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La Gaîté Lyrique: "Un lieu culturel qui présente ce qui se fait de plus actuel aujourd'hui"

La Gaîté Lyrique: "Un lieu culturel qui présente ce qui se fait de plus actuel aujourd'hui"

Jérôme Delormas est directeur général de la Gaîté Lyrique. Entre expo, concerts et ateliers, il a pris le temps de répondre à nos questions sur cette salle détruite, reconstruite, transformée... Et totalement intégrée dans le paysage culturel parisien.

Qu'avez-vous fait avant de devenir directeur général de la Gaîté Lyrique ?

Je dirige des lieux culturels depuis longtemps, soit en France soit à l'étranger. Je suis passé par Kyoto au Japon, Bilbao en Espagne, à Valence, à la Ferme du Buisson à Marne-la-Vallée... Mais j'ai aussi travaillé en indépendant, notamment sur la direction artistique de la Nuit Blanche 2007.

Quelle est l'histoire de la Gaîté ?

Le bâtiment que l'ont occupe aujourd'hui a une assez longue histoire : il date de 1862 et a été un des premiers théâtre musical de Paris, tourné majoritairement vers l'opérette. Offenbach en a été directeur, en son temps. Dans les années 70, c'était toujours un lieu de théâtre et de cirque. Mais dans les années 80, une grande partie de l'édifice a été détruite pour construire un parc d'attraction, Planète Magique, qui a fait faillite... En douze jours ! La Gaîté a alors été abandonnée pendant pratiquement 20 ans. Elle appartient à la ville de Paris, alors au début des années 2000, Bertrand Delanoë s'est interrogé sur son avenir. Il souhaitait que Paris se dote d'un lieu dédié aux cultures numériques, au delà du Paris des musées et du patrimoine.

Et vous avez récupéré le projet dès cette époque là ?

La ville de Paris, propriétaire et initiatrice du projet, a dit vouloir confier la Gaîté à une société privée. Nous étions candidats, parmi d'autres. Après plusieurs années, on a finalement été choisi par le maire en décembre 2007. La nouvelle Gaîté a été ouverte en décembre 2011. Quatre ans, au final, ce n'est pas si long, vu que tout était détruit. C'était vraiment un trou béant dans Paris, je l'ai vu à l'époque : un vrai terrain vague. Il ne restait que la façade, inscrite à l'inventaire des monuments historiques, et à ce titre elle a été protégée et restaurée. Tout le reste a été construit ex nihilo.

Qu'avez-vous fait pour fêter la réouverture ?

C'était un événement extrêmement attendu au niveau artistique, politique, médiatique et culturel. Tout le monde se demandait ce qu'étaient ces « cultures numériques ». On a fait une inauguration sur cinq jours, ce n'était pas un vernissage entre-soit, on voulait quelque chose de populaire. On a commandé des œuvres à des artistes qui prenaient en compte tout le bâtiment et organisé un festival de musique. Il y a eu 25000 ou 30000 participants.

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Vous vouliez quelque chose de populaire. Ce n'est pourtant pas l'image renvoyée par la Gaîté...

Les lieux culturels en général, en France et ailleurs, sont des lieux spontanément fréquentés par des gens qui ont déjà un certain bagage. D'une part, notre programmation touche des publics assez précis... C'est ce que j'appelle les publics « spontanés ». D'autre part, on mène un travail de diversification des publics. On fait beaucoup d'actions en milieu scolaire, des workshop, des ateliers... On essaye de sortir de notre public spontané, qui est essentiel, évidemment, mais sur lequel il n'y a pas de travail particulier à faire, à part la programmation. Notre public est majoritairement jeune, entre 15 et 35 ans, et nous faisons un effort pour toucher les plus petits et les seniors.

A quoi ressemble la programmation de la Gaîté ?

C'est assez éclectique, mais le cœur de la programmation est électro, pop et rock. On touche un peu au hip-hop ou au jazz. La musique dite contemporaine a sa place aussi, puisque nous travaillons avec l'Ircam (l'Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique). Cela permet de croiser les publics et de montrer à des artistes d'electro ou de hip-hop que l'Ircam développe des outils de composition ou de production incroyables et vendus dans le monde entier.

