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L'image d'un artiste, une question de logo ?

L'image d'un artiste, une question de logo ?

T-shirts, badges, pochettes d'albums : de nombreux artistes ont utilisé le logo comme premier vecteur de mise en avant. Est-ce toujours le cas aujourd'hui ?

La culture du logo est-elle liée à l'histoire de la pop ? Si Daft Punk est finalement aussi reconnaissable du grand public par son logo que par ses tubes ou si le hibou de Drake s'est presque hissé au rang de marque, ils ne sont pas les premiers à avoir "graphisé" leur image : The Prodigy, Run DMC ou même les Beatles avaient déjà "griffé" leur patronyme pour mieux l'ancrer dans l'esprit des fans. Retour sur une culture où musique, créativité et marketing font très bon ménage.

 

De l’importance de la typo

Longtemps avant l’avènement du logo comme objet pop tel qu’on le connaît aujourd’hui, dans la musique comme ailleurs, les premières manifestations du genre tenaient surtout à des “normalisations” typographiques. Qui, d’ailleurs, ont rattrapé les groupes concernés alors que leur carrière était déjà entamée… Le “logo” des Beatles ? Inutilisé sur les pochettes d’albums du groupe pendant les 60’s. Ce n’est que plus tard, au moment des multiples rééditions, que cette typographie a été reprise de l’endroit où elle est née : la grosse caisse de Ringo Starr, depuis 1963 (pour saisir toute l'histoire, le documentaire ci-dessous et un niveau raisonnable en anglais devraient vous aider). Pareil pour les Beach Boys : on croit toujours que la police de l’album Pet Sounds constituait leur marque de fabrique, mais pas à l’époque. Idem pour les Stones. Parenthèse sur ce cas précis : ces derniers, sans le vouloir, vont accélérer le processus d’imagerie normalisée en utilisant pour la première fois le design de cette fameuse bouche qui tire la langue (devenue depuis la marque de fabrique du groupe) en 1971, dans l'imagerie liée à l'album Sticky Fingers. Jusqu’à aujourd’hui, néanmoins, la forme la plus simple de “logoisation” se situe dans le texte, on peut donc davantage parler de logotypes que de logos. Celui qui vous viendrait en tête en premier dans l’Histoire ? Kurt Cobain le sait.

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Le logo, c’est rock’n’roll

Lorsqu’on vous dit Kiss, il est probable que ce soit le logo du groupe (et la trogne des musiciens maquillés, certes) qui vous vienne en tête avant même une note de musique. AC/DC, pour vous, c’est d’abord “Highway To Hell” ou le fameux éclair entre les lettres ? Pendant que disco, reggae, soul et jazz continuent leur petit bonhomme de chemin graphique, le rock, lui, commence à soigner son image. Ça passe par une scénographie, des costumes, et évidemment, un logo à la hauteur de la coolitude du groupe qui l’arbore. Alors que la fin des années 70 et surtout les 80’s commencent à allier production artistique de grande ampleur et marketing, il semble bien plus facile de refiler du t-shirt aux kids s’ils reconnaissent la griffe de leurs musiciens favoris d’un coup d’œil. La scène hard rock et metal s’est ainsi gavée de designs de logo anguleux : Iron Maiden, Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax possèdent tous une empreinte visuelle très forte, et ça vaut pour les générations ultérieures, de Korn à Muse. Certains des logos les plus représentatifs du monde de l'électronique, graphiquement, peuvent se situer dans la lignée créative des logos "rock" : celui des Daft Punk, designé par Serge Nicolas (Guy-Man étant tout de même co-crédité) ou celui de Justice, forcément très "christique", font presque partie de la famille.

Vous avez dit similitude de style ?

Vous avez dit similitude de style ?

