JE RECHERCHE
D'où sont partis nos grands festivals ?

D'où sont partis nos grands festivals ?

Avant de devenir les réussites que tout le monde connaît, les plus grands festivals français sont partis de zéro, comme tout le monde. Rappelez-vous !

Le paysage festivalier français fourmille de belles initiatives, avec, évidemment, les grandes épopées musicales et humaines que sont les Eurockéennes, les Trans Musicales ou encore les Nuits Sonores dans l'échappée. Ces festivals sont pourtant partis de zéro, comme tout le monde, et il est d'autant plus intéressant de prendre conscience du chemin parcouru... Lorsqu'on se penche sur leur première édition. Quelle était leur forme à l'époque ? Que reste-t-il des groupes programmés ? Retour historique sur les débuts d'une série de festivals français, à coups de programmation, d'affiches et de flyers d'époque.

 

Trans Musicales, Rennes, 1979

Affiche Trans Musicales 1979Il est toujours là, fidèle au poste depuis 35 ans, Jean-Louis Brossard, l’increvable directeur artistique des Trans Musicales de Rennes ne baisse jamais la garde. Aujourd’hui « les trans » réunissent des milliers de fans dans un parc des expositions aux dimensions XXL. 62 000 au dernier pointage en 2013. Et tout ça en restant fidèle à une ligne artistique défricheuse. Si l’ambition artistique n’a jamais varié, il fut un temps ou les Trans faisaient vibrer le centre-ville de Rennes. Dès la première édition en 1979 le festival s’installe à La Salle de la Cité qui sera son fief durant de nombreuses années. Jean-Louis Brossard est déjà là, ainsi que Beatrice Macé qui tient les cordons de la bourse depuis le début elle aussi. Ils étaient réunis au sein de l’association « Terrapin » (le titre d’une chanson de Syd Barrett) où figuraient aussi Hervé Bordier et Jean-René Courtes, qui vont accompagner le festival et marquer son histoire eux aussi durant de longues années. Difficile à croire aujourd’hui mais c’est au mois de juin que se déroule cette première édition, durant deux jours où l’entrée est gratuite ou plutôt « sur participation libre ». L’histoire n’a pas retenu combien les festivaliers laissèrent dans la cagnotte mais on sait qu’ils étaient 1800. Pas mal pour une première édition qui ne réunissait pas de gros noms, loin de là. Même les plus de quarante ans ne se souviennent probablement pas d’Excès de Zèle, Fracture, Entre les deux, Oniris, Projectile ou de KouKou Maman qui étaient à l’affiche de cette première rencontre Trans Musicale. En revanche impossible d’oublier Marquis de Sade, l’étoile noire du rock français dont le concert reste mythique. Étienne Daho était dans la salle. Dès la deuxième édition en décembre 1980 il sera sur scène. L’histoire s’est écrite à Rennes, et l'association Trans Musicales s'est fait un devoir de la documenter du mieux qu'elle peut à travers un site dédié, Mémoires de Trans.

www.memoires-de-trans.com

 

Eurockéennes, Belfort, 1989

eurocks89Les Eurockéennes, ça claque comme nom. Mais savez-vous que l’un des plus importants festivals de France ne s’est pas toujours appelé ainsi ? D’ailleurs sa programmation n’a pas toujours été aussi rock qu’aujourd’hui.  C’est difficile à croire mais en 1989, pour sa première édition, les Eurockéennes s’appellent « Le Ballon », drôle de nom pour un festival mais qui s’explique parce qu’à l’origine il devait se dérouler sur le site montagneux du Ballon d’Alsace. Ce n’est qu’au dernier moment que le festival s’installe au bord du lac du Malsaucy, site qu’il n’a heureusement plus quitté depuis. Coté programmation, on ne sait pas si c’est parce ce qu’il est né sous l’impulsion du conseil général du territoire de Belfort, bien décidé à faire enfin quelque chose pour sa jeunesse qui s’ennuyait ferme, mais la première édition manque un peu de cohérence. Du 23 au 25 juin 1989, Catherine Lara, Charlélie Couture, Maurane, Anna Prucnal ou Jacques Higelin se succèdent. Il y a même la chanteuse révolutionnaire Colette Magny. Autant de noms pas franchement rock, qu’on n’imagine plus se produire à Belfort aujourd’hui.  Heureusement Noir Désir, Les Garçons Bouchers ou les rigolos d’Elmer Food Beat sont là aussi. A noter également, quelques  groupes dont l’histoire n’a pas retenu l’existence mais dont les noms comptent parmi les plus surprenants de l’histoire du rock. Qui a vu les concerts d’Enigmatique Légume ou des Kidnappées de la pleine lune ?

