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5 raisons d’aller voir Wrong Cops dès aujourd’hui

5 raisons d’aller voir Wrong Cops dès aujourd’hui

Quentin Dupieux, l’homme qui a tourné un film entier sur un pneu, défiguré Eric et Ramzy et réussi à nous passionner pour la disparition d’un chien est de retour. Mais pourquoi diable aller voir Wrong Cops, son nouveau film ?

Crédits Illustration: Antoine Limare

Parce que c’est furieusement drôle

On ne va pas vous faire le couplet sur la crise et le besoin de se distraire en ces temps déprimant. Laissons ça à ceux qui ont toujours besoin d’une excuse pour aller voir des mauvais films. D’autant qu’on sait très bien que l’humour de Quentin Dupieux ne fait pas rire tout le monde. Faites le test, si la bande-annonce vous fait marrer, vous pouvez y aller en confiance: le film entier est dans la même veine violemment grossière et outrageusement surréaliste.

Né de l’envie de développer un des personnages secondaires de son précédent film, le flic de Wrong joué par Mark Burnham, Wrong Cops s’intéresse à un commissariat de Los Angeles dont tous les agents sont intégralement pourris, même si Quentin Dupieux les filme comme s’ils étaient des héros ordinaires. Dans Wrong Cops l’anormal est simplement normal. Du coup, on passe sans cesse de la franche rigolade à une certaine forme de malaise et inversement. Les fans de Dupieux qui attendent qu’il réalise le chef d’œuvre foutraque dont ils le savent capable vont être surpris. Dupieux lui-même leur avait promis un film potache, écrit et tourné dans l’urgence à la suite du court-métrage du même nom (dont il ne reste quasiment rien au final) et né du besoin de se marrer un bon coup, et voilà qu’il livre son film le plus abouti et le plus drôle à ce jour.

Parce que personne ne tourne des films comme ça… en mode guérilla

rubberDégoûté des grosses productions depuis son expérience douloureuse sur Steak avec Eric et Ramzy, peu désireux de se soumettre aux bonnes manières des professionnels de la profession cinéma, Quentin Dupieux a enchaîné deux films en 2013, celui-là et Réalité avec Alain Chabat, dont on reparlera certainement vite. Épaulé par un producteur fidèle et tout aussi franc-tireur que lui, Gregory Bernard, Quentin Dupieux tourne en prise de risque permanente, sans attendre aucune source d'argent institutionnel qui n’arrive généralement jamais. L’avance sur recette ce n’est pas son truc. Il aime plutôt les tournages guérilla, rendus envisageables grâce aux possibilités du numérique. Rubber avait d’ailleurs été tourné avec un appareil photo, le fameux Canon 5D. Et pourtant ses films n’ont jamais l’air fauchés ou brouillons, au contraire ils sont toujours beaux et baignés dans une étrange lumière magnétique. Et si Quentin Dupieux était aussi un génial chef opérateur ?

Parce que c’est aussi un musicien fou et que ce film est son best-of

Avant le cinéma OVNI de Quentin Dupieux il y avait la techno OVNI de Mr Oizo. Comme quoi l’inspiration de ce garçon a toujours été… ailleurs. On l’a un peu oublié mais c’est chez F Communications dans les années 90 que Mr Oizo a fait ses débuts. Le label de Laurent Garnier et Eric Morand a très tôt donné sa chance à une musique que, il faut être honnête, personne ne comprenait vraiment. Bien leur en a pris car en 1999 le morceau "Flat Beat" devient un tube mondial (souvenez-vous la marionnette Flat Eric, réalisée à l’origine à partir d’un gant de toilette). Aujourd’hui, même si la musique semble passée au second plan des préoccupations de Quentin Dupieux, Mr Oizo reste un des fers de lance du label Ed Banger. Bizarrement jusqu’à présent on entendait peu de Mr Oizo dans les films de Quentin Dupieux. Dans Wrong Cops, à travers le personnage incarné par Eric Judor, flic borgne et difforme qui durant tout le film s’acharne à composer un « tube » techno, ce qui nous vaut une hilarante séance dans les bureaux d’une maison de disque en compagnie d’un cadavre mélomane (puisqu’on vous dit que c’est étrange comme cinéma), la techno fracassée de Mr Oizo est omniprésente. Au point que le film a parfois des allures de best-of de Mr Oizo, ce qu’Ed Banger a bien compris puisqu’ils ont saisi l’occasion pour sortir la bande originale du film qui ressemble fort à une anthologie des « meilleurs » morceaux de Mr Oizo.

Parce que c’est un roi du casting improbable

Qui peut réunir dans le même film Marylin Manson, Eric Judor, le revenant Eric Roberts (remember les années 80) et plein d’acteurs de séries cultes comme Ray Wise et Grace Zabriskie de Twin Peaks ou Don Stark de That 70’s Show ? A la manière de Jean-Pierre Mocky, dont il n’est pas si éloigné que ça (ce qu’il nierait probablement, à en croire ses interviews il n’aime personne), Quentin Dupieux apprécie les acteurs qui ont des gueules et du caractère. Son dernier film est avant tout une hallucinante galerie de personnages génialement incarnés. La plus grande découverte de Wrong Cops étant Mark Burnham, acteur frustré dont la carrière n’a jamais réellement décollé (au point que dernièrement il gagnait sa vie comme moniteur de ski),  littéralement génial en flic acrimonieux et dealer amateur d’animaux empaillés.

marilyn manson

Et pour finir parce qu’en allant au cinéma mercredi à Paris vous risquez de tomber sur Eric Judor faisant le mariole.

« Une promo aussi originale que le film lui-même » titraient la semaine dernière nos confrères d’Allociné. De fait, UFO, le distributeur des films de Dupieux, a redoublé d’imagination et multiplié les cadeaux collector. Fidèle parmi les fidèles de l’univers Dupieux, Eric Judor, qui en est à son troisième film tourné avec son ami, mouillera aussi le maillot en cette fin d’après-midi puisqu’il sillonnera les rues de Paris (surtout celles proches des cinémas projetant le film) au volant d’une Chevrolet aux couleurs du film pour aller, tel un homme sandwich déguisé en « Wrong Cops », distribuer des goodies aux passants : autocollants à l’effigie des personnages du film, fausses plaques de policier, morceaux de pellicule d’une copie de Rubber… Vous savez ce qu'il vous reste à faire.

39th American Film Festival - Wrong Cops Screening - Deauville