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“La Machine a vocation a dépasser son statut de salle uniquement musicale”

“La Machine a vocation a dépasser son statut de salle uniquement musicale”

Nous avons rencontré Julien Delcey, le coordinateur général de l’une des salles les plus excitantes du paysage français.

Green Room Session : Quand as-tu pris tes fonctions à la Machine ?

Julien Delcey : Je fais partie de l’équipe depuis le tout début de l’aventure. Je suis arrivé en décembre 2009, on a récupéré les clefs du lieu fin novembre, le but étant de rouvrir fin janvier, ce qui est, comme tu peux l’imaginer, un peu speed. J’ai d’abord été administrateur de la salle, avant d’assumer la responsabilité de coordinateur général du projet. Du coup, mon travail au quotidien, c’est de travailler avec les programmateurs, la comm’, je gère plusieurs aspects de la production...

Tu fréquentais la Loco auparavant ?

Pour être honnête, je n’étais pas un habitué, le lieu était devenu un peu l’ombre de lui-même mis à part quelques soirées produites par des gens venant de l’extérieur, je me rappelle avoir fait une chouette soirée Tsugi là-bas. La Locomotive était une salle mythique, mais qui a fini par jouer un peu de tout, qualitativement et quantitativement, et qui a perdu de sa superbe à la fin.

Comment peut-on définir l'identité musicale de la Machine aujourd'hui ?

À la base, l’équipe de la Machine vient de deux salles parisiennes qui sont le Divan du Monde et Glazart. Ce sont deux salles qui sont orientées “concert”, et c’était vraiment notre volonté. On a la chance de pouvoir travailler un lieu qui se trouve quand même en plein milieu d’un quartier historique et animé de Paris, avec un espace assez dingue à exploiter, l’idée des trois salles a évidemment attiré notre attention, pour créer des programmations à tiroirs, etc. Aujourd’hui, cependant, il est évident que la Machine est davantage identifiée comme un club dans le paysage événementiel de Paris…

Comment expliques-tu cela, du coup ?

Il y a plusieurs facteurs. Le premier, qui est plutôt curieux, c’est que nous avons des problèmes de voisinage qui ne sont pas les mêmes que ceux qu’on pourrait rencontrer dans une salle avec des voisins “classiques”. En gros, on a remarqué qu’on avait moins de plaintes en faisant des événements au beau milieu de la nuit plutôt que l’après-midi ou le soir ! Forcément, ça oriente une programmation. Ensuite, il y a naturellement ce glissement général vers la musique électronique, et le fait qu’on se soit mis à travailler avec Sonotown, qui chapeaute toute cette partie “production et programmation” électronique et qui nous donne un cachet de qualité là-dessus.

Comment vous êtes-vous retrouvés à travailler avec Sonotown ?

On s’est rencontrés lors de leurs premières soirées à la Machine, en 2011, lors de leur “grosse période” d’activité nocturne. Ces types-là, ça peut paraître étonnant, mais ils sont comme nous, ils viennent davantage du live que d’une dynamique “clubbing” et ils voient les choses de manière réellement artistique. Au moment de leurs 3 ans, on pense à les embarquer dans l’histoire, en les intégrant à plusieurs niveaux de l’organisation du lieu. Aux côtés de Peggy, la programmatrice historique du lieu, ils ramènent leur expertise, leur réseau, leur énergie à la salle. En fait, on ne veut absolument pas tomber dans ce côté “boîte de nuit” qui programme du gros nom pour liquider de la conso au bar, on n’est pas des entrepreneurs et ça nous met mal à l’aise. De fait, la Machine est devenu une salle à l’identité plus club, mais on essaie de se poser le curseur là où on veut et on y arrive bien avec ces gars-là.

Est-ce une tâche facile de se créer une identité précise lorsqu’on évolue dans un paysage événementiel parisien assez chargé ?

