Music par Mathias Riquier 12.05.2014

Les clubbers, une histoire de tribus

Les clubbers, une histoire de tribus

Il n’y a jamais eu autant de clubbers sur les dancefloors, nous avons tenté d’y voir plus clair dans cette faune hétéroclite de danseurs !

Le clubbing n’a jamais été aussi vivant, il est donc évident que cette bonne santé amène de nouveaux publics à s’insérer dans la ronde. Peut-être avez-vous été vous-mêmes happés dans cette frénésie récemment, alors que vous n’écoutiez que du rap ou de la folk il y a quelques années ? Tant mieux, car chacun a pu ramener un peu de lui dans cette méta-culture musicale et vestimentaire. Du coup, en club, on ne croise plus que des clubbers “1.0”, en admettant qu’il y ait pu avoir des Adam et Eve du dancefloor. En tout cas, en 2014, leur descendance est multiple, on vous la détaille à coup de portraits-robots. De quoi reconnaître ses amis… Ou sa propre trombine !

Le capucheux

Non pas qu’on puisse mettre chaque individu portant un hoodie dans cette tribu qui se fait rare en dehors des soirées qui collent à son univers musical. Mais les capucheux forment un idéal-type de clubber bien défini, que vous pourrez retrouver dans toutes les soirées bass music de France et de Navarre en train d’osciller du chef devant un bon DJ de chez Hyperdub. Et parfois en soirée techno aussi, parce que le four-to-the-floor possède aussi un côté corporel.

Signe distinctif : hoodie ou veste au zip quasi-remonté, capuche vissée sur la tête.

Le fan de matos

tumblr_n02m2zMgmJ1qlx6p6o1_500En club ou en soirée warehouse, il y a toujours un(e) aspirant(e) DJ qui a un peu trop lu Sono Mag mais qui n’a pas encore les moyens de s’acheter la régie de Steve Aoki (le Bac d’abord, hein). Du coup, il se rince l’oeil sur le matériel du club dans lequel il danse, ce qui lui permet d’apprécier la technique de ses platinistes favoris, et de parfaire sa théorie pour le jour où, enfin, il pourra passer à la pratique. Son côté un peu obsessionnel le pousse parfois à lancer une ou deux questions au maître de cérémonie, du genre “Hey, t’as préparé ton set avec Rekordbox ?”, avec le sous-texte “t’as vu, je sais de quoi je parle”. Cette tribu est bel et bien présente en club depuis des lunes, même si on se demande parfois si elle n’est pas composée d’une seule personne qui change de peau à chaque fois.

Signe distinctif : toujours à la même place, collé aux barrières.

Celui/celle qui est arrivé là par hasard

On a tous, à un moment de notre vie, foncé en club avec une bande d’amis dans laquelle il y avait quelqu’un qui n’avait jamais vraiment traîné dans ce genre de soirées, pour la bonne raison que ça ne lui disait rien. Ce qui, évidemment, est un droit inaliénable, nous devons donc avoir une pensée émue pour celui ou celle qui scrute la déco, le coude posé sur un coin du bar, avec écrit noir sur blanc dans le fond des yeux “qu’est-ce que je fais-là, sérieux ?”. Oui, le clubbing exige deux choses : une certaine aisance sociale (les groupes d’amis qui arrivent en club peuvent se scinder ou se disperser, il s’agit alors de pouvoir communiquer avec les inconnus) et une voix qui porte un minimum pour couvrir le set de Marcel Dettmann à 15 mètres. Ce que beaucoup de gens n’ont pas, au fond.

Signe distinctif : sapé(e) pour un dîner entre amis mais pas du tout pour aller giuncher.

Celui/celle “du milieu”

Dans un club avec un minimum de cachet “branché-cool”, notamment dans une ville de taille conséquente (Lyon, Lille, Paris, Nantes…) qui condense plusieurs structures oeuvrant au développement musical de notre beau pays, on trouvera forcément une petite ribambelle de représentants du genre. Le directeur artistique de Bidule Records (un habitué), l’attachée de presse de Graou, nouveau groupe slam-pop qui cartonne sur SoundCloud, sans parler de telle journaliste culture ou du nouveau twitto influent dont on aime bien être pote parce qu’il balance des selfies avec vous qui sont “favés” à mort le lendemain midi. Le point commun de ces professionnels ? Ils adorent l’entre-soi et traînent donc beaucoup ensemble, ce qui leur vaut leur médaille de tribu, malgré le fait qu’elle soit parfois disparate dans les styles vestimentaires où les goûts musicaux.

Signe distinctif : ne prête généralement pas attention à la musique.

Le néo-goth

Depuis The XX et Salem, le noir est redevenu à la mode en club, et il continue à l’être grâce au maintien de quelques figures stylistiques du genre, de Jamie xx à Machinedrum (également égérie des capucheux pré-cités) en passant par Nicolas Jaar. Un peu intellos, portant des lunettes rondes fumées et des boucles d’oreille en forme de croix, (sans oublier un bonnet de Cousteau noir, un slim noir et un sweater oversize noir avec un imprimé un peu déviant) les néo-goths ne déconnent pas avec la night, et dansent comme si Robert Smith avait 25 ans et était fan de Grimes. Ces nouvelles chauve-souris sont assez rares de jour, et à peine plus visibles la nuit, il faut bien choisir sa soirée en fonction de la prog’ pour les apercevoir.

Signe distinctif : ne sourit jamais, tu entends, JAMAIS !

L’indie-clubber

La roue tourne, c’est généralement la loi en matière de tendances musicales. Alors en attendant de pouvoir se rouler une fois encore dans l’herbe au son du retour de la néo-folk inspirée par Bon Iver ou les Fleet Foxes, les fans de musique indé ont su trouver dans le clubbing quelques qualités dans certains projets musicaux qui leur permettra de tenir. De fait, un DJ-set de Caribou versus Four Tet peut tout à fait s’apprivoiser par une paire d’oreilles branchée indé, à la différence des productions techno d’un Richie Hawtin. Pas rare, donc, de croiser en club des gens que l’on imaginerait davantage devant un projet de pop danoise, en fonction de ce qui sort des enceintes.

Signe distinctif : pas totalement rôdé à l’intérêt musical des DJ-sets, a donc tendance à s’ennuyer après 45 minutes de mix.

Le YOLO-kid

partyAvant, il y avait les (jeunes) fans de turbine, maintenant il y a les (jeunes) fans de la nouvelle clique frenchie, de Bromance à Sound Pellegrino, et qui se donne à fond. C’est bien ce que les artistes de cette scène apprécient chez leur public, d’ailleurs, et, autre point positif, l’attitude enthousiaste de cette catégorie a tendance à ne agacer une autre dont ne nous parlerons pas ici, les quasi-quadras blasés c’était-mieux-avant” qui ont tendance à ahaner la nouveauté.

Signe distinctif : jamais fatigué.

Le beta-testeur

Peut-être ces gens sont-ils réellement du genre à manger les nouvelles recettes de yaourt aux fruits avant tout le monde, mais vous ne les croiserez plus à la Concrete, aux soirées Blank ou au Badaboum, car ces lieux, fonctionnant maintenant à plein régime, sont déjà derrière eux. Leur truc ? Toujours être là lors des premières éditions des nouvelles soirées qui se lancent, jamais après. Fervents défricheurs électro, ils donnent l’écho à ce qui vaut le coup, afin qu’on puisse prendre conscience des nouvelles opportunités. Vous voulez les rencontrer ? Pas possible, ils ont déjà déménagé à Romainville, le prochain endroit qui va cartonner en matière de clubbing.

Signe distinctif : invisible, littéralement.