www.eurockeennes.fr

 

Nuits Sonores, Lyon, 2003

NS-afficheLe rituel est devenu immuable depuis plus de dix ans. Chaque week-end de l’Ascension qui, selon les années se place entre le début mai et le début juin, la grande colo des fans de musiques électroniques prend la direction de Lyon pour Nuits Sonores. Après une décennie d’activité, le festival s’est installé durablement au top de la catégorie “électronique” et même au delà, puisque le rock et la pop indé y sont aussi dignement représentés. Même si Nuits Sonores bénéficient de la bienveillance de la municipalité, cela n’a pas été facile d’installer le festival dans une ville qui a longtemps été considérée comme la capitale de la répression anti-techno. Tout a démarré fin 2002, par une réunion de cinq amis dans la cuisine de l’un d’entre eux. L’hôte se nomme Vincent Carry, qui est toujours à la tête du festival. Autour de lui, un jeune DJ à l’aube de sa carrière nommé Sébastien Devaud alias Agoria, Patrice Moore, DJ également et qui deviendra le régisseur de cette petite entreprise, ainsi que Violaine Didier et Frederique Joly. La parité est (presque) respectée, un miracle dans un milieu aussi macho ! Et sur un coin de table, le quintet pose les grandes bases de Nuits Sonores qui sont encore déclinées aujourd’hui : les trois nuits, le circuit électronique gratuit dans différents lieux de Lyon, les apéros sonores. Pour la petite histoire, le line-up de la première édition verra Agoria démarrer Nuits Sonores le mercredi mais également le clôturer le dimanche à l’aube, le futur auteur de “Scala” devant remplacer au pied levé Roni Size. Un coup d’essai couronné de succès, construit autour des valeurs sûres comme Felix Da Housecat, Todd Terry, Dave Clarke ou Ellen Allien. Pas certain cependant qu’ils seraient encore programmés aujourd’hui.

www.nuits-sonores.com

 

 

Les Vieilles Charrues, Carhaix, 1992

charrues1992Le plus atypique mais aussi le plus populaire des festivals Français a démarré comme…une kermesse, le long d’un plan d’eau. D’ailleurs non pas à Carhaix, là où il est localisé maintenant mais dans un village tout proche nommé Landeleau (logique) en 1992.  L’idée était de réunir des potes au bord de l’eau, avec des grillades et des jeux comme le “tirer de charrues”. On comprend mieux l’origine du nom. Plus de cinq cents personnes partagent la merguez et les chips, sans que l’on puisse dire que la musique ait été au centre des agapes. L’année suivante, on invite un public plus large que les potes de potes, des fanfares sont conviées, on reconstitue même un décor portuaire : deux mille personnes sont au rendez-vous. 1994 sera une année charnière, car outre une thématique “désert” avec fausse oasis et course de chameaux, des “vrais” groupes font la première fois leur apparition avec en tête d’affiche les aujourd’hui défunts Dolly et Les Satellites, autre légende du paysage rock. C’est un carton puisque 5000 personnes viennent faire la fête en cassant la croûte.  Rançon du succès, les gentils organisateurs qui fonctionnent en mode associatif sont contraints de déménager leur kermesse dans un lieu plus grand et surtout plus adapté. C’est le village voisin de Carhaix et son champ de foire qui accueillera donc les festivités en 1995. Cette fois-ci, la musique est bien le centre de l’attention puisque trois jours de concerts sont programmés, soit une douzaine d’artistes (The Blues Brothers, The Silencers…), pour le prix fracassant de 30 francs (hé oui) la soirée. Le “tirer de charrues” ne fait plus que la figuration. C’est toujours le cas aujourd’hui.

