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Do you speak Gabber ?

Do you speak Gabber ?

Ce style de techno extrême et toute l'imagerie culturelle qui lui est attaché est à l'honneur en ce début de mois de mai à Paris. Portrait-robot de ce phénomène de société trop méconnu en France.

Vous avez remarqué que ce mot semble faire partie du wording d'une certaine branchaga électronique depuis quelques semaines. Sauf que le gabber, à qui on offre des ponts d'or lors d'une exposition au Point Éphémère ou d'une soirée au Trabendo, a d'abord défrayé la chronique par son côté iconoclaste, ses kicks puissants, ses artworks de bon goût et ses tenues sportswear-piercings hallucinantes. Direction le Benelux, là où Thunderdome fait encore des émules.

De la house en accéléré

C’est pourtant simple comme bonjour : pour rendre un disque de house plus “hard”, il suffit de l’accélérer autant que le “pitch” de vos platines le permet, et de pousser les basses sur la table de mixage. Demandez-donc à Rob Fabrie, l’un des premiers DJ’s néerlandais à utiliser cette technique pour “booster” leur son ! Pour voir ce genre de choses, il fallait se pointer au Parkzicht à Rotterdam, un club qui avait la caractéristique de ne pas avoir de videur. Une explication, peut-être, du brassage social plus varié du public “proto-gabber”, puis de toute la vague qui suivra.

À la grande question “le gabber est-il hollandais ou américain ?”, il n’y a pas réellement de réponse, mais le premier lieu d’expression de cette frange extrême de la house et de la techno reste bien Rotterdam, qui s’est trouvé une spécificité sonore en devenant une sorte de centre magnétique des premiers DJ’s à officier dans ce style. Un temps de maturation nécessaire à la scission des styles fera naître la “hardcore house”, qui se différencie de la hard house “classique”, en proposant un son sensiblement plus dur.

Gabber, kézaco ?

Rien que l’histoire liée à la genèse du nom vaut son pesant de cacahouètes, tout en étant révélatrice de l’état d’esprit de cette scène musicale. En 1991, DJ Paul et son groupe Euromasters sortent le single “Amsterdam, waar lech dat dan?”, pouvant se traduire par “putain, c’est où Amsterdam ?”, le single comportant d’ailleurs la face B “Rotterdam Ech Wel” (Rotterdam est cool) dont les sons seront énormément resamplés par la suite.

Bref, un beau pied de nez à la scène house de la capitale néerlandaise, dont l’un des représentants, DJ KC The Funkaholic, déclarera en réaction que la hardcore house n’est qu’un gloubi-boulga sonore créé par des groupes de jeunes qui veulent aller s'éclater un max entre "potes" pendant le week-end. En version non-traduite, le terme "pote" se dit gabber, en tout cas en argot d’Amsterdam. Euromasters réagira en nommant son single suivant “Gabber zijn is geen schande” (y’a pas de mal à être pote). Ce titre posera au passage les bases fraternelles du mouvement, définissant ainsi les "gabbers"… et même son patronyme, qui, ironie du sort, est issu du jargon amstellodamois.

Les marques du gabber

http://beheer.smokeysbikeshop.nl/upload/Part/76343825-9944-4c66-97de-1b335b7dfbf5.jpgTout le monde au entendu au moins une fois parler de Thunderdome. Les yeux les plus avisés auront d’ailleurs remarqué que les événements qui fêtent la culture gabber ces jours-ci à Paris reprennent la typographie de cette hydre du gabber et du hardcore européen. Pendant que l’Angleterre et la France vivent leur lune de miel avec le mouvement free party, le Benelux se voit envahi de raves géantes organisées par ID&T, société de spectacle et label à qui l’on doit ces fameuses compilations Thunderdome qui ont parfois fait leur chemin jusqu’à nous.

