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On a rencontré le programmateur du Weather Festival

On a rencontré le programmateur du Weather Festival

On a rencontré Brice Coudert, l'homme qui se cache derrière la programmation du Weather festival et de la Concrete. Il nous détaille tous les aspects de l'événement électro le plus excitant de la Capitale, mais vous pourrez également compter sur lui pour avoir un avis sur la vivacité de la scène techno en 2014...

Green Room Session : Quelle est la motivation première pour organiser un festival de cette envergure ?

Brice Coudert : Démocratiser la musique qu’on promeut déjà avec Concrete et la faire connaître au plus grand nombre. D’un côté, il y a l’ambition de faire découvrir des artistes étrangers aux français, et de l’autre côté arriver à faire venir un public étranger pour leur faire découvrir la scène française.

Comment définirais-tu l’identité de Weather/Concrete ? Est-elle amenée à évoluer ?

Concrete et Weather, c'est la  même identité musicale. On est assez large musicalement même si on est pas mal basé sur la house de Chicago, la techno de Détroit et de Berlin. On apprécie la techno un peu plus énervée à la Chris&color=00aabb&auto_play=false&hide_related=false&show_comments=true&show_user=true&show_reposts=false"> Liebing et on aime bien la minimal house avec des artistes comme Raresh ou Villalobos, sans oublier le côté musique expérimentale dans ce que l’on fait à l’Institut du monde arabe avec Mount Kimbie ou Moritz Von Oswald Trio. La carte d’identité n’est pas vraiment définie même si on est prêt à l’agrandir, on se base surtout sur la qualité et sur des choses qu’on aime sans s'enfermer dans un style particulier.

Sur leurs formats respectifs, les projets Weather et Concrete semblent très inspirés de ce qui se fait à l’international. Tu peux nous parler des festivals qui t’ont marqués ?

Le Sonarmême si on n'est pas dans le même esprit musical, l’ADE (Amsterdam Dance Event) et les Nuits Sonores. On aimait l’idée d’investir une ville avec différents lieux et de faire intervenir des acteurs locaux pour que tout le monde participe.

Deuxième édition, le bébé est jeune mais grandit de façon exponentielle. On l’imagine comment le Weather de 2018 ? Un B2B entre Ben Klock et un alien?

On va déjà voir si les aliens sont gentils ou méchants quand ils vont arriver en juin. L’an passé on a fait 25.000 personnes et cette année on en attend 50.000. Pour l’instant on est dans nos objectifs donc on verra…

On dit beaucoup que le festival Weather s’adresse à des passionnés… Pour les novices, qui sont les anciens à aller voir et les DJ's de la nouvelle scène à découvrir en priorité ?

Déjà il y a l’ouverture avec Underground Resistance qui est super importante parce que c’est la base de la techno. La closing aussi avec Three Chairs, qui est un peu le mouvement historique de la house de Détroit avec Moodymann, Marcellus Pittman, Rick Wilhite et Theo Parrish. Le duo Trade (Blawan et Surgeon) qui joue pour la première fois en France. Ils représentent bien le nouveau mouvement qui touche un peu à tout, en piochant dans le dubstep ou la techno avec des sonorités super modernes.

La Concrete et le Weather, c’est assez récent, tu peux nous dire un mot sur tes débuts en tant qu’organisateur ?

Avant, je faisais un métier qui n’avait rien à voir, je sortais pas mal et j’allais à l’étranger. On a monté notre premier projet qui s’appelait TWSTED avec mes trois associés. Puis on a trouvé la barge dans laquelle on allait organiser Concrete et j’ai lâché mon deuxième travail. J’ai construit ça avec des potes, c’était un jeu au départ, on l’a vraiment fait sans prétention. Notre premier évènement a accueilli 500 personnes, on voulait faire un truc pour s’amuser puis finalement on a creusé et ça a marché.

Un organisateur de festival “électro” écoute t-il uniquement de la musique électronique?

J’ai commencé à écouter de la musique électronique il y a 12 ans. On va dire que pendant les 25 premières années de ma vie je n’écoutais pas du tout ce genre de choses. Je m'intéressais plus à des choses comme le hip-hop ou la soul. C’est super important d’écouter plein de choses, parce qu’on ne peut pas comprendre la musique électronique si on ne sait pas où elle puise ses influences.

Qu’est ce qui manquait aux nuits françaises/parisiennes ?

Aujourd’hui on est une des nuits les plus dynamiques d’Europe, les acteurs internationaux sont assez unanimes sur ce point, que ce soit les artistes ou les bookeurs... Il manque peut être une vrai fierté des Parisiens et des Français d’avoir une nuit qui marche bien. Il y a chez les Français un côté râleur à toujours dire que c’est mieux à Barcelone où à Londres, alors que ce n'est pas forcément vrai. Il se passe autant de choses voire plus à Paris...

Il y a un vrai regain dans le mouvement de la techno. Pourquoi selon toi?

Je pense qu’il y a un public grandissant, de plus en plus de gens veulent être promoteurs parce que c’est assez facile d’organiser une fête et de remplir une salle. Beaucoup de personnes se mettent à monter des évènements, ça crée de l’effervescence, ça ramène du monde et l’ensemble s’auto-alimente. Il y a peut être eu un point de départ sur Paris il y a trois ans avec l’arrivée de la Sundae, de la Concrete, de Cocobeach et Sonotown.

Penses-tu que la France a un son qui lui est propre?

Il y a eu la French Touch mais je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une couleur musicale parce qu’initialement on parle d'une dizaine d’artistes, pas vraiment d'une scène. Aujourd’hui il n'y a pas encore de couleur musicale typique, mais c’est logique puisque la scène est encore jeune. Il y a quand même des artistes qui se démarquent : Antigone, Ben Vedren, Voiski, Zadig… Je pense que dans les prochaines années la nouvelle génération va pouvoir développer un style propre et apporter quelque chose de nouveau.

Les membres de la scène "implantée" et de la scène émergente se mélangent assez bien, il n’y a finalement pas tant de scission entre l’ancienne et la nouvelle école. Comment cela s’explique ?

Les morceaux de DJ Deep ou de Jeff Mills d’il y a 20 ans peuvent être joués sans problème par des mecs comme Antigone. Aujourd'hui, on assiste juste à une évolution de la techno de Détroit, de la house de Chicago. C’est pour ça qu’on peut se faire côtoyer sur une même scène DJ Deep et Antigone.

Tu as l’impression que la musique électronique est en passe d’être acceptée par les institutions ?

Il y a 15 ans les flics débarquaient dans les fêtes, confisquaient le matériel et mettaient les organisateurs en garde à vue. Aujourd’hui la mairie diffuse sur ses panneaux les dates du Weather et Jack Lang nous prête l’Institut du Monde Arabe pour faire la teuf dedans.  C’est significatif d’une certaine amélioration, alors qu'au fond c’est la même musique qu’avant.

Un fait d’actualité dans la musique qui t’a marqué dernièrement ?

Je dirais la mort de Frankie Knuckles et de DJ Rashad. Franckie Knuckles, je venais juste de le booker pour la Concrete, il devait venir en septembre 2014. Ça m’a fait de la peine et j’ai réalisé que c’était important de faire venir ces mecs-là, des pionniers de la house et de la techno. Il faut en profiter et les faire découvrir aux jeunes générations tant qu’ils sont là.