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Chicago, la légende musicale méconnue

Chicago, la légende musicale méconnue

La troisième ville des États-Unis, qui vient hélas de perdre deux de ses grandes figures musicales, possède une histoire culturelle qui la rend unique au monde.

Tout le monde n'a d'yeux que pour le destin tragique de Détroit, qui a généré ou alimenté bon nombre de courants musicaux (de la soul à la techno) et d'artistes de renom, d'Eminem à Carl Craig. Sa "voisine" Chicago, pour les amateurs de musiques modernes, possède des contours plus flous, mais la disparitions de deux grandes figures de son histoire musicale (Frankie Knuckles et DJ Rashad) nous prouvent une fois encore à quelle point cette ville a compté, et compte encore dans le paysage musical mondial. Entre house, rap et footwork, découvrons ce que Chicago a dans le ventre.

Un peu d’histoire

Au début de tout, il y avait le jazz, ramené par les ouvriers afro-américains en quête de travail pendant les années 1900, créant ainsi une véritable “scène” de Chicago. Nous n’allons évidemment pas refaire toute l’histoire de ce courant, mais il a son importance dans les influences musicales de la ville, d’une manière similaire à celle de Détroit, dont elle n’est distante que de quelques centaines de kilomètres.

Le jazz, toujours présent dans l’ADN de Chicago (notamment à travers un festival de renommée mondiale), a naturellement influencé le déroulement de l’histoire musicale de la ville, qui a vu naître le groupe Earth, Wind & Fire et, parallèlement, une scène funk et disco vivace, sans oublier la soul.

Le saviez-vous ? Les gens précédemment cités sont les piliers d’influence d’un genre qui connaît un retour de vivacité sans précédent aujourd’hui : la house music. Ce qui a fait de Chicago la sœur jumelle de Détroit, ville qui a vu naître la techno, pendant les années 80.

Let there be house

En 1977, personne n’imaginait qu’un simple hangar pourrait influer sur le cours de l’histoire musicale. À son ouverture, le Warehouse ne passe principalement que du disco et du R’n’B de l’époque. Ce club, qui accueillait un public majoritairement gay, black ou latino, est devenu célèbre grâce à son DJ résident pourtant originaire de New York, Frankie Knuckles. Il sera le porte-parole des premiers producteurs de house music, qui vont populariser ce nouveau mélange entre rythmique syncopée et puissante, basse groovy, et samples de voix de black music, auquel viendra s’ajouter du piano par la suite.

Chicago est donc, par ce catalyseur précis, devenu un nid de créativité dans les années 80, grâce à de grands noms comme Lil’Louis, Chip E. ou encore Marshall Jefferson, qui fera exploser le genre à la face du monde avec… ça.

Bien que l’on connaisse tous le gimmick principal de ce morceau par coeur, il reflète parfaitement la force et, pour certains, la faiblesse principale de la house music : simple mais funky, ou funky mais (trop) simple, à vous de voir, certains ayant qualifié la house de “disco au rabais” à l’époque de son émergence. Si le genre a connu de nombreux développements parallèles, notamment à New York grâce à Larry Levan, c’est bien dans la capitale du Midwest qu’elle est née et qu’elle a connu ses plus belles évolutions, notamment la célèbre acid house qui a fini par squatter les clubs anglais à la fin des 80’s. La suite, vous la connaissez.

La vraie ville des gangsters du rap

C’est bien connu, le rap est né aux USA, et vous connaissez déjà bien les acteurs du genre dans les deux plus grosses villes du pays, à savoir New York et Los Angeles. Certes, le centre de gravité de la planète rap s’est équilibré quelque peu avec l’entrée en jeu de Houston et Atlanta au début de ce millénaire, mais Chicago possède également l’un des plus beaux palmarès de rappeurs en activité. Mettre en avant le fait que Kanye West soit effectivement né à Atlanta serait mal le connaître : l’interprète de “Stronger”, actuellement le plus grand rappeur en activité, est originaire de Chicago. On imagine qu’il a du se manger “Runnin Off At Da Mouth” de Twista plus d’une fois étant ado, sans parler du toujours actif Common. Plus récemment, on notera le succès indéniable de Lupe Fiasco, ou le retour du plus grand lover de l’univers avec un album nommé Black Panties… l’inébranlable R.Kelly.

