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Ces machines qui ont forgé des genres musicaux

Ces machines qui ont forgé des genres musicaux

Sans elles, pas d'acid-house, d'abstract hip-hop ou même de disco. Retour sur ces bécanes qui, à elles seules, ont su lancer des mouvements.

Si, la plupart du temps, la créativité des artistes a poussé l'émergence de nouveaux styles, aussi bien dans le rock que la musique électronique, certains pans de la musique moderne n'auraient pas pris la forme qu'ils ont aujourd'hui sans certains instruments devenus des mythes à eux tout seuls. Claviers, boîtes à rythmes ou simples effets guitaristiques, passage en revue de ces "faiseurs de genre", alors que certains de ces dinosaures se voient réédités de nos jours avec un succès fou à la clé.

 

TB-303

Ah, sans la TB-303, pas d’acid house. Voilà, résumé en une ligne la principale caractéristique de la 303. TB-303=acid house. Point. Machine mythique qui se vend aujourd’hui presque 2000 euros d’occasion, ce synthétiseur/séquenceur fabriqué par les Japonais de Roland entre 1983 et... 1983 a connu, difficile à croire, un véritable flop à sa sortie. Fabriqué à seulement 20 000 exemplaires en 18 mois, la TB-303 était à l’origine pensée comme un bassiste d’accompagnement pour guitariste désargenté en répétition. Incapable de remplir ce rôle, elle a par contre comblé les désirs des premiers producteurs de house de Chicago, Marshall Jefferson et DJ Pierre en tête, qui cherchaient des machines pas chères et simples à programmer, voire à bidouiller. Incroyablement faciles d’utilisation, les lignes de basses de la TB-303 remplissaient les fonctions basiques requises pour leurs premiers titres dancefloor très bruts, et à force de tripatouiller cette machine très perfectible, le son acid house était né. Symbole de la scène des années 90, cette petite boîte grise a fait le succès de 808 State, de Richie Hawtin et son alias Plastikman ou encore de Josh Wink, puis est devenue un véritable objet de collection, à l’image des premières TR-808, 909 et 606 qui ont suivi, et dont la plupart se voient (enfin) rééditées dans un format plus moderne par Roland.

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Pédale d’effet Fuzz

Honneur à une pionnière. La pédale d’effets Fuzz est la première à avoir été utilisée par les guitaristes pour donner de la distorsion à leur son. C’est l’américain Link Wray qui la popularise en 1958 avec ses hits instrumentaux comme “Rumble” ou le bien nommé “The Fuzz”. Les groupes punk-garage-sixties en feront, à partir du début des années 60, leur joujou favori, appréciant particulièrement la tonalité crade et violente qui s’en dégage. Allez écouter n’importe quel titre des Sonics pour juger de l’efficacité de la fuzz. Celui qui va quand même populariser la pédale et donner l’envie à tout apprenti guitariste de s’en procurer une, c’est bien entendu Jimi Hendrix. Sa première prestation avec une fuzz date de mai 1966 alors qu’il jouait avec le groupe de Curtis Knight. L’année suivante Hendrix rencontre le pape des effets pour guitares, l’Anglais Roger Mayer, qui lui fabriquera des outils sur mesure comme l’octavia que l’on entend sur “Purple Haze”. Mayer travailla également pour des fines lames de son époque comme Jimmy Page (Led Zeppelin) ou Jeff Beck. Aujourd’hui encore, la fuzz n’est pas tombée aux oubliettes de l’Histoire. Il y a eu la vague des bébés rockers à la Naast qui en ont profité pour muscler leur son mais aussi le rocker de San Francisco, Ty Segall qui a baptisé son nouveau projet Fuzz, dont l’album, un des meilleurs de 2013 se nomme…Fuzz. La boucle est bouclée.

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Akai MPC

“Le rap, ce truc où on sample la soul”. Si cette punchline de Grems décrit un passé historique absolument authentique, il faut rendre à César ce qui est à César : au niveau de la machinerie, la série des “Music Production Center”, développée par Akai à partir de 1988 n’a jamais été détrônée dans le coeur des “beatmakers” depuis lors. Sa forme, vous la connaissez tous sans forcément savoir de quoi il s’agit : les “MPC” proposent une mosaïque de 16 carrés disposés en damier, sur lesquels on assigne des sons (percussions, éclats de voix…) préalablement échantillonnés, triturés, découpés… pour ensuite les activer à la main, créer des séquences rythmiques… Une façon de composer intuitive, liée à des possibilités techniques étendues, qui a séduit bon nombre de producteurs hip-hop des 90’s, Dr. Dre en tête (réécoutez son album 2001 et vous saurez). Sans MPC, DJ Shadow n’aurait jamais eu l’aura dont il jouit depuis le milieu des 90’s, feu J Dilla n’aurait pas pu marquer le rap américain de son empreinte (il a notamment appris à Erykah Badu à s’en servir), et Araabmuzik ne filerait pas des tartes scéniques à chaque représentation. Et on ne parle même pas de Flying Lotus, dont les compositions aux rythmes parfois “off beat” (volontairement décalées, “bancales”) ne pourraient pas être aussi groovy sans l’apport de ces fameux 16 boutons. Que l’on retrouve maintenant en version iPad, ou comme contrôleur de logiciels musicaux. L’époque change, le toucher reste.

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Moog Modular

Avant, les synthétiseurs de Bob Moog étaient comparables à des éléphants de cuivre, de bois et de ferraille, bardés de câbles et qui était tout bonnement intransportables. Si des évolutions ultérieures ont permis de rendre ces engins un peu plus sympa pour nos yeux de technophiles avertis, les premiers modèles de Moog Modular (qui constituent non pas un modèle précis mais plutôt un concept de fabrication), produits à partir de 1965, ont commencé à séduire quelques chorégraphes et musiciens expérimentaux… pour rapidement conquérir le coeur des Beatles et des Stones. À partir de là, tout s’enchaîne : les capacités de modulation des synthés Moog sont appréciées de Kraftwerk, de Giorgio Moroder, des Beach Boys, de Tangerine Dream… Le Minimoog, quant à lui, a été créé en 1970, cette version plus simpliste ayant l’avantage de pouvoir être transportée en tournée… Bob Moog a ainsi donné un outil (et un son) à bon nombre de musiques qui nous paraissent si importantes aujourd’hui : le psyché-rock, le prog-rock, le disco, et même la techno et la house par un jeu d’influences. Pas étonnant que Daft Punk ait trimballé quatre Minimoogs dans sa pyramide lors de sa dernière vraie tournée live...

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