Formé par trois étudiants, ID&T se pose d’abord comme organisateur de raves géantes sur le modèle anglais, la première ayant lieu à Utrecht en juin 1992, avec pas moins de 11 000 participants (après un essai six mois plus tôt avec une jauge de 300 personnes). La légende est née et durera 20 ans. Les soirées Thunderdome sont donc nées en même temps que le gabber et sont donc indissociables du mouvement, à tel point qu’il en a dessiné les contours de plus en plus mainstream (même si ID&T n’a jamais été seule entreprise sur le créneau). En quelques années, le gabber est devenu un véritable phénomène de société au pays des polders, faisant émerger une presse spécifique, un look approprié et un style de danse sautillant, sans parler d’une imagerie horrifique et extrêmement kitsch.

Les styles de gabber, apprentissage pratique

Le gabber “classique”

Rappelez-vous, les Pays-Bas ont beau être la terre d’accueil du gabber, ses artistes viennent aussi des USA. Les ambassadeurs du gabber viennent donc majoritairement de ces deux contrées, et possèdent pour la plupart des patronymes très glamour, de DJ Promo à Neophyte, sans oublier DJ Nosferatu et Rotterdam Terror Corps.

Le happy hardcore

Aussi appelé “happy gabber”, il est parfois produit par les même producteurs, sous un autre blaze. On les comprend, vu le résultat parfois un peu plus “compliqué” à avaler, et clairement plus édulcoré. Ci-dessous, une composition d’un type connu autrement sous le nom de… DJ Paul, le leader d’Euromasters.

Le terrorcore

Aaah, le bien-nommé terrorcore, aussi appelé darkcore (quoique certaines différences peuvent être notées, mais bon). Percutant, sombre, un peu satanique sur les bords, ce sous-genre peut servir de bande originale à vos soirées spiritisme.

Aujourd’hui, ça en est où ?

Après un creux de la vague à la fin des années 1990 et quelques polémiques autour d’une certaine dérive xénophobe d’une petite minorité de gabbers (beaucoup de fans originels s’opposeront d’ailleurs à ces tendances pour maintenir l’esprit fraternel à l’origine du mouvement), le genre s’est réellement “mainstreamisé” lors de son retour en force au début des années 2000. Plus lent (170 BPM contre 190 ou plus auparavant), plus “produit”, il devient très clinique et léché dans son ADN, tout en continuant d’être écouté par un très grand nombre de clubbers. Le mouvement fera du bruit jusqu’en Écosse, qui possède également nombre de soirées gabber encore aujourd’hui. Et même si le style s’est largement dilué dans un grand ensemble allant du gabber “pur” à l’EDM en passant par le hardstyle (vous savez, ce style qui a “co-influencé” la tecktonik à la fin des années 2000...), il reste ce qu’il a toujours été en son pays : un phénomène de société.

Le gabber en France

Dur de parler de scène gabber en France, qui a davantage été nourrie par le phénomène free party. Cependant, à côté des inébranlables Spiral Tribe et Heretik System, bon nombre de producteurs ont distillé, depuis la deuxième moitié des 90’s, une musique que l’on qualifiera simplement de “Hardcore”. Si Manu Le Malin, qui continue à mixer, est toujours resté plus “industriel” dans ses sonorités, des artistes comme Micropoint, Tieum ou Maissouille ont également su s’inspirer de certaines sonorités du gabber sans jamais le singer.

La tenue gabber parfaite

tenuegabber

Tondeuse avec sabot 2mm pour les mecs, tresse archi-serrée et tonte sur les côtés pour les filles, avec un bon ensemble survêt’ synthétique ouvert aux chevilles et des Nike Air (sans oublier deux-trois piercings). Pile-poil de quoi rester libre de ses mouvement pour pratiquer la danse du gabber, qui va vous faire lever les genoux jusqu’au côtes. Il va falloir apprendre vite : la soirée Gabber du Trabendo, c’est samedi soir !

Gabber, une culture à 180 BPM, du 1er au 13 mai au Point Éphémère
Soirée Gabber! - smaedi 10 mai au Trabendo (Paris)