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"Moodoïd, c'est quelque chose de malléable, extensible"

"Moodoïd, c'est quelque chose de malléable, extensible"

Nous nous sommes glissés dans le tipi de Moodoïd à We Love Green pour y rencontrer l'affable et fantasque Pablo, leader de ce groupe pas comme les autres.

Green Room Session : Tes impressions de ce concert ? Tout s'est bien passé, pas trop de trac ?

Pablo : Aujourd'hui, je n'étais pas du tout stressé, j'étais bien, et puis je ne suis pas un mec hyper tourmenté en temps normal (rires). Et puis une fois arrivé devant le fait accompli, c'était quand même assez impressionnant, ce premier festival en extérieur, en milieu d'après-midi...

C'était ta "première fois" donc ?

J'ai déjà eu l'occasion de jouer en festival outdoor avec Melody's Echo Chamber, mais pour Moodoïd c'était effectivement une première, on avait par contre pu tester des scènes en intérieur avec les Trans Musicales notamment. Du coup, j'ai découvert les aléas du festival en extérieur : impossible par exemple de bien voir ce qui s'affichait sur mes pédales d'effets à cause du soleil ! C'était un moment enthousiasmant, troublant, déstabilisant, et pas inintéressant.

C'est facile d'arriver à faire voyager un public de festival aussi exigeant et pointu ?

C'est vrai qu'on arrive vraiment à ressentir des différences en termes de public à chaque fois qu'on joue. Notamment dans notre position de "jeune groupe" : certains soirs, on voit que les gens connaissent bien notre EP, à d'autres moments, il n'y a que les morceaux les plus connus qui font réagir les gens, parfois il n'y a même aucun lien de tissé entre le groupe et le public avant que l'on se mette à jouer. Du coup, tout le challenge est d'arriver à capter l'attention, pourquoi pas avec les chansons les plus identifiées comme "Je Suis La Montagne", puis proposer des choses parfois un peu plus compliquées... bref, c'est un défi à chaque fois. Ici, la scène est grosse, il y avait assez de place pour avoir plusieurs publics : ceux qui sont debout et devant, très attentifs, ensuite ceux qui profitent du début de soirée posés sur l'herbe au second plan, puis les allers et venues au fond, là où ça circule le plus. Pas facile de gérer tout ça, surtout en tant que chanteur. Moodoïd c'est vraiment mon projet, j'essaie de m'impliquer à 1000% et d'être dans l'action.

Du coup, tu te retrouves naturellement en "première ligne" dans les bons moments et aussi les moins bons...

C'est ça, mais après, les filles du groupes sont un soutien énorme et super important pour moi, je ne pourrais pas monter sur scène sans elles. Ces derniers mois, on a beaucoup joué dans des salles de taille modérée, ou en première partie, du coup on a été habitué à pouvoir entrer dans une petite communion avec notre auditoire, grâce à l'intimité. Là, c'était clairement différent, mais c'est de la découverte, et c'est ça qui rend le truc aussi stimulant. Moodoïd, c'est un univers bien particulier, bien défini, et ça se travaille d'emmener les gens dans notre petit monde.

Depuis peu, vous jouez certains morceaux de votre premier album qui arrive cet été... Comment tu vis le fait de les "tester", alors qu'ils sont de toute façon sur la tracklist ?

D'ici le 18 août, on va aussi profiter de pouvoir encore jouer l'EP, parce qu'après la sortie du disque, certains morceaux vont naturellement disparaître de nos setlists de concerts. Mais en effet, on joue quatre morceaux qui apparaîtront sur l'album. Pas davantage, parce que certains nouveaux morceaux nécessitent du boulot de mise en place sur scène, on va d'ailleurs intégrer une nouvelle musicienne avec nous... C'est vrai que c'est étrange parce que depuis l'EP on a senti une vraie attente autour de Moodoïd, qu'on a tenté de combler en écrivant un disque fort, mais écrit rapidement, spontanément. C'est très excitant, mais je n'ai pas de recul, pas encore. Je suis dans le moment où j'ai envie que ça sorte, pour voir les réactions des gens, les retours.