En effet, c’est sûr qu’il y a désormais une multitude de lieux qui font de l’événementiel maintenant à Paris. Sans compter les soirées “hors les murs” qui fleurissent partout, comme tu as pu le remarquer, et ça semble beaucoup plaire ces derniers temps. On comprend tout à fait, les clubbers y vont pour l’expérience qu’ils vont vivre au sein d’un lieu insolite utilisé spécialement pour l’occasion, parfois davantage que pour la prog’. Nous, ça nous force à trouver des moyens d’offrir quelque chose qui nous semble intéressant face à ça. Premièrement : on essaie vraiment de bosser sur l’accueil. Ça n’a l’air de rien, mais je pense que quand tu viens à la Machine, tu es reçu par des gens vraiment cool, et ça te fait se sentir d’autant mieux.

Vous allez faire un festival de musique psyché ? C'est pas un peu fou comme idée ?

Écoute, pour l’instant les indicateurs sont au vert, donc si c’est fou, ça veut dire que nous avons pris les bons risques ! En fait, sur le projet du Psyché Fest (Paris International Festival Of Psychedelic Music de son nom complet, ndlr), nous travaillons avec un producteur extérieur. On sent qu’il y a une très forte attente du public parisien pour ce genre de projets qui sortent de l’ordinaire, comme si certains n’attendaient que ça de pouvoir apprécier des événements sur la musique qu’ils aiment alors qu’il n’en existe pas vraiment… Même si ce côté psyché peut se déceler par touches dans les productions indé.

C'est facile de se lancer des défis et de prendre des risques, économiquement, humainement ?

Ce n’est pas facile, mais c’est par contre indispensable, c’est une démarche à long terme d’essayer de travailler sur plusieurs scènes musicales, de développer des artistes ou des musiques qui ne marchent pas tout de suite, quitte à ne pas remplir à chaque fois… Un lieu qui va bombarder le plus de gros noms possible sur son affiche va pouvoir drainer le public de ces artistes immédiatement, mais risque de le payer lorsqu’il y aura des artistes moins “bankables” dans son calendrier… Construire solide, c’est toujours bénéfique sur le long terme, aussi pour que le public ait naturellement envie de repasser dans la salle si il s’y sent bien et qu’il a vu des plateaux qui lui plaisent. Même si .évidemment, la Machine produit des événements très disparates, tout le monde ne peut pas suivre et aimer tout ce qui se passe, mais on prend tout de même le parti d’une évolution des mœurs et des usages… Tu vois, dans l’équipe, on écoute tous du rock, du hip-hop, de la techno… on aimerait qu’on nous propose une salle comme ça si on était du côté du public, on ne se voit pas n’avoir qu’une couleur musicale, on travaille d’ailleurs constamment pour toujours faire les concerts qu’on a envie de faire malgré le bruit… On s’apprête à faire Jon Spencer Blues Explosion, il y a eu Hercules & Love Affair, sous peu on fête aussi l'anniversaire de Born Bad, on pense que la génération d’aujourd’hui, qui est archi-cultivée musicalement, est le vrai dénominateur commun de tout ça. Et ce public étant très versatile, il faut avant tout maintenir des propositions de qualité.

C'est quoi la suite ? Des envies extra-musicales ?

Justement, on est en train de travailler dans ce sens-là, la Machine a vocation a dépasser son statut de salle uniquement musicale. On est en train de refaire le Bar à Bulles, qui est la salle supérieure, on y installe des baies vitrées et on va y proposer un bar qui offre aussi de la restauration. Mais le but c’est aussi de pouvoir offrir un espace qui peut accueillir des expositions, tout en restant utilisable “la nuit”. On aimerait bien pouvoir développer des choses davantage pluridisciplinaires. Et sachant que nous avons repris le lieu très rapidement après avoir repris l’exploitation, ça nous tient aussi à cœur de renouveler un peu l’espace, pour que les gens puissent continuer à se sentir bien chez nous...

La Machine du Moulin Rouge
90 Boulevard de Clichy, 75018 Paris
www.lamachinedumoulinrouge.com