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Petit précis des tendances musicales « fantômes », volume 2

Petit précis des tendances musicales « fantômes », volume 2

Vous les pensiez morts, ils bougent encore. Si peu de médias et de trend-setters s’intéressent encore aux évolutions de la drum’n'bass ou de l'IDM, sachez que de nombreux mouvements, autrefois florissants, continuent pourtant d’exister grâce à d’autres canaux, brassent une fan-base active, et peuvent d’ailleurs s’avérer vivaces dans d’autres contrées. Après un premier volume consacré (entre autres) au dub ou au gabber, cap aujourd'hui sur le big beat ou le post rock, grands rescapés des 90's.

Le Post rock

Il y a quelques mois, le groupe écossais Mogwai a sorti Rave Tapes, son huitième album, sans compter les nombreuses bandes-originales dont il a été l’auteur. Plus au Nord encore, le quatuor devenu trio Sigur Ros a récemment refait parler de lui avec Kveikur, un album remarqué pour avoir quelque peu bousculé le son très planant des Islandais, une chouette bouffée d’oxygène après une carrière placée sous les auspices de la contemplation. Ils font partie des rescapés du post rock, ce fameux genre principalement instrumental qui utilise les instruments du rock (basse, guitare, batterie…) dans un but bien plus spirituel qu’à l’époque d’Elvis ou des Sex Pistols. Tout ça, c’était au tournant du millénaire, et un paquet de groupes européens et américains (Explosions In The Sky, Godspeed You! Black Emperor) ont fait résonner leurs subtils larsens dans les enceintes de bon nombre de festivals. Une seconde génération de “post-rockers” a repris le flambeau pendant les années 2000, mais la popularité du genre a forcément flanché devant l’attaque conjointe de la pop et de l’électro. Les longues litanies du post rock ont-elles vécu ? Il est certain que la jeunesse d’aujourd’hui, et ses usages d’écoute quasi-boulimiques, ne correspond pas trop à cette musique intemporelle qui mérite de longues plages d’écoutes pour être comprise. Mais les récentes tournées archi-combles de Godspeed You! Black Emperor et la présence quasi-messianique des “grands” du post rock dans les festivals qualitatifs du paysage mondial, de la Route du Rock au festival ATP, confirment l’accession de ces groupes, et de leur son, à une ligue “hors catégorie” qui sera toujours respectée par le plus grand nombre.

 

Le Metal symphonique

Ne niez pas, c’est arrivé à tout le monde : un jour, vous avez joué aux cartes Magic. Et pendant que vous élaboriez votre jeu chez vous pour contrer les futures attaques de votre pote DarkWizard267 en perm’ du lundi aprem au bahut, il fallait bien un son à la hauteur de vos ambitions de conquête pour vous motiver. Et à ce petit jeu là, Mother Earth de Within Temptation a comblé le silence de bon nombre de soirées Donjons & Dragons. Branche bien particulière du metal qui a connu une ascension parallèle à la médiatisation de nombreux autres appendices du genre au tournant des années 2000, le metal symphonique a enfanté bon nombre d’adeptes, qui se sont farci un catalogue en pleine expansion depuis la fin des années 1980. Si tout le monde connaît évidemment Nightwish ou le néo-lyrisme d'Evanescence, la planète Terre a enduré mille souffrances démoniaques matérialisées sous forme de vocalises paralysantes qui ne sont pas connues de tout le monde. Celles du chanteur de Stratovarius, notamment, font sûrement cauchemarder pas mal de trentenaires repentis à l’heure qu’il est. Il suffit cependant de voir que la plupart de ces groupes continuent à sortir des albums, tourner avec acharnement et remplir sans problèmes les salles dans lesquelles ils jouent pour comprendre que l’heure n’est pas encore à la conjuration du mauvais goût. Il faudra attendre la sortie en Blu-Ray de l’ultime épisode du Hobbit pour ça.

 

L'IDM

Entendu de l’extérieur, n’importe qui pourrait jurer entendre une machine à laver en train de dérailler. Les vrais savent, et vous diront qu’il n’y a rien de plus subtil et mélodieux qu’un morceau d’Autechre. Cette “Intelligent Dance Music” (parce qu’écouter Disclosure fait de vous un ignare, si vous n’étiez pas au courant) n’a jamais porté de noms à la hauteur de sa diversité : braindance (ben voyons), glitch (comme si ce genre de musique pouvait se résumer à une défaillance électronique) ou encore click’n’cuts (peut-être le moins ridicule), autant de façons d’appeler les différentes facettes d’une façon bien particulière de composer. Et rien qui puisse définir cette idée d’une techno/house déstructurée à l’extrême, démonstrative dans la technique, en totale recherche d’expérimentation et d’émotions parallèles. L’IDM a été popularisée par le label Warp dans les années 1990, et notamment par les tribulations d’un producteur en particulier : l’anglais Aphex Twin, qui lui a donné ses lettres de noblesse avec des albums aussi inoubliables que …I Care Because You Do, Come To Daddy ou Drukqs. Autre “grand” nom de ce courant si particulier : le duo Autechre, donc, qui a construit sa légende en inspirant notamment le virage “électro-nerd” de Radiohead avec Kid A. Sans parler du bassiste bidouilleur Squarepusher, mais aussi, en dehors de la maison-mère, de types comme µ-Ziq, Kid606 ou encore Ceephax Acid Crew. Aujourd’hui, presque plus personne ne produit ce genre de son, et on se demande bien pourquoi. Par déférence, par sanctuarisation d’un genre qui semble avoir inspiré des tonnes d’artistes, de Burial à Skrillex ? Toujours est-il que la Terre entière guette le retour éventuel d’Aphex Twin (qui n’arrivera probablement jamais, vu comment ce type a l’air réfractaire aux méthodes de communication du XXIème siècle), ce qui prouve une chose : on est tous, encore en 2014, des danseurs intelligents.

 

Le Big beat

Aujourd’hui, le monde de la musique électronique ne jure plus que par le “four to the floor” : un kick à chaque temps, éventuellement une caisse claire et des “tsii tsii” pour syncoper tout ça (notamment dans la house). À la fin des 90’s, cependant, le paysage était un peu plus diversifié. Le rap, première période, prenait toute l’ampleur qu’on lui a connu depuis lors, notamment grâce à Dr. Dre, aux premiers Jay-Z, au Wu-Tang ou encore au G-funk. La musique électronique, quant à elle, émet du son au kilomètre, et certaines de ses éminences de l’époque ont pu siroter pendant assez longtemps un cocktail bien particulier qui leur a donné des idées. Entre la jungle et les rythmiques hip-hop, l’électro a trouvé un passage nommé breakbeat, qui veut tout et rien dire à la fois : il s’agit simplement de définir ce fameux rythme “cassé” typique du hip-hop, dans lequel les kicks sont parfois décalés pour augmenter le groove, et, pourquoi pas, de définir toute une sphère électro qui sévit un peu partout dans le monde, l’épicentre se situant en Angleterre. Parmi cette famille étendue, la tribu big beat a connu un succès monstre grâce à une poignée d'ambassadeurs. Aujourd’hui, les Chemical Brothers, The Prodigy ou Fat Boy Slim jouissent encore d’une aura indéboulonnable (sans même produire quoi que ce soit de nouveau), même si tout le monde a un peu zappé Fluke, JDS, DJ Morpheus ou les Plump DJ’s. À l’heure de la domination de la techno originelle, un bon paquet de capucheux attendent tranquillement le moment de gueuler encore une fois “Smack My Bitch Up” en rejouant à Wipeout 2097.