de course en 3D sur PlayStation. Mais cette nouvelle ère, forcément, va complètement recomposer le rapport entre jeu vidéo et musique, bien qu’on trouve encore de nombreux jeux, à l’heure des consoles “next gen”, dont la musique reste échantillonnée et séquencée.

En deux exemples (Tony Hawk Pro Skater et Wipeout), nous allons pouvoir prendre conscience du poids du streaming sur l’esthétique vidéoludique actuelle. Suite au prochain épisode !