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The 2 Bears: "C'est génial de mélanger bonnes actions et bonne musique!"

The 2 Bears: "C'est génial de mélanger bonnes actions et bonne musique!"

Raphael 'Raf Daddy' Rundell et Joe Goddard, les deux créateurs de The 2 Bears, ne sont pas d'illustre inconnus. Le premier est co-fondateur du label 1965 Records (ayant signé, entre autres, Toddla T), tandis que le deuxième est une des têtes pensantes d'Hot Chip. Vu qu'ils étaient programmés en début d'après-midi au festival We Love Green, on n'a pas résisté à aller déranger la digestion de ces deux ours bien léchés. 

Green Room Session: Pouvez-vous revenir sur la création de The 2 Bears ?

Raf : Joe et moi avions l’habitude de faire des DJ set ensembles dans les soirées Greco Roman à Londres. A l’époque, il s’agissant de fête, de warehouse (soirées organisées dans des entrepôts, petites sœurs des raves, ndlr.), c’était avant que Greco Roman ne deviennent également un label dans lequel Joe est toujours impliqué aujourd’hui. On aimait la même musique, et on n’arrêtait pas de parler d’aller en studio, sans trouver le temps. Ça a bien mis 4-5 à se mettre en place. En attendant, on parlait et sortait beaucoup !

Mais au tout début, ça n’aurait pas dû être les « The 3 Bears », avec Joe Mount de Metronomy ?

Raf : Oui, c’était une possibilité. Un ami commun pensait que The 3 Bears serait un bon nom de groupe (Raf, Joe et Joe Mount sont tous les trois barbus et imposants, ndlr.) et qu’on s’entendrait bien. Ca ne s’est jamais fait, Joe Mount est très occupé avec Metronomy. Je lui en ai quand même parlé une fois à une soirée à Londres. Je pense qu’un jour on va le contacter et faire un morceau ensemble.
Joe : Ce serait une bonne idée, il faut juste qu’on trouve le temps…

C’est vrai que vous êtes tous très occupés… Raf, il paraît que 1965 Records a été relancé ?

Raf : Oui, James Endeacott a recommencé 1965 le mois dernier, je crois qu’un premier groupe a été signé…

Tu n’es plus du tout impliqué dans le label ?

Raf : Pas au jour le jour. Je vois toujours James, nous avons passé 3-4 ans très intenses à travailler ensembles, nos familles sont proches… Un jour, peut-être que je m’impliquerais de nouveau dans le label. Mais je ne suis pas sûr que James et moi puissions encore supporter de travailler ensemble…

1965Pourquoi ?

Raf : Quand on se retrouve, on se marre, on fait la fête… Et ce n’est pas particulièrement facile de travailler après ça ! (rires) En tout cas, James supporte vraiment notre travail, son expérience et son oreille nous aident beaucoup en studio.
Joe : A vrai dire, il joue des percussions sur un morceau de notre nouvel album.

Peut-être qu’un jour les 2 Bears seront signés sur ce label ?

Raf : On ne sait jamais ! C’est une possibilité oui.

Joe, comment fais-tu pour mener de front Hot Chip et The 2 Bears ?

Joe : Hot Chip n’est pas très actif en ce moment. Nous écrivons quelques chansons et passons un peu de temps en studio, mais on ne va pas tourner cette année.

Depuis le début en 2004, Hot Chip sort un album tous les deux ans… On attendait quelque chose pour cette année !

Joe : Oui, quelque chose aurait dû sortir cette année, on est un peu en retard. Avec un peu de chance, on aura un album prêt et terminé pour l’année prochaine ! A vrai dire, on se la coule douce sur Hot Chip, chacun ayant d’autres projets.

Ça doit faire une grosse différence de passer d’un groupe de cinq à un duo…

Joe : C’est beaucoup plus simple pour prendre les décisions. Mais travailler avec Hot Chip n’est pas particulièrement difficile ou stressant, il s’agit juste d’Alex et moi écrivant des chansons ensembles. Raf, le plus souvent, me propose des samples et je produis dessus. Les deux manières de travailler sont totalement différentes, les personnalités aussi.

The-2-Bears

Où sont les costumes d’ours ?

Raf : On ne les sort pas très souvent malheureusement. Ils tiennent trop chaud… Et commencent à vraiment sentir mauvais (rires). On les a portés pendant les six premiers mois de The 2 Bears, mais on s’est vite rendu compte que c’était une mauvaise idée.
Joe : Dans certaines situations, c’est quand même agréable de se sentir caché par un masque… Mais ils ne sont pas confortables.
Raf : Je commence à être claustrophobe là-dedans.

Ça ne fatigue pas que dans chaque interview (comme celle-ci…), tout le monde vous parle d’ours ?

Raf : On l’a bien cherché ! (rires) Les gens aiment les ours, nous aimons les ours… Nous sommes des ours, je suppose.

Plutôt gummy bears ou grizzly bears ?

Raf : Ça dépend à quel moment de la journée… Ce matin, j’étais clairement grizzly, mais je parie que dans l’après-midi je serai plutôt gummy.

En 2011, dans une interview au Guardian, vous avez déclaré « La bonne musique est nécessaire quand les temps sont durs »

Raf : Je pense que ce que nous essayions de dire c’est que la dance music, être dans un club et partager une expérience commune avec des centaines d’autres personnes, ne peut qu’être positive. Pourtant, dans les médias, l’électro est souvent connotée négativement, raves et violences sont rapprochées… Ce n’est pas toujours le cas.

Votre musique en elle-même est très positive.

Joe : Ce n’est pas quelque chose dont on était conscient dès le départ, on n’avait pas prévu mais oui, notre musique dégage quelque chose de très positif.
Raf : Souvent, la dance music n’a pas vraiment de message, ce qui me va très bien. Sauf que parfois, on peut donner à sa musique une certaine couleur. Mais on ne s’en est rendu compte qu’au bout de quelques tracks. C’est impossible de savoir consciemment à quoi va ressembler son univers dès le début. Les artistes qui disent ça ont l’air d’avoir une conception très arrêtée de ce qu’ils font… Ou peut-être qu’ils mentent. Ou peut-être que je démystifie un peu trop… (rires).

La musique que vous écoutez est majoritairement positive aussi ?

Joe : Oui, plutôt. En terme de pop, de dance, j’aime les thèmes du partage, l’envie de voir les choses du bon côté, de se dépasser… L’artiste qui m’impressionne en ce moment, c’est ce vieil homme de San Francisco, Charles Cohen. Il fait de longues improvisations au synthétiseur, sur un vieux clavier, le Buchla Music Easel. Buchla est un fabriquant de synthé de San Francisco qui voulait créer des sons complètement uniques… Et complètement fous. C’est difficile d’utiliser ce synthé dans de la musique « normale », on ne sait jamais trop ce que ça peut donner, ça peut être très chaotique. Charles Cohen est devenu un maître de ces synthés, ça fait 40 ans qu’il improvise dessus. Il a donné un concert à Londres récemment et tous ses albums ont été réédités. Ils sont incroyables : aucun n’a de batterie ou de boîte à rythmes, c’est juste de l’improvisation, mais certains morceaux sonnent comme de la techno.

Vous sortez un deuxième album en septembre, intitulé The Night Is Young. A quoi doit-on s’attendre ?

Joe : Je pense que notre premier album était assez fédérateur : les cinq premiers morceaux s’imbriquaient dans un seul gros mouvement, le disque était globalement inscrit dans une seule ambiance… Ce deuxième album sera plus varié. Tout ne sera pas aussi positif, on s’y pose des questions, notamment politiques. Enfin bon, il ne fait pas que j’exagère, ça reste de la pop music. Mais je suis content des changements. Le style musical sera aussi plus changeant, on a même fait un morceau reggae.
Raf : Nous sommes allés en Afrique du Sud à la fin de l’année dernière pour des concerts et on a enregistré quelques trucs là-bas, à Johannesburg, avec des gens du coin pour les chœurs. Il y a donc une claire influence africaine dans cet album. C’était un voyage incroyable, très inspirant.
On s’est amusé avec des instruments aussi. Pour un morceau, on a enregistré du bass marimba. Le gars devait se mettre debout sur un banc pour jouer ! On aime bien utiliser des instruments non conventionnels pour faire de l’électro. C’est possible de faire de magnifique chanson avec un ordinateur… Mais c’est quand même plus marrant de jouer de vrais instruments.
Joe : Ça fait quelques temps que l’album est prêt, on est juste très impatient qu’il sorte... Je pense d’ailleurs qu’on va arrêter de répondre aux questions comme celle-ci, c’est trop frustrant ! (rires). Pour résumer, The Night Is Young sera doucement politique, doucement psychédélique, toujours majoritairement positive et marrant.

Politique ?

Joe : Oui, notamment sur le titre reggae, « Money Man ».
Raf : Au début des années 80, beaucoup de titres électro avaient une dimension politique, comme Human League par exemple. L’EDM aux Etats-Unis est globalement faite pour échapper à la réalité. Je n’ai pas de problème avec ça, je comprends pourquoi les gens ont besoin de ça, et j’aime ça de temps en temps. Mais c’est très puissant de pouvoir combiner les deux : le message et les gens qui dansent. Si ça marche, ça peut être génial… Par contre si ça foire, c’est absolument horrible. Vraiment horrible. C’est peut-être pour ça qu’on ne surjoue pas ce côté politique, mais il est présent dans l’album, ce serait bête de ne pas le mentionner.

Vous connaissez le concept de We Love Green avant de venir ?

Raf : Non, mais on trouve ça vraiment super. C’est génial de mélanger des bonnes actions avec de la bonne musique !
Joe : Quand tu vois dans certains festivals le gâchis qu’ils font… Je ne vais citer personne, mais quand tu fais un festival dans un pays très chaud et que les loges sont rafraîchies avec de grosses climatisations, tu peux vite être choqué par l’argent et les ressources dépensées pour du divertissement.
Raf : Ici, c’est raisonnable.

Vous allez rester un peu à Paris ce week-end ?

Joe : Non, on ne peut pas, on a un concert à Londres ce soir. On ne va même pas rester sur le festival, on finit notre set et on attrape notre train. Mais on vient souvent à Paris.

Quel sont vos spots favoris à Paris ?

Raf : J’aime bien aller manger des huîtres au Terminus Nord avant de prendre l’Eurostar. C’est sûrement très cliché, mais j’adore ça ! Sinon, on aime bien le Social Club, parce que c’est là qu’on a le plus souvent joué alors on est habitué à l’endroit. On a joué au Rex aussi, je me souviens qu’il neigeait et qu’on a très bien mangé avant, vers les Grands Boulevards, dans un restaurant où le patron était le stéréotype idéal du Français pour un Anglais. Sinon, on a bien aimé le Batofar. Et We Love Green maintenant !