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Musique et culture : nos astuces pour consommer autrement

Musique et culture : nos astuces pour consommer autrement

Échapper aux grands magnats de l'industrie culturelle, une utopie ? Non ! Car une poignée d'acteurs résistent encore et toujours à l'envahisseur, faisant perdurer les actions pour emprunter les chemins alternatifs pour promouvoir la culture. Tour d'horizon de quelques démarches citoyennes pour faire vivre la culture.

Comme le montrait l'étude toute récente du MIDIA, 77% des revenus de la musique vont à .... 1% des artistes ! Une tendance qui ne ferait que s'amplifier avec le net, à l'inverse des croyances populaires. Et pourtant, les 99% ne sont pas en reste question inventivité pour mettre au point des systèmes pouvant contourner le passage par les grands poids-lourds des industries culturelles.

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Le panier-culturel

Le panier culturel, quésaco ? Et bien c'est simple, pour ceux d'entre vous qui sont déjà familiers avec le principe des AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne), le panier-culturel reprend à peu près le même principe tout bête : le public engagé paye une cotisation à l'avance, et chaque contributeur reçoit du contenu à hauteur de la valeur de la contribution (spectacles, cds, dvds, livres...). Le but ? Court-circuiter les chemins traditionnels de production, et financer des projets qui n'auraient peut-être pas vu le jour s'il avait fallu emprunter les voies habituelles : trouver un label, une salle qui veut bien parier sur le spectacle, une maison d'édition, d'impression, etc.

panierculturelNé en 2012 à Nantes sous l'impulsion de l'association AP3C et du collectif Entraide et Artistes, le phénomène s'est répandu comme une traînée de poudre : Lille, Toulouse, Strasbourg et d'autres se sont mis à pratiquer cette nouvelle forme d'économie culturelle solidaire. Aujourd'hui à Nantes, trois paniers par an d'une valeur de 45€ sont proposés à une petite cinquantaine de contributeurs, au travers d'une association au fonctionnement ouvert et participatif. Dans les paniers, on retrouve des "bons pour" des photographes, musiciens, lecteurs publics, pièces de théâtre et autres, avec une préférence pour le spectacle vivant. Art'n'Cie, association toulousaine, a plutôt opté pour la distribution d'objets (cds, livres, dvds). Près de chez vous, vous trouverez également ZAM! (Zone Artistique Militante) à Lyon, Kilti à Lille, Escarcelle à Pau ou Mais-Pas-Que à Saint-Étienne, entre autres.

Mais alors, le panier culturel, la nouvelle solution ? Pas forcément. Petit bémol à apporter à cette belle démarche : il est parfois difficile de ramener des contributeurs souvent frileux à dépenser le tarif demandé (généralement entre 30 et 50 euros) pour des projets qu'ils ne connaissent pas à l'avance. Du côté des artistes, difficile pour eux de retrouver une relation comme celle que peuvent entretenir les agriculteurs et les contributeurs dans les AMAP : après avoir présenté un spectacle, ils ne peuvent le rejouer au même public, donnant un caractère éphémère à la dimension collaborative avec les artistes.

Le Crowdsourcing

Ah, le crowdsourcing, nouvelle terre promise d'Internet. Le crowdsourcing est, de manière large, l'externalisation à une foule de ce qui était auparavant géré au sein d'une entreprise. Derrière cette définition un peu austère se cache une pratique de plus en plus courante sur Internet : faire appel à votre public pour collecter une masse énorme de ses compétences, de ses connaissances ou... de ses finances. Cette dernière démarche de financement collaboratif, plus précisément appelée le crowdfunding (financement par la foule, vous l'aurez deviné), fleurit de part en part sur le net. La finalité ? Passer en dehors des circuits économiques traditionnels des labels et autres lobbys du monde de la culture, et restaurer une relation direct entre l'artiste et son public. Et tout le monde s'y met, du financement de clip à l'enregistrement d'album, les sollicitations vont bon train, et la liste des plateformes est grandissante : kisskissbankbank, ulule, mymajorcompany, sellaband, et bien d'autres. Au delà des clips et des enregistrements, certains projets sont plus ambitieux. Dernier en date, nos collègues de Radio Metal, qui voient les choses en grand : visant à long terme une arrivée sur la bande FM, le site a lancé un financement participatif pour avoir les fonds nécessaires à l'organisation d'une "grande fête du métal français au Zénith de Paris".