Le format album est réellement singulier, il peut être considéré comme une œuvre finie. Vous avez créé un fil conducteur ?

En fait, quand tu sors un EP, c'est un peu comme si tu balançais une fusée scintillante qui est censée faire resplendir ce que ton groupe a à offrir d'une manière très condensée. Un album, je vois ça plutôt comme un moyen de s'attarder sur les détails, de développer des facettes. Du coup, sur ce disque, il y a effectivement plein de facettes de ma personnalité qui s'expriment. Certaines choses vont rappeler l'EP, d'autres vont partir dans plein de nouvelles directions... Je pense que le résultat est très éclectique et me représente assez bien. Je suis comme ça, j'écoute des tonnes de choses, et je vois Moodoïd comme une chose qui peut changer de forme, et être modelé à volonté. Pour revenir à ta question, le disque s'appelle Le Monde Möö, ça se passe sur une planète toute molle. Je file le thème du chemin tout au long de l'album, qui sera une grande promenade à travers ce monde, avec les chansons qui feront office d'étapes. Il y a un côté presque conte pour enfants, avec de l'héroïsme, mais avec des passages plus adultes, plus sensuels, qui parlent d'amour. Une sorte de "Seigneur des Anneaux" surréaliste.

Dit comme ça, on se croirait dans une BD fantastique... Vous avez prévu quelque chose de visuel pour accompagner cette histoire très imagée ?

Oui, on va préparer des clips qui vont donner de la matière visuelle à cette histoire. Mais toujours à la manière de Moodoïd, très libre, très créative.

Avec Moodoïd, vous avez l'impression de faire partie d'une scène ?

Oui et non. Nous sommes évidemment amis avec pas mal de gens, nous apprécions beaucoup Frànçois And The Atlas Mountains par exemple, mais Moodoïd n'a jamais avancé avec une volonté pragmatique, du genre "faire du son que personne n'a jamais entendu" ou "représenter le renouveau de telle ou telle scène". Alors oui, on fait de la musique globalement pop, on nous qualifie très souvent de "psyché" dans les articles qui parlent de nous... Personnellement, j'ai toujours fait ça à ma manière, comme un besoin. Ce que j'aime avec Moodoïd c'est que ça me permet de faire ressortir la part féminine qui est en moi (rires). Je peux parler de mes sentiments, d'amour, de choses plus personnelles. C'est peut-être aussi pour ça que les musiciens qui m'accompagnent sont en fait des musiciennes, ça influe naturellement sur mon jeu et ma composition. J'aime bien jouer du rock avec mes potes aussi, mais je n'aurais jamais pu faire Moodoïd avec eux. Pour ce truc de scène, si on rajoute le fait que je n'ai pas envie de rendre ma musique plus "française" qu'elle ne l'est, et qu'elle puisse être comprise et appréciée par n'importe qui, c'est naturellement que j'évolue de manière tout à fait indépendante dans ma tête.

Tu lis beaucoup ?

J'aime vraiment le roman américain. Je lis vachement Paul Auster ces derniers temps, il est fort pour les histoires étranges et bizarres, et John Irving aussi. Je lis aussi des livres pour enfants, du Claude Ponti avec des illustrations géniales. J'aimerais vraiment pouvoir lire plus.

Ton été ?

Studieux : on va faire les photos promo, finir le clip, qui est un vrai challenge à réaliser parce que bon, le Monde Möö, ça ne s'improvise pas comme ça, notre planète était globalement dure... Il y a quelques concerts de prévus aussi, mais ça va surtout s'axer sur les préparatifs pour que le disque sorte en bonne et due forme.

Tu te vois conduire Moodoïd dans 10 ans ?

Ce qui me plaît avec Moodoïd, c'est que c'est une boule d'argile, quelque chose de malléable, extensible. Pour le deuxième disque, j'ai déjà plein d'idées, carrément différentes de ce qui sera sur le premier, mais ça ressemble quand même à Moodoïd, tu vois ? Via cet état de fait, j'imagine bien une créativité sur la durée, en tout cas je l'espère.

Le Monde Möö, sortie le 18 août