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Les managers, ces hommes de l’ombre

Les managers, ces hommes de l’ombre

Pourquoi les artistes ont-ils besoin des managers ? Quel est leur rayon d’action ? Green Room Session vous dit tout.

Dans l’histoire de la pop music, quelques managers sont, c’est vrai, rentrés dans les annales. Certains pour leurs faits d'armes, d’autres pour de sombres et sales histoires. Qu’on pense à Jon Landau, critique musical qui découvre Bruce Springsteen sur scène et le prend sous son aile, ou a Murry Wilson, père de trois des quatre Beach Boys qui vendit le catalogue du groupe contre leur gré pour la modique somme de 700 000$ (il en vaut aujourd’hui 80 millions), ou encore Brian Epstein, le 5ème Beatle à propos duquel un film va bientôt voir le jour, il est indéniable que les managers ont une place indispensable dans l’industrie musicale. Mais quelle est-