 

Le rap game et ses “marques”

rundmcIl y a peu, nous étions tombés sur un Tumblr nommé “Art Of The Rap Logos”, qui énumérait bon nombre de macarons célèbres de l’histoire du rap, de Run DMC à Dizzee Rascal. C’est un fait : le rap a toujours donné lieu à une créativité “logoistique” exacerbée, peut-être renforcée par le rapport naturel des rappeurs avec bon nombre de grandes marques de prêt-à-porter (Run DMC a notamment passé sa vie en Stan Smith d’Adidas). Ainsi, il est rarissime de voir une pochette de rap US (le postulat est moins vrai par chez nous) comportant le simple nom du projet artistique, il faut que ça pète, et surtout que l’atmosphère sonore et les propos développés se ressentent d’un coup d’œil. Et si l’influence de la culture graff’ a influencé le design de logos hip-hop à une époque, les années 2000 sont généralement plus sobres et percutantes.

 

Typo versus picto

band-logosMis à part l’omniprésence des logotypes (les patronymes des groupes designés), existe-t-il de réels “logos” à proprement parler ? Si le plus célèbre a déjà été cité (les Stones), on note une présence animalière récurrente (de la fourmi de The Prodigy au hibou de Drake en passant par l’ourson flippant de Radiohead), mais aussi de pictogrammes, archi-identifiables mais souvent abstraits, lorsqu’ils ne singent pas les initiales du groupes qu’ils représentent. Ainsi, le logo étoilé des Red Hot Chili Peppers, les trois cercles de Led Zeppelin (qui a enchaîné ce genre de pictogrammes au long de sa carrière, cf ci-contre) ou les quatre barres noires de Black Flag ont été encrées un nombre hallucinant de fois sur les avant-bras de leurs fans, comme un signe de reconnaissance. Un peu plus souvent que le “LP” de Linkin Park, en tout cas. Bref, un picto est encore le meilleur moyen de souder une fan-base autour d’un visuel fort sans même avoir à citer le nom du groupe, ce qui renforcera le sentiment d’appartenance (ce qui peut poser le problème de la dépendance des groupes à l’image qu’ils ont eux-mêmes créé pour les représenter). On vous laisse retrouver le premier logo de l’histoire à avoir réussi un tel rôle.

 

Vers un indé sans logos ?

Vous ne jurez que par tout ce que produit Brooklyn en termes de musique indé ? Gorilla vs Bear et Stereogum sont vos Bibles personnelles ? Vous remarquerez que la multi-sphère indie-pop-rock / modern house / beatmaking (et on en passe) ne s’embarrasse plus vraiment de considérations logoistiques ces dernières années. Ces musiques, antithétiques à l’idée de “tribu” ou même de “niche”, s’orientent clairement vers un public iconoclaste, la grille de lecture à adopter utilisant des unités de mesure de branchitude davantage que de style.

En clair, maintenant que les frontières musicales se floutent et que les usages du public s’analysent davantage en termes de tendance, l’aura du logo, dont les vertus différenciantes ne sont plus à prouver, diminue forcément beaucoup. L’imagerie des marges, qu’elles soient punk, metal (les branches les plus extrêmes du genre semblent rivaliser d'ingéniosité pour rendre leur patronymes illisibles), rap, dub et on en passe, restant toujours ce qu’elle est, le malestrom créatif d’aujourd’hui a naturellement agi comme une centrifugeuse. Et si certaines tendances artistiques se remarquent dans le flux/reflux des choses, la grande smala des musiciens “dans l’air du vent” et de ceux qui l’écoutent se regarde comme un patchwork multicolore et, si on le regarde de loin, plutôt homogène. Bref, si vous voulez arborer un t-shirt avec un logo Bon Iver qui crache des éclairs, il faudra repasser.

Sommes-nous rentrés dans une époque “post-logo” ? Remettez-vous “Logorama”, cela vous rappellera combien cette hypothèse est inconcevable. Il semble néanmoins que la musique moderne ait naturellement retranché ses logos dans les marges.

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Pour en savoir plus :

Band ID, The Ultimate Book of Band Logos, de Bodhi Oser