Cette volonté d'utiliser le crowdsourcing, plutôt que de rechercher des partenaires privés, part d'un véritable désir de relation directe avec le public. Comme nous le confiait Amaury Blanc, fondateur de Radio Metal : "le financement participatif est un bon moyen (car direct) de savoir si sa communauté peut être intéressée par le projet concerné". La solution parfaite pour voir si la foule est au rendez-vous, puisque pour qu'ils réussissent, il leur faut que "la mobilisation du public metal soit totale". Amaury se montre confiant, le financement étant actuellement le plus élevé de la catégorie musique.

Image de prévisualisation YouTube

Pour ceux qui ne souhaitent pas mettre la main au portefeuille, des sites de crowdsourcing proposent de mettre directement en lien les producteurs de musique et les industriels. Vous créez des musiques pour des publicités, pour le cinéma, pour des jingles télé ? Différents sites vous proposent soit de mettre vos morceaux directement à disposition, soit de vous faire découvrir par la participation à des concours (comme par exemple AudioCraft ou Record Together). Si vous êtes plutôt artiste de scène, Outlisten propose quant à lui un service qui vous permet de crowdsourcer les vidéos YouTube enregistrées par le public (ceux qui passent leurs concerts à filmer au smartphone, comme avec Die Antwoord ci-dessous). 

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Et ce phénomène ne touche pas que le monde de la musique, tout le monde s'y met : du cinéma, avec des plateformes comme TousCoProd, à la littérature avec Bookly ou encore Bibliocratie (vous permettant d'acheter un livre avant même qu'il soit publié). Il existe même des auteurs demandant la participation de leur lectorat pour la construction de la trame d'un roman.

Mais le crowdsourcing est-il un véritable circuit-court et court-circuit ? Le principe de base est définitivement très bon, cependant plusieurs nuances sont à apporter. D'abord, le crowdfunding se transforme en véritable envahissement de nos fils d'actualité : presque tous les jours, c'est une pléthore d'appels qui envahit nos boites mails et nos homes Facebook. Trop de choix n'est-il pas la meilleure façon de ne pas arriver à choisir ? Aussi, les crowdsourcings sont parfois vus comme le meilleur moyen de tuer le milieu : en organisant des concours avec à la clé des prix qui sont bien inférieurs au prix du marché (par exemple pour un jingle), le milieu professionnel fait face au risque de disparaître. Comment rivaliser, en tant que pro ou semi-pro, à un concours rassemblant une foule dans laquelle se trouve des concurrents amateurs ?

L'entre particuliers

Cette solution, vous la connaissez sûrement très bien. En dehors des sites de ventes comme LeBonCoin qui vous permettent de refourguer votre vieille MPC ou vos platines Stanton à d'autres particuliers, sachez qu'il existe également des sites proposant la location entre particuliers de matos, que votre recherche aille de la batterie à une sono complète pour un mariage. En haut de la longue liste, des plateformes comme Zilok ou encore jelouetout. En fouillant bien, vous pourrez même tomber sur des sites proposant en complément de la location de matériel des cours de musique entre particuliers (avec par exemple ilokyou). Mais gare à vos locations de service, qui pourraient être considérées comme du travail dissimulé, et donc illégal.

Mais aussi, si vous souhaitez vous rendre à votre festival préféré sans perdre de place dans votre voiture, sachez que Covoiturage.fr propose une page agenda sur son célèbre site Blablacar. Sur cette page agenda, la liste d'un bon paquet d'événements en France et alentours, et surtout un superbe service pour faire la connaissance de nouveau compagnons de festival.

Attention cependant à ne pas vous retrouver à 5 dans une Clio avec une tente 2 secondes par personne ! Soyez aussi attentifs avec vos achats et locations entre particuliers. Les professionnels garantissent une certaine qualité à leurs produits et services, donc n'hésitez pas à vous référer aux commentaires des autres utilisateurs, quand ceux-ci sont disponibles. À vos risques et périls.

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En dehors d'Internet

Mais rassurez-vous, les grands magnats de l'industrie culturelle n'ont pas encore mis le grappin sur tout le milieu, et tout reste à parier qu'ils ne le mettront jamais ! En dehors de ces démarches axées sur Internet, nombreux sont les artistes qui passent en dehors des circuits bien rodés des poids-lourds pour livrer leur art au public : il y a peu de raison de douter qu'un jour les artistes de rue (qu'ils soient danseurs, musiciens, poètes, ou autre) disparaissent, tout comme les salles de spectacles alternatives et autres scènes ouvertes. On ne contrôlera pas de sitôt l'art libre à grand renfort de billets.