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Petit précis des tendances musicales "fantômes", volume 1

Petit précis des tendances musicales "fantômes", volume 1

Vous les pensiez morts, ils bougent encore. Si peu de médias et de trend-setters s'intéressent encore aux évolutions de la drum'n'bass, du dub ou du metal alternatif, sachez que de nombreux mouvements, autrefois florissants, continuent pourtant d'exister grâce à d'autres canaux, brassent une fan-base active, et peuvent d'ailleurs s'avérer vivaces dans d'autres contrées.

 

La drum'n'bass

De toutes les niches qui ne semblent plus que l'ombre d'elles-mêmes, celle formée par le couple jungle/drum'n'bass est sûrement la plus vivace. Si le trentenaire se rappellera avec émoi les écoutes répétées de Timeless de Goldie, des tubes de Shy FX ou du demi-dieu Roni Size, il sait aussi que toutes ces gloires se sont mises à se mordre la queue durant les années 2000, et que la deuxième moitié de cette décennie a été celle de l'enterrement médiatique du genre. Ses nouveaux géants, de Pendulum à Chase & Status en passant par Netsky, ayant, pour les plus sentencieux, fini de couler le genre dans la mélasse du mauvais goût. C'était sans compter sur l'immensité et la fidélité du public, qui dépasse de loin le cliché "hoodie Ecko avec capuche sur la casquette". Il suffit de constater le succès que continue d'avoir un groupe comme Noisia, trio néerlandais pratiquant la drum'n'bass dans une version chaotique, sombre et percutante, ou encore l'affluence aux soirées spécialisées dans ce genre, pour accepter la véracité de la maxime "drum'n'bass never dies". Et il suffirait de traverser la manche pour blinder ce paragraphe d'autres exemples, l'Angleterre, terre patrie du "boom, cha, boom-cha", élevant toujours la "drum" comme une institution de l'électro chaque week-end de l'année. Pour le meilleur et pour le pire. Et dans la même veine, on imagine très bien le dubstep avancer sur les même rails...

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Le metal alternatif

N'ayez pas honte, on a tous un t-shirt Lofofora acheté chez Goeland planqué quelque part sous la pile. Dans les mêmes eaux que l'émergence du désormais vilipendé "nu metal" aux States, de nombreux groupes, d'abord inspirés directement du metal "classique", de l'indus et du hardcore (comme le groupe sus-cité), puis par cette nouvelle vague plus "groovy", ont déferlé sur la France des festivals au tournant du siècle. Aujourd'hui, personne ne semble avoir beaucoup de regrets, il n'existe d'ailleurs plus aucun magazine "rock alternatif" assez solide pour défendre une actualité assez maigre. Mais si vous n'aviez pas saisi, Mass Hysteria a sorti un DVD de son passage à l'Olympia en 2013 (oui, on a bien dit l'Olympia), Pleymo, selon les rumeurs, se pose la question de sa reformation, et quand Marilyn Manson et Korn jouent au Zénith pour défendre leur 37ème album, le public est purement 18-25. Le gros son a encore de beaux jours devant lui, il suffit de voir le nombre de représentants de ce mouvement au Hellfest et vous verrez que certains groupes que vous pensiez perdus corps et biens n'ont pas pris leur retraite.

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Le dub français

Oui, il a existé une exception française en matière de dub. Les puristes ne jureront que par Lee "Scratch" Perry, les intellos dropperont le patronyme de l'Anglais Adrian Sherwood pour flamber, mais la planète dub ne s'est pas construit qu'en Jamaïque ou en Angleterre. Lyon, bastion du "french dub", a porté une esthétique visuelle et sonore très forte grâce au label Jarring Effects, qui a développé des groupes comme High Tone ou Kaly Live Dub, sans parler d'Ez3kiel dans un registre plus large (l'exception géographique la plus notable venant d'Angers et s'appelant Zenzile). Bref, tout ça c'était avant le putsch rock du début des années 2000, avant Justice, avant le dubstep, avant toutes les mutations qu'a opéré le paysage de la musique indé, qui mange maintenant de l'électro-pop à tous les repas (et n'achète donc plus de t-shirts chez Goeland, si vous suivez bien). Et même si la planète dub ne semble plus avoir grand chose à raconter tant que l'on ne fait pas preuve de volontarisme (les chroniques d'albums se font rares, disons), on passera à côté des évolutions de carrière de tous ces groupes qui existent encore, qui génèrent (raisonnablement) une relève, et qui jouent partout où on leur propose de poser leurs valises. Et si les festivals "dédiés" ne sont pas légion (citons tout de même l'exemple du très bon Télérama Dub Festival), on les voit aujourd'hui côtoyer leurs mentors, comme si la boucle était bouclée... Et le public répond toujours, même si les casquettes militaires et les keffiehs semblent un peu délavés.

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La trance

Pour ceux qui ne se sont jamais penchés sur la question, non, la trance, ce n'est pas les deux ou trois tubes de Robert Miles que l'on s'est tapés au XXème siècle. C'est à la fois bien mieux et bien pire que cela. La vraie trance est davantage qu'un style, c'est un mouvement spirituel, vois-tu ? Des valeurs humaines héritées des grandes années hippies (avec une partie de l'arsenal vestimentaire), toute une gestuelle et une panoplie d'arts visuels dérivés (si tu écoutes de la trance, tu te dois de marcher par arabesques, de sourire à absolument tout le monde et de pratiquer au moins une discipline de jonglage), le vaste monde arpenté par cette communauté pas comme les autres est extrêmement fragmenté, mais néanmoins très connecté. Hadra dans le Vercors, Ozora en Hongrie, Boom au Portugal, les manifestations existent partout en Europe, la qualité primant sur la quantité. Et si vous ne connaissez personne au line-up, c'est normal : les tranceux (qu'ils soit plutôt psytrance ou goa) ont abandonné depuis longtemps l'idée de se faire aider par les médias pour découvrir leurs héros. Qu'on aime la trance ou pas, c'est un mérite qu'on ne peut enlever à cette scène : elle se maintient grâce à son propre réseau d'échange et de communication. Ce qui, quelque part, est une chouette idée de l'indépendance.

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Le gabber, la "tek"...

En France, on a eu les rave parties, les free parties, les teknivals, tous distincts les uns des autres sur la grande chronologie des musiques techno "extrêmes" et de la répression de sa partie événementielle. Et il n'existe que très peu de sorties ou de manifestations pour vérifier si le public est passé à autre chose ou pas. Si certains voyaient dans les variantes les plus rapides et violentes de la techno un simple fait divers géant et un peu long à disparaître, il vous suffira, primo, de prendre un avion pour l’Écosse : ses métropoles proposent bon nombre de soirées gabber, directement liées aux évolutions modernes de ce fameux mouvement qui a remué le Benelux des années 90 (et qui sera à l'honneur sous peu au Point Éphémère à Paris). Et l'ambiance qui y règne, si on peut discuter du goût vestimentaire des fêtards et du volume sonore, semble bien plus amicale que dans bon nombre de clubs "à la page". Et deuzio, si le voyage n'a pas été effectué personnellement, de remarquer que s'est tenu à Toulouse un joli barouf en janvier dernier : Heretik System, sound system français qu'on ne présente plus, et certains membres des mythiques Spiral Tribe ont fait exploser le vu-mètre et rameuté un public qui n'attendait que le retour des décibels pour crier sa joie. À quand le retour de Manu le Malin ?

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