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Comment on monte un club en 2014 ?

Comment on monte un club en 2014 ?

Green Room Session s'est entretenu avec l'un des responsables d'un club parisien tout nouveau, tout chaud, pour tenter de percer le secret de ces nouveaux lieux de la nuit parisienne.

« Être entrepreneur en France en 2014 c’est quelque chose de compliqué » nous dit d’entrée de jeu Aurélien Delaeter du Badaboum. Ça ne l’a pourtant pas empêché d’ouvrir avec deux acolytes un club en plein cœur de Paris. Si il y a quelques années la nuit à Paris était un peu grise, l’époque est bel et bien révolue. Concrete, Wanderlust, Nüba… Le nombre d’établissements explose. Les teufs au goût de rave parties se multiplient (Blank, Weather, Die Nacht...), le site Resident Advisor consacre un documentaire à la capitale et on élit le maire de la nuit : les rabat-joie n’ont qu’à bien se tenir. Alors oui, la nuit parisienne bouge à nouveau. Mais ça veut dire quoi, concrètement, d’ouvrir un club en 2014 ? Et si le pari était fou, mais pas insensé ?

 

Entreprendre

On s'en doutait, la première chose requise pour ouvrir un club, c'est l'envie. Ce qu'on oublie bien souvent dans ce monde de joie et de danse, c'est que tenir un club demande un investissement énorme. Gérer la programmation, tenir les comptes, s'occuper du personnel, entretenir de bonnes relations avec le voisinage - sans oublier tout les imprévus qui ne manquent pas de pointer le bout de leur nez : c'est loin d'être tous les jours la fête pour le patron d'un club. Autant dire qu'il faut avoir les reins solides, une énergie débordante et une envie sans limite. Et qui dit club, dit esprit d'entreprise. Un club est aussi un établissement commercial. Il s'agit de durer et de ne pas mettre la clé sous la porte la première bise venue.

La bonne volonté c'est bien mais sans un minimum de compétences préalables on est vite largué. De la sélection des artistes à la négociation de leur contrat en passant par les fiches de paie : il y a intérêt à avoir plusieurs cordes à son arc. Ce n'est pas pour rien si c'est un trio qui est à la tête du Badaboum : Aurélien Antonini, Aurélien Delaeter et Benoît, qui rejoindra l'équipe en juin prochain. Quand les deux premiers gèrent plutôt la direction artistique, la production et la communication, le nouvel arrivant s'occupera de la partie commerciale. Élément indispensable donc pour ouvrir et gérer un club : savoir s'entourer. Pourtant, même le meilleur gérant du monde aura du mal à faire tourner un club. Il lui manquera la connaissance du milieu. Les trois compères du Badaboum ont engrangé un certain nombre d'expériences avant de se lancer dans l'aventure du club. Deux des trois associés sont ou ont été employés dans d'autres clubs et sont également producteurs de soirées ou directeurs artistiques : « Depuis des années on travaille dans les clubs des autres, on voit un peu tout ce qui va et tout ce qui ne va pas dans tous ces endroits. Donc forcément on s'est dit que dès qu’on aura l’occasion, on pourra montrer notre vision du truc ». On ajuste donc son projet en fonction de ses expériences et on en profite pour ne pas faire les mêmes erreurs que les autres. Le trio n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai puisque c'est la même bande qui gère déjà le bar Panic Room à quelques encablures du Badaboum. C'est aussi cela qui leur a donné envie : « On a monté le Panic tous les trois. C’était notre première affaire. Et c’est là que ça nous a donné envie d'en développer une autre. »

Paris-badaboum

Une fois tous ces préalables acquis (motivation, associés, connaissance du milieu) il ne nous manque plus grand chose. Quelques investisseurs, un lieu and let's get the party started. Trouver un emplacement n'est pas une mince affaire, et encore moins dans Paris. On le sait, les prix au mètre carré atteignent des sommes folles, et encore plus lorsqu'on décide d'installer son club près de la place de la Bastille. Les associés du Badaboum ont attendu deux ans avant de pouvoir se payer le lieu de leur rêve : « Le lieu est à vendre depuis pas mal de temps, on avait les yeux rivés dessus depuis presque deux ans parce [...] qu'il était à vendre mais très cher, plus cher que ce qu’il valait. ». Ne restait plus qu'à allonger la monnaie. Et pour cela le trio du Badaboum a appliqué la bonne vieille formule des investisseurs. Parce qu'à moins d'être Bill Gates ou Liliane Bettencourt, il est difficile de se payer un club. C'est donc au début du mois d'octobre dernier qu'Anthony, Aurélien et Benoit achètent le Badaboum. Quelques jours de travaux et le club est fin prêt.

Avoir une vision

Voilà pour la partie technique. Mais on oublie de se poser une question essentielle : pourquoi on ouvre un club déjà ?

Un bon club signifie généralement des gens derrière avec une vision de la fête et de la nuit, avec un vrai projet. Fondamentalement, et avant toute chose, on monte un club parce qu'on a envie que les gens s'amusent : « Faire danser, faire danser et faire danser. Les gens ont besoin d'évacuer ». A partir de là, chacun sa formule. Si une Concrete table plutôt sur des plateaux pointus et un format after, le Nüba ou le Wanderlust mettent leurs lieux et leurs grandes terrasses en avant, et le Badaboum mise sur son inscription dans un quartier : « On a une vision qui s’inscrit dans une démarche de pérennité avec le quartier et la ville de Paris, avec les Parisiens. Aujourd’hui on ne veut pas être un club dans Paris, on veut être un club dans Paris pour les Parisiens, qui interagit avec le quartier et avec la ville".

Pari gagné puisque le quartier manquait cruellement d'un club. L'accueil amical n'a pas tardé à se faire sentir, sûrement aidé par la très bonne insonorisation du lieu : « Tout le monde se connaît, les commerçants, les restaurants…tout le monde est très soudé. Tout le monde nous a vachement bien accueilli […] On s’est intégré, ils sont très contents que l’on soit là. Du coup ils viennent boire des coups chez nous. ». Le tout se traduit par de petits détails, tel les cartes coupe-file données aux clients des restaurants partenaires et qui évitent la longue queue d’une heure du matin. Preuve que le Badaboum s'est parfaitement intégré à son environnement. Le club multiplie d'ailleurs les partenariats, et notamment la marque de vêtements Misericordia.

Mais le plus dur, quand on monte un club, c'est l'inconnu. Impossible de savoir à l'avance si l'on va régner sur la nuit ou bien se contenter des mêmes quelques habitués. Alors une fois que l'affaire marche, c'est là que l'on peut se détendre, profiter et être fier. Vient ensuite le moment des anecdotes, des histoires qui participent à l’esprit d’un lieu : « Une fois une copine à nous qui bosse pour un grand restaurant parisien nous dit de mettre les petits plats dans les grands parce qu’elle va amener le big boss de ce restau. On se met tous en quatre, on leur met un petit coin avec bouteille etc. etc. Tout ça pour qu’on retrouve le mec dans le carré VIP quelques heures plus tard, en train d’essayer de 'séduire' une fille, pantalon baissé ». Ce qui se passe dans un club y reste…

Monter un club en 2014 est donc bien une entreprise folle mais pas insensée. On aura toujours envie de danser et de s'oublier le temps d'une nuit. Les difficultés sont nombreuses, les embûches parsèment la route et les aléas toujours présents. Qu’importe ! Il y aura toujours des gens pour la faire vivre. Elle n’a pas dit son dernier mot.

">Real Scenes: Paris from Resident Advisor on Vimeo.