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Le monde du clubbing à Hong Kong

Le monde du clubbing à Hong Kong

Cette mégapole cosmopolite du sud de la Chine a-t-elle des choses intéressantes à offrir une fois la nuit tombée ? C'est ce qu'on va voir.

Ici, la plupart des DJs laissent tourner leurs morceaux une minute à peine. Ils s'autorisent d'étranges déviances, oscillant entre house, euro dance et Pharrell Williams. Certains portent des tee-shirts à l’effigie de Paris Hilton. Mais quelques clubs résistent encore et toujours à l'envahisseur. Green Room Session est de sortie, et vous dévoile un Hong Kong plus alternatif.

Son côté VIP

Un samedi soir dans l'empire du milieu. Des grattes ciels à perte de vue. Des chinois plein les rues. Le Central District est bondé. Sur Wyndham Street, les clubs s'entassent les uns sur les autres, les files d'attentes à l'entrée des différents établissements mangent le trottoir. L'une d'elles est remarquable : celle du Tazmania Ballroom. Celle-ci est située juste à côté du Socialito, en face du Dragon-I (tenu par le même proprio) : ambiance mannequins, talons hauts, champagne, musique criarde et bling-bling. Les fêtards, en tenue d'apparat, trépignent d'impatience devant la sécurité. Quelques mots d'anglais, le nom d'un habitué des lieux suffisent à éviter l'heure d'attente.

Fait étrange pour un expat', les clubbeurs ne dansent pas. Seuls les Européens sautent dans tous les sens. Ici, comme partout ailleurs, les locaux n'extériorisent que très peu leur bien être, pudiques. Mais leurs visages montrent qu'ils apprécient. Les barmen font défiler des bouteilles illuminées autour du DJ, zigzaguant entre fauteuils et tables de billard. Trois heures du matin, les tracks se suivent sans vraiment leur donner de sens : pop, rock, electro, house... Et un tube tous les quarts d'heure pour relancer la foule. Difficilement supportable pour un aficionado de musiques électroniques. A Hong Kong, les clubs s'adonnent essentiellement à l'EDM ou au hip-hop. Une colonie est présente dans le quartier : même formule, même esprit.

« Les clubs pullulent ici, mais ceux offrant une programmation pointue se comptent sur les doigts de la main. La plupart des DA ne sont pas passionnés. Ce sont des businessmen, qui souhaitent simplement attirer VIP et hommes d'affaires. Il y a quatorze ans, lorsque j'ai ouvert le Drop, j'organisais de gros évènements alternatifs. Mais la nouvelle génération est attirée pas les endroits bondés et à la mode. Les actuels patrons de la nuit les ont empoisonnés... A Hong Kong, tout le monde est speed, et tout ne cesse de changer. De ce fait, malheureusement, rares sont les personnes à prendre le temps de comprendre une culture, et l'assimiler. Notre amour de la musique et ses multiples formes d'expression passent aux oubliettes. Heureusement, la scène electro s'est formée dès les années 90 et nous a offert pas mal de libertés, insufflant une autre manière de faire la fête.» explique Joel Lai, l'un des associés du Drop club.

To the underground

Là-bas, justement, la house est mise à l'honneur : pas question de servir la même soupe qu'ailleurs. La clientèle est essentiellement originaire de continents étrangers. Dans la même veine, le Midnight & Co., équipé d'un système sonore Funktion One, est dédié à la techno, aux breaks et à la house underground. Sa programmation affiche fièrement Marcel Dettmann et John Tejada. Dans cet esprit, la Galerie XXX, grand espace dédié aux expositions et vernissages en tout genre, offre la possibilité de marier plaisir des oreilles et des mirettes. En plus de la techno, la bass music et le dancehall jamaïcain y sont présents : le hangar idéal pour performances originales disparates. Souterrain, minimaliste, industriel, il permet la projection de vidéos, le VJing. A l'origine du projet, DJ Enzo, bien connu des nuits Hongkongaises. Son but : exploiter un nouveau lieu et lui offrir une esthétique novatrice. Côté orgas, un crew de jeunes DJs, Small & Tall, réunit aujourd'hui des milliers de fans, dans des entrepôts, sur la plage ou en pleine mer, sans lésiner sur la qualité de la musique. Orientés deep, ils bookent les artistes du genre (Art Department, Fur Coat, Wolf + Lamb, Jamie Jones, Loco Dice...). Ce dont tout le monde rêve, ici, est de pouvoir associer danse, musique et mode, autour d'évènements pluridisciplinaires.

Et côté after, mieux vaut avoir eu le bon plan du soir : les soirées ne sont pas vraiment annoncées. Un petit tour au Buddha Lounge ? Le club est un peu crade, mais permet de brûler ses dernières calories. Certains s'endorment sur une statue de Bouddha, les autres trépignent sur de la deep minimale. "Underground", de Nick Curly, résonne pour la troisième fois de la nuit... Mais personne ne semble le remarquer. After oblige.