>>> Parler de la Gaîté, c'est aussi l'occasion de revoir la magnifique vidéo de présentation de la salle, réalisée par Yves Geleyn:

Expo, concerts, recherche musicale... La Gaîté, c'est quoi finalement ?

Un lieu culturel qui présente ce qui se fait de plus actuel aujourd'hui. On ne peut plus s'imaginer avec des sections cloisonnées, d'un côté la musique, de l'autre l'art. Ce qui nous intéresse c'est d'être généralistes et de se positionner comme créateur de lien. Nous ne sommes pas une galerie d'art contemporain,nous ne sommes pas dans l'entre-soi à chercher des artistes de niches. La preuve, on organise également des débats streamés, jusqu'à quatre fois par semaine, sur l'écologie, internet aujourd'hui, le jeu vidéo... Plein de sujets de société abordés dans le cadre des réflexions sur le numérique, visibles par tous.

Votre meilleur souvenir à la Gaîté ?

En 2011, lors d'un concert avec Carl Craig, Francesco Tristano et Moritz Von Oswald. Il y avait une projection en 360 degrés dans notre salle de concert, qui est aussi un espace immersif. Le live s'appelait Versus 2.0. Un moment exceptionnel, immergé dans l'image et le son... Le public était en fusion, un concert magique. J'ai beaucoup de très bons souvenirs. Pas plus tard qu'il y a quelques semaines, à voir l'enthousiasme du public venu pour notre ancienne expo « The Happy Show » de Stefan Sagmeister. Son nom n'est pas connu mais la manière qu'il a d'aborder la question du bonheur concerne tout le monde. On n'a jamais vu une expo où les gens ressortaient tous, et de façon unanime, avec le sourire.

En ce moment, en quoi la Gaîté innove pour diversifier le paysage culturel parisien ?

Par exemple, nous sommes en train de développer un brunch un peu particulier le dimanche, le Melting Popote. Les gens viennent et fabriquent leur brunch à partir de propositions de professionnels et de semi-professionnels. Petit à petit, on voudrait devenir un lieu des nouvelles tendances culinaires et d'art de vivre à Paris.

Toutes les infos sur le Melting Popote ici

Côté expo, quoi de neuf? 

« Motion Factory, les ficelles du monde animé » : le principe est de montrer comment une animation est fabriquée aujourd'hui, comment la magie opère, quel est l'envers du décors... On montre des films terminés, pour la plupart des court-métrages, des clips ou des pubs, mais aussi les making-of, les dessins et les maquettes qui ont servi à l'élaboration de ces films. Comme on est un lieu qui insiste beaucoup sur le DIY, on a installé un studio d'animation dans l'exposition, qui permet aux visiteurs de réaliser des bouts de films, évidemment accompagnés de professionnels. A la fin de l'exposition, le 10 août, on aura un cadavre exquis. Le film sera diffusé chaque jour par étapes dans l'exposition et évidemment publié plus tard.

Toutes les infos sur l'exposition Motion Factory ici

Des bons plans pour manger ou sortir à Paris ?

au-comptoir-de-brice-burger« Comme à Lisbonne », un bar à café rue du Roi-de-Sicile (dans le 4ème arrondissement). C'est selon moi l'un des meilleurs cafés et vendeur de pastéis de nata (de petits flans portugais) de Paris. On peut également y acheter d'autres produits portugais de très bonne qualité. L'ambiance est chaleureuse, c'est un endroit dans lequel on se sent bien. Côté restaurant, j'aime tout particulièrement « Le Comptoir de Brice », qui est tout près de la Gaîté Lyrique (33 Rue du Château d'Eau, Paris 10e). Il se niche au cœur du marché St-Martin, j'aime beaucoup l'atmosphère qui règne dans ce genre d'endroit. Brice Morvent (ancien candidat Top Chef) fait partie de ces jeunes chefs innovants qui savent revisiter les grands classiques, comme par exemple de délicieux petits hamburgers... A tomber !