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Les secrets de vieillesse de Damon Albarn

Les secrets de vieillesse de Damon Albarn

À 45 ans, tous les regards continuent de se braquer sur lui. Damon Albarn a tout fait : mener un groupe au firmament pendant 10 ans, monter un side-project qui connaît une destinée flamboyante, se payer le luxe d'expérimenter toutes les pistes artistiques... avant de dégainer, enfin, la carte de l'album solo. Ce type a forcément des cartes dans sa manche, on a essayé de les lui piquer pour voir.

Il reste sage comme une image

Rappelez-vous, c’était au XXème siècle : Blur et Oasis bataillaient ferme, par magazines interposés, pour l’obtention du trône du plus grand groupe de britpop de tous les temps. Évidemment, en frontal, ce duel était incarné par Liam Gallagher et Damon Albarn. Et à l’époque, on se rappelle facilement du gagnant (Oasis, donc), proclamé en comparant les statistiques de ventes d’albums des deux groupes. Bilan en 2014 : Oasis a explosé de panière pitoyable à Rock en Seine en 2009, les deux frangins Gallagher s’en sont donné à cœur joie pour régler leurs comptes dans la presse, bref, du vent et encore du vent. Pendant ce temps-là, Blur a continué d’exister, malgré la perte temporaire de Graham Coxon, et surtout, Damon Albarn n’a jamais joué les rock stars. La constance et la mesure sont les mères de la réussite, comme dirait l’autre, et le natif de Whitechapel peut aujourd’hui se targuer d’avoir tout réussi.

Il n'a jamais vendu ses tripes

Réussi quoi, d’ailleurs ? Non pas une, mais deux carrières internationales d’envergure. La première, tout le monde la connaît : de 1989 à 2003, Blur a donné de nouvelles lettres de noblesse à un rock anglais qui commençait alors à s’essouffler. On connait tous “Girls And Boys” et “Song 2”, mais aussi “Crazy Beat”, single le plus connu du dernier album en date du groupe, Think Tank. Un disque OVNI qui comporte des tubes, des expérimentations extrêmement poussées, et surtout une diversité sonore qui l’éloigne énormément de la britpop des débuts. Pas un seul single de traviole qui pourrait ternir le tableau, très exactement comme le side-project qu’Albarn a monté avec Dan The Automator, l’intriguant Gorillaz. Planqué derrière quatre musiciens animés créés par le dessinateur Jamie Hewlett, Albarn ne s’est jamais mis en avant dans ce projet qui s’est rapidement mis à générer davantage d’intérêt que son groupe d’origine. Et ce, toujours en équilibre entre la pop et une recherche musicale accessible.

Il a toujours su rester au contact

Gorillaz, deuxième album, 2005 : Albarn s’entoure cette fois-ci de Danger Mouse, alors membre de Gnarls Barkley et bootlegger renommé. Demon Days sent la pop, le rap, la bidouille, les ordinateurs en surchauffe, bref, c’est un grand bric-à-brac organisé et surtout terriblement bien calé dans son époque. Albarn, à cette époque, a déjà 37 ans, et ses propositions musicales sont aussi créatives qu’un jeune loup à peine majeur. Vous vous souvenez de The Fall, sorti la même année que le troisième album Plastic Beach ? Il a été composé uniquement sur iPad. Inutile de dire que Damon Albarn était le premier à tenter le coup. En bref, alors que les légendes Radiohead, autrefois à la pointe de l’avant-garde, se sont mis à tomber dans la caricature, lui ne vieillit jamais dans ses approches musicales, toujours dans le wagon de tête.

Il est pote avec les bonnes personnes

Pour ça, il y a un secret : ne pas s’enfermer dans un cercle socio-professionnel trop restreint. Pour le coup, Damon Albarn n’a jamais cessé de travailler avec des tonnes de personnes différentes depuis les premières périodes de flottement de Blur. Son premier disque collaboratif se nomme Mali Music et est sorti en 2002, avec la complicité de Afel Bocoum et Toumani Diabaté. Dans un registre plus old-school, son side-project The Good, The Bad and The Queen a été fondé avec Paul Simonon, illustre bassiste des Clash, le batteur afrobeat Tony Allen et un ancien The Verve, Simon Tong. Outre sa collaboration continue avec Jamie Hewlett, Gorillaz compte toujours une dizaine de musiciens, pour un line-up toujours changeant, sans parler des dizaines d’invités présents sur tous les disques, de Snoop Dogg à Del The Funky Homosapien en passant par The Polyphonic Spree, Lou Reed, Bobby Womack, Mos Def ou encore le rappeur londonien Kano. Et encore, on se retient de ne pas tout déballer. Le nombre d’accolades avec des musiciens d’univers différents serait-il le meilleur anti-rides du monde ? Bah ouais.

Il n'a pas cédé trop vite à la tentation solo

En 2014, lorsqu’on regarde le rétro de Messire Albarn pour analyser sa carrière, on ne voit donc aucun faux pas, et une qualité musicale exemplaire. Alors qu’un type avec un CV pareil aurait pu s’émanciper de tout soutien de ses pairs pour se lancer dans une aventure solo, souvent plus gratifiante pour celui qui la tente (mais aussi synonyme de déclin créatif, la plupart du temps), il a attendu que le compteur grimpe à 46. Le premier album solo de Damon Albarn, Everyday Robots, sort lundi mais s’écoute déjà partout depuis quelques jours, sans compter le tout dernier clip issu de cet album, le magnifique “Heavy Seas Of Love”. Ce final est l’ultime étape de préparatifs “en douceur” pour l’arrivée d’un disque serein et digne, qui pourrait annoncer le basculement de cet artiste unique dans la sphère des “patrimoniaux”. Albarn ayant annoncé que Blur était toujours d’actualité et que Gorillaz aurait droit à un nouvel album, peut-on enfin le considérer comme un suiveur ? Allez, vu la qualité de ce qu’il nous sert en 2014, on va attendre encore un peu.

Everyday Robots (Parlophone)

Sortie le 28 avril