www.vieillescharrues.asso.fr

 

Rock en Seine, Saint-Cloud, 2003

rockenseine_v2003Indispensable rendez-vous qui marque la fin des vacances estivales et la reprise pour tout le monde, Rock en Seine, qui se tient chaque année le dernier week-end du mois d’août, n’est pas qu’un événement musical soutenu ardemment par la région île-de-France, mais bien l’un des plus importants festivals français, qui bat chaque année son record de fréquentation. Si à sa dernière édition en 2013, le festival semble avoir son rythme de croisière, avec ses quatre scènes, ses 60 groupes et ses 108 000 spectateurs sur trois jours, les débuts en 2003 ont été beaucoup plus intimistes. Déjà situé dans le parc de Saint-Cloud, en très proche périphérie de Paris, au cœur de jardins dessinés par Le Nôtre ( l’inventeur des jardins à la française au XVIIe siècle), Rock en Seine, fondé par Martin Missionnier et Salomon Hazot (toujours aux commandes aujourd’hui), ne se déroule alors que sur une petite journée (le mercredi 27 août), ne compte que deux scènes et n’accueille que dix groupes (mais quels groupes, puisqu’il s’agit de Massive Attack, PJ Harvey, Beck, Morcheeba, Keziah Jones, K’s Choice, Tom McRae et Eagle-Eye Cherry, soit une belle brochette de poids lourds alignés sous un soleil de plomb). Des débuts relativement timides malgré l’affiche, en regard de ce que deviendra le festival dès sa deuxième année. Sur deux jours, le festival s’ouvre encore plus, accueillant les indés Sonic Youth, les White Stripes, Archive, Muse, le hip-hop de The Roots et Buck 65, sans oublier les superstars techno Chemical Brothers. Une affiche en béton qui ne cessera de prendre de l’ampleur. En deux éditions, Rock en Seine est installé, une troisième scène et un camping pointeront le bout de leur nez dès l’année suivante. Le reste appartient à l’histoire.

www.rockenseine.com

 

Main Square Festival, Arras, 2004

10 ans, un âge de bébé qui a grandi très vite. Lorsqu'on prend conscience de la taille du Main Square Festival aujourd'hui, il semble d'autant plus ahurissant d'imaginer que ce festival du Nord de la France n'a qu'une si petite chronologie. Comme beaucoup d'événements hexagonaux, c'est une impulsion des pouvoirs publics, en l'occurrence de la ville d'Arras qui souhaite donner un coup de fouet à son offre culturelle, qui lance le processus. France Leduc Productions, qui gère les premières éditions seule, a choisi son camp dès le début : en 2004, deux groupes seulement seront proposés à l'affiche, mais pas n'importe lesquels. Gomm, donc, et surtout Placebo, en plein état de grâce après le succès planétaire de Sleeping With Ghosts. Les concerts se jouent sur la Grand'Place, lieu emblématique de la ville qui accueillera les festivités en son cœur jusqu'en 2010, avant que le festival ne prenne ses aises dans un lieu plus spacieux, le parc de la Citadelle. Aujourd'hui, le Main Square, organisé par Live Nation, fonctionne à l'unisson avec son cousin germain, le Rock Werchter basé en Belgique, et présentant une programmation similaire. Programmation qui peut s'enorgueillir d'aligner des calibres impressionnants, et de brasser une audience qui dépasse dorénavant les 100 000 personnes. Et avec Iron Maiden, Stromae et Skrillex au programme pour cette année, la courbe devrait continuer de grimper.

mainsquarefestival.fr