On vous passe le chapitre sur la vivacité de la scène punk hardcore chicagoane, qui a par ailleurs généré des grands groupes de rock alternatif comme les Smashing Pumpkins ou Rise Against, pour revenir sur les dancefloors.

Ready, set… footwork !

La house, telle qu’on la connaît sous la plupart de ses formes (de l’acid house à la deep house) tourne généralement autour des 120 à 130 battements par minute. Chicago, lors de son basculement au XXIème siècle, a vu son coeur s’activer jusqu’à des rythmiques poussant à 160 BPM ! Les deux filles de la ghetto house (née dans les années 90, minimale, percussive et sexuelle), nommés juke pour l’ainée et footwork pour la benjamine, sont souvent mises dans le grand panier de la ghetto tech, même si on peut douter de la pertinence de cette association.

Concrètement, aujourd’hui, ce qu’on appelle le footwork n’est qu’une évolution frénétique de la juke, pour coller à une danse née dans les ghettos de Chicago et que l’on a naturellement nommée “footwork” par rapport aux mouvements de pieds très rapides qu’elle implique, comme vous pouvez le constater dans la vidéo ci-dessus.

Aujourd’hui, le collectif de footwork le plus solide au niveau mondial se nomme Teklife, dont la tête de gondole s’appelait DJ Rashad, le DJ/producteur nous ayant malheureusement quittés il y a peu de temps. En Europe, le phénomène footwork a été récupéré de manière plus “pointue” par bon nombre de producteurs de la scène IDM et bass music du coin, Ital Tek et Mark Pritchard en tête. Le genre a donc rejoint une branche de musique électronique de la house qui s’en est dissociée il y a bien longtemps au moment de l’émergence du garage, dont la formule anglaise a ainsi donné naissance au dubstep. Qui a dit que Chicago n’était pas une ville mondiale ?

On va où à Chicago ?

Autant vous le dire tout de suite : le Warehouse a fermé il y a 20 ans. Mais vous vous doutez bien que Chicago continue de regorger de lieux passionnants pour s’en mettre plein les oreilles, sa réputation de ville culturellement “fragmentée” n’empêchant en rien de s’y amuser. Si la ville a durement vécu la crise financière, elle a su s’en relever, et les séquelles laissées dans le tissu culturel se ressentent encore. Malgré tout, voilà de quoi vous faire un itinéraire.

Smart Bar (3730 N. Clark St)

Connu pour ses soirées Disco Illusion, ce club propose une prog’ dense blindée de DJ’s locaux, entre techno, house et trucs plus barrés.

Spybar (646 N. Franklin St.)

Plus axé techno, le Spy Bar s’inscrit dans la nouvelle veine du genre, on y retrouvera notamment Tale Of Us et Sasha sous peu, pour vous donner une idée.

The MID (306 N. Halsted St.)

Plus récent, ce lieu semble être le centre névralgique du gros son fédérateur, on pourrait même flirter avec l’EDM. Un peu de tri et vous saurez dans quoi vous vous embarquez.

Sound-Bar (226 W. Ontario St.)

Là, c’est plutôt en mode “grosse baignoire qui envoie du son très fort”, avec grosses lumières et auto-bronzant à l’appui. Mais sait-on jamais !

Gramaphone Records (2843 N. Clark Street)

Vous l’aurez compris, il s’agit d’un magasin de disques, en l’occurrence ouvert depuis 1969. Prévoyez donc une valise vide en rab’.

5411 Empanadas (773-755-5411, @5411empanadas)

Ça, c’est pour l’estomac : Chicago pullule également de food trucks, et possède dans sa flotte un camion qui répond à notre rêve le plus fou : proposer des empanadas argentins.