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De Skrillex à Azealia Banks, petit précis du "artist bashing"

De Skrillex à Azealia Banks, petit précis du "artist bashing"

Peu importe le niveau de talent ou de célébrité, il existera toujours des groupes, des producteurs ou des vocalistes qui traîneront une cohorte d'ennemis toujours aussi grosse que celle de leurs fans. Parfois, ils l'ont bien cherché, souvent, il s'agit davantage d'une coordination d'événements impromptus qui les a amenés dans la zone des artistes "clivants". Quant à nous, pourquoi aimons-nous tant détester ces artistes soi-disant trop célèbres, trop grande gueule, trop opportunistes ?

Question de personnalité

L’artiste idéal ? Humble, élégant, talentueux et détaché de toute considération égotique. Ce qui, dans la réalité, n’est jamais vraiment le cas… Et comme on peut le remarquer, c’est parfois franchement le contraire, pour l’amusement de certains, et au grand désarroi de beaucoup. Personne n’est vraiment en mesure de contester le talent de Kanye West, qui, depuis Gold Digger, s’est érigé en nouveau maître du rap américain, en grande partie grâce à son narcissisme impressionnant. De fait, il marque de plus en plus les esprits et crée deux camps bien distincts autour de sa personne : on “adore” ou on “déteste” Kanye West, point.

Bilan d’autant plus mitigé pour Azealia Banks, qui vient tout juste de refaire parler d’elle très récemment : après M.I.A. et Angel Haze, elle menace elle aussi de leaker son premier album, presque aussi attendu que pouvait l’être l’arlésienne Chinese Democracy de Guns’n’Roses qui a mis 15 ans à sortir. Mais on a appris à “l’apprécier” pour ses prises de paroles gratinées et souvent acerbes vis-à-vis d’artistes avec qui elle a pu collaborer, et qui n’avaient a priori rien fait de mal. Tout cela est d’autant plus frustrant que la rappeuse semble toujours détenir une bonne dose de talent… Et les autres exemples en la matière sont nombreux, de Billy Corgan à Paul Kalkbrenner. Bref, avoir la grosse tête, ça n’aide pas à éviter les bosses.

 

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— Peter. ☈ (@HolyRihanna) March 21, 2014

 

L’underground fait surface

skrillex_beeAu départ, le dubstep, c’était Benga, Skream, Loefah ou encore Digital Mystikz. Des noms qui ne vous disent peut-être pas grand-chose si vous ne vous êtes pas directement intéressés à ce mouvement musical, né au cœur des années 2000 et underground par essence. Rapidement, les basses modulées du dubstep ont envahi tous les clubs de Londres, d’Angleterre et enfin d’Europe, les USA ayant également développé certaines scènes à des endroits précis (notamment la Bay Area). La rupture la plus médiatiquement marquée, qui entérine la possibilité d’un basculement de l’underground vers le mainstream, est incarnée par Sonny Moore, dont le projet Skrillex a agi comme un accélérateur général de la bass culture. Au passage, des tonnes de beatmakers anglais et américains (de Flux Pavillion à Kill The Noise) le suivront dans cette dynamique plus “accessible” qu’on appellera brostep, ce qui arrangera bien les fans originaux du dubstep qui ont trouvé en Skrillex une bête noire parfaite, tentant au passage de garder les vaches ensemble. Aujourd’hui auteur d’un premier album, cet ex-chanteur de screamo brasse une fan-base hallucinante partout dans le monde, mais semble rester conscient qu’avoir sorti certains codes musicaux des marges dans lesquels ils se sentaient à l’aise n’a pas fait que des heureux. Mais il le dit lui-même : il préfère être détesté que de laisser les gens indifférents. Un concept original.

On prend un son et on recommence

Dans bon nombre de milieux créatifs (de la cuisine au design en passant par la musique ou le cinéma), un précepte semble mettre tout le monde d’accord : l’original sera toujours supérieur à la copie. En ce qui nous concerne, les exemples sont innombrables, deux d’entre eux sont particulièrement notables ces 15 dernières années. On vous déjà parlé de Coldplay, non ? Chris Martin et ses potes, qui ont commencé leur carrière de belle manière avec des singles comme “Yellow” ou “In My Place”, ont assez vite été pris pour des ersatz de Radiohead, de Suede (voire, classe ultime, de U2), et pour cause : le groupe a rapidement été accusé de mimétisme par un paquet de médias, la tendance s’étant cristallisée autour d’une accusation de plagiat de Joe Satriani sur l’un de leurs morceaux. Plus récemment, un single de leur prochain album a été remarqué pour ses ressemblances avec un titre de Bon Iver… Le débat reste ouvert, le groupe a tout de même pour lui d’avoir sorti des albums très solides.

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Dans un style différent, les californiens de Linkin Park ont traîné leur étiquette de vilains petits canards du metal, le son de leur début de carrière pouvant en effet se résumer à une synthèse de tous les gimmicks de ses célèbres pairs au tournant des années 2000. On vous passe tous les clones de Nirvana de la vague néo-grunge ou, dans une certaine mesure, les accusations de pillage de l’héritage house de Chicago par Daft Punk… Bref, “récupérer” l’existant pour le refaire à sa sauce est souvent mal vu, quelle que soit la manière dont cela est fait… Et quel que soit le talent, parfois réel, des artistes impliqués.

Trop c’est trop

On peut aimer un morceau, un groupe ou un artiste de toutes ses forces, on réagit tous de la même façon en cas d’excès alimentaire. Et il faut bien avouer que certains “phénomènes” de ces dernières années ont été à la fois bénéficiaires et victimes d’une certaine surexposition médiatique, la qualité du son devenant naturellement reléguée au second plan dans ces cas-là. Lors de l’apparition de la jeune Lana Del Rey dans nos vies, il était difficile de ne pas s’avouer charmés : son morceau “Video Games” et le clip rafistolé qui lui était attaché ont longtemps fait leur petit effet. 384 articles plus tard, sans parler de toutes les apparitions télévisuelles et de la pression communicationnelle de son label, la chanteuse, pour certains, est vite passée dans le camp des marionnettes indigestes dont on ne veut plus entendre parler.

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Si Stromae a connu un destin heureux ces 12 derniers mois, ralliant à la fois indés, intellos et ménagères, cette même frénésie autour de son personnage a naturellement amené ses détracteurs… à le détester encore davantage. On ne parle même pas des Parisiens de Fauve, qui drainent autant de fans que de haters bien malgré eux, même si leur attitude apparemment détachée du music system peut être sujette, encore une fois, à une surinterprétation qui ne fait qu’alimenter le moulin du camp ennemi. Qu’on l’ait voulu ou non, se retrouver au milieu d’un tourbillon attire nécessairement la colère de certains… À tort ou à raison.