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F.A.M.E., une autre façon de filmer la musique

F.A.M.E., une autre façon de filmer la musique

Fame, Film And Music Experience, le nom du festival est déjà tout un programme : du cinéma, du rock (mais pas que) et des expériences. A quelques heures de la première séance, Green Room Session a repéré pour vous les films les plus intrigants.

A l’origine de cet excitant manifeste la rencontre d’un lieu, la Gaité Lyrique, soucieux comme le dit son directeur d’ouvrir ses portes à un "festival de son temps" et de deux programmateurs chevronnés, Benoit Hické et Olivier Forest, qui aiment et connaissent autant la musique que le cinéma sous toutes ses formes. 

Le premier a testé ses programmations au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand, lors de la Semaine de la Critique de Cannes ou au Festival des arts numériques Neno, avant de s’établir à la Gaîté pour des séances régulières et des projections thématiques en fonction des différentes expositions.

Gaite-Lyrique-ParisLe second a été durant cinq ans l’un des principaux instigateurs du glorieux festival Filmer la Musique dont l’aventure s’est terminée en 2012 sur un clash lui laissant « de la frustration et de l’amertume ». Bien décidé « à ne pas laisser se refermer une fenêtre qui permettrait de découvrir dans de bonnes conditions des films trop souvent invisibles» c’est tout naturellement qu’Olivier et Benoit envisagent le Fame « comme la continuité de Filmer la Musique et du travail déjà accompli à la Gaité Lyrique». Ils s’entendent sur une chose : « nous ne sommes pas des historiens du documentaire musical et nous n’avons pas envie de le devenir». Leur ambition alors ? « Lancer des passerelles entre le cinéma, la musique et les cultures pop et urbaines ». Ce qui leur plait ? Montrer des films originaux qui témoignent de leur époque à travers les univers musicaux. « On préfèrera toujours montrer un bon film sur un groupe qu’on n’aime pas plutôt qu’un mauvais film sur notre album préféré. » Voilà qui est clair.

Un festival et une compétition

Contrairement à son prédécesseur, le Fame ne présente pas une anthologie de films musicaux piochés à travers les époques et les styles. Du 13 au 16 mars, un jury international de musiciens (Ivan Smagghe), d’artistes (Dorothé Smith) ou de spécialistes du documentaire (Danny Lennon…) aura la lourde tâche de remettre un prix de 1000 euros au réalisateur du film lauréat choisi parmi une sélection de dix long métrages (plus cinq hors-compétition) projetés en avant-première et parfois terminés quelques jours à peine avant l’ouverture du festival. 

Le film d’ouverture : Bloody Beans

Olivier Forest et Benoit Hické ont choisi ce premier film de la réalisatrice Loubia Hamral, qui raconte la révolte d’enfant dans une Algérie troublée sur une musique de Zombie Zombie, pour qu’il donne le la de leur manifestation. Ni tout à fait un documentaire, ni tout à fait une fiction, Bloody Beans n’est pas un film sur la musique mais elle y joue un grand rôle. Une projection « expérience » puisque la réalisatrice a tout spécialement repris le mixage pour laisser plus de place au duo Zombie Zombie qui jouera en direct, dans la grande salle de la Gaîté, la musique qu’il a écrit pour le film (et qui sort prochainement sur le label Versatile). De la même manière, vendredi, le film Un jour peut-être, une autre histoire du rap français, qui raconte sur un mode désabusé l’histoire du rap alternatif français, sera suivi d’un concert réunissant DJ Fab, Gravité Zero et Cyanure d’ATK.

Le projet sextoy

sextoyProjeté en première mondiale et terminé tout spécialement pour le festival, le film d’Anastasia Mordin et Lidia Terki, financé en partie grâce au crowdfunding, dessine le portrait intime de Delphine Palatsi, alias Sextoy, l’une des personnalités les plus marquantes de la scène du Pulp. Une artiste engagée et extrémiste dont la carrière, malheureusement trop courte, a marqué une génération. Cette volonté de montrer des portraits, d’une personnalité, d’une scène ou d’une époque, plutôt que des biopics hollywoodiens balisés, traverse le Fame de part en part. On ne ratera pas non plus la projection vendredi de Very Extremely Dangerous, virée chaotique accrochée aux basques d’un musicien voyou comme seul l’Amérique peut en produire.

Big Star : Nothing Can Hurt Me

Vous l’avez compris, au Fame on préfère les formes ambitieuses, nouvelles et différentes, au cinéma bien calibré qui enchaîne les images d’archive et les interviews sur canapés. Ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir devant le film le plus classique du festival mais qui n’en reste pas moins passionnant par son sujet et la qualité de sa réalisation. Nothing Can Hurt Me raconte la carrière en forme de désintégration permanente d’un des groupes les plus mythiques (et losers) du rock américain des années 70, Big Star. Ils auraient pu devenir les Beatles américains mais ils marqueront surtout l’histoire en composant un chef d’œuvre du rock déprimant, Sister Lovers. Si vous voulez notre avis, c’est presque plus glorieux.

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12 O’ Clock Boys

Autre caractéristique du Fame, ne pas montrer uniquement des films dont le sujet principal est la musique mais qui témoignent des aspects les plus surprenants de la culture pop. Projeté samedi, le film américain 12 O’ Clock Boys dévoile ainsi les coutumes et la vie mouvementée des gangs de bikers des ghettos de Baltimore. Nul doute que la bande son sera très black... Dans le même ordre d’idées, le film Danger Dave, projeté vendredi, suit le parcours accidenté du skateur professionnel David Martelleur, et State of Play, projeté vendredi hors-compétition, raconte le quotidien de joueurs professionnels coréens de jeux vidéo adulés comme des rock stars.

">12 O'Clock Boys-Trailer from Thomas Niles on Vimeo.

Teenage

Ce sera probablement l’un des événements de ce premier Fame. Basé sur un essai de Jon Savage, un des plus grands journalistes rock actuels qui a lui-même collaboré à l’écriture de son adaptation, ce film de Matt Wolf, déjà auteur d’un beau portrait filmé d’Arthur Russell, revient sur l’invention et la montée en puissance d’une tranche d’âge qui a marqué le 20ème siècle, les adolescents. Sur une musique inédite de Bradford Cox (Deerhunter), Teenage décrypte la naissance de la « culture jeune » et sa monté en puissance tout au long du siècle tout en racontant ses différents mouvements. N’ayez pas peur, on peut faire confiance à Jon Savage pour rendre ça passionnant.

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Programmation complète, bandes-annonces et infos ici.  

A noter que le samedi soir, dans le cadre du Fame, le label Kill The DJ animera les nuits de la Gaîté à partir de 23h30 avec des live de Discodeine et Philipp Gorbachev ainsi qu’Ivan Smagghe et Clara 3000 aux platines.