JE RECHERCHE
DJ Pone: "Avec SARH, on joue beaucoup sur le silence et l'émotion"

DJ Pone: "Avec SARH, on joue beaucoup sur le silence et l'émotion"

DJ Pone et José Reis Fontao se sont visiblement bien trouvés : leur duo SARH fait mouche, entre morceaux planants et émotion palpable. Leur premier album sort lundi, le jour-même de leur premier concert. On a attrapé DJ Pone avant cette journée folle pour discuter de ce projet qu'il chérie. Interview Bisounours.

sarhGreen Room Session: Comment est né SARH ?

DJ Pone: J'étais au Social Club avec mon pote Jean Nipon, on discutait dans les loges à une soirée il y a bien 3 ans. Je lui racontais que j'avais des intru' et que je cherchais une voix. Un chanteur, pas un truc de rap. Et là, il me montre du doigt José en disant « le mec là-bas, il déchire ». Je lui ai envoyé « Urquinaona » et « Sailing With Lost Souls » et dès le lendemain j'ai reçu deux MP3 enregistrés sur Garage Band, dans lesquels José posait sa voix exactement comme on peut l'entendre sur le disque. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre mais j'étais vraiment ravi du résultat. Partant de là, on a commencé à se voir tout le temps, à devenir vraiment pote, et à faire plein plein de maquettes.

Plutôt home-made comme approche, non ?

Complètement, on a fait l'album très simplement. Les maquettes nous ont pris deux mois, sur un petit ordinateur, et on a bossé avec un pote à nous (Lucas Lasty, notamment à la production sur plusieurs albums de -M-) pour enregistrer l'album en studio et le mixer. On a fait ça comme des gamins un peu naïfs, sans cahier des charges, sans histoire de structure, de refrain ou de timing... J'ai laissé beaucoup de liberté à José, en faisant des prod' très simples, d'autant que c'était mes tous débuts en tant que producteur solo.

On ne s'attend pas du tout à un disque aussi pop, doux et planant quand on lit DJ Pone X José Reis Fontao...

J'ai toujours écouté beaucoup de sons différents, et j'ai fait partie de formations assez particulières, entre Birdy Nam Nam, Scred Connexion ou Svinkels ... Donc je ne sais pas si les gens connaissent vraiment mon univers musical. Par exemple, avec Birdy Nam Nam, on était sur quelque chose hip-hop et électronique, mais j'écoute aussi beaucoup de musique de film, de chanson française, de Radiohead, de Portishead... Cela-dit, quand tu enlèves la guitare et la voix de « Last Feeling », le beat est hip-hop. Mais on ne voulait pas donner l'image de « l'électro et le rock font un album ! »... Surtout pas ! (rires)

Je comprends que les gens soient surpris du résultat, mais ce disque n'est pas un effet pop-electro, ce n'est pas un exercice de style. Il n'y a pas de gros single commerciaux non plus, on l'a juste fait comme on le sentait sur le moment. J'ai écrit mes morceaux dans une ambiance un peu particulière et un peu sombre, José était dans le même mood. On joue beaucoup sur le silence et l'émotion.

Pourquoi avoir mis trois ans à sortir l'album ?

Déjà parce que on avait beaucoup de travail chacun de notre côté, on n'avait pas le temps de s'en occuper. Et puis on ne trouvait personne pour le sortir. A l'époque, quand on le faisait écouter aux gens, ils nous répondaient « mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse de ça ?! » (rires). Ils trouvaient ça bien, mais c'était avant le gros carton de Metronomy, Woodkid, The XX ou de The Weeknd, des groupes auxquels je ne me compare pas mais qui ont ouvert des portes. Aujourd'hui, l'album doit paraître plus accessible.

SARH est un disque assez sombre, y compris dans les visuels. Tout va bien quand même ?

Ce n'est pas que sombre, il y a quand même quelques lueurs d'espoir (rires). C'est le fond du puit, mais il y a de la lumière en haut ! Et oui, effectivement, c'est un album très sombre, mais j'aime les mélodies tristes, comme une musique de film. Mais on ne l'a pas fait en chialant ! C'est un grand bonheur de sortir un disque comme ça, surtout quand tu l'as fait très simplement. « Urquinaona » et « Sailing With Lost Souls » ont pris deux heures à réaliser, les instru des maquettes sont exactement les mêmes que celles qu'on trouve dans l'album... Et puis, je vais lui lancer des fleurs, mais à partir du moment où José chante, tu n'as plus à rajouter grand-chose. C'était très jouissif pour moi !

Vous citez souvent Dead Can Dance comme influence...

Dead Can Dance, c'est plutôt la référence de José, je ne connais pas du tout. Et c'est ça qui est bien sur ce disque : José et moi avons de gros points communs, comme notre amour des Doors, mais parfois il s'inspire de trucs que je ne connais pas du tout. On s'est vachement complété. Par exemple, Thom Yorke et Radiohead sont d'énormes références pour moi, alors que pour José pas du tout. Mais on a vraiment fait en sorte de lâcher prise sur cet album, sans influence particulière, même si il est hyper minutieux. Ça a été comme une thérapie pour nous de faire les choses aussi simplement, c'est quelque chose que tu ne peux pas faire en groupe, parce que quand tu bosses à quatre il faut que tout le monde soit tout le temps d'accord, avoir une cohésion... Là, à deux, on a toujours respecté ce que l'autre voulait. C'est simple, de tout ce qu'on a produit, on n'a quasiment rien jeté !

Tu multiplies les projets : SARH, Casseurs Flowters, un EP solo...

Et encore, je vais faire un album avec Greg Frite. Il devrait être fini vers juillet, on le sortira au moment opportun.

Hyperactif ?

Je me dis toujours que je pourrais en faire deux fois plus ! Je travaille, je rencontre des gens cool et je bosse avec eux. Et je trouve ça vraiment bien d'arriver avec un nouveau projet qui ne touche pas le même public que ce que je peux faire en solo par exemple. L'aventure de SARH m'excite vraiment pour ça aussi, c'est moins violent mais plus dans l'émotion. Notre première date approche, lundi aux Bouffes du Nord, je suis vraiment pressé. Je pense que je vais être très nerveux le jour même !

Qu'est ce que vous avez prévu pour ce concert ?

On va encore plus appuyer l'ambiance de l'album, faire rentrer les gens dans notre univers un peu atmosphérique. Personne ne sera là pour être dans un esprit « compétition », pour voir une démo de DJ Pone ou un truc qui tabasse... Je n'ai plus 20 piges aujourd'hui, j'ai 36 ans, j'ai besoin d'un truc un peu plus calme, même si, attention, on aura du bon gros son quand même et que la tension variera. En même temps, je dis ça, mais dans quelques secondes je vais aller sauter sur scène avec Casseurs Flowters ! (rires)

Est-ce que tu peux nous parler du morceau « Summertime Of Broken Hearts », morceau dévoilé hier sur Green Room Session ?

Quand j'ai fait l'instru, j'ai dit à José « j'ai fait un truc, un peu à la Beatles, mais c'est pas pour SARH... ». Il écoute et a voulu quand même poser une mélodie dessus, pour se marrer, d'autant qu'il aimait le track. Personne ne va le croire, mais quand José se met à fredonner, il prend moins de cinq minutes pour trouver les top lines. Et voilà, on l'a gardé ! C'est un peu un OVNI dans l'album, mais c'est un mes morceaux préférés. Il est court, efficace et hyper shiny, il fait du bien au disque.

Et maintenant, quel est le programme pour SARH ?

J'ai déjà composé plein de trucs. Quand je fais un son, je sais direct si ça va être pour SARH. On a déjà des idées, on veux refaire un disque. Mais on part de zéro, il y a un public à conquérir, ce live aux Bouffes du Nord va être très important. J'ai évidemment envie que ça plaise, que le disque marche... On y a mis du cœur !

Un petit mot pour la fin ?

J'espère que cet été ne sera pas celui des cœurs brisés !

Deux places pour le concert de SARH aux Bouffes du Nord sont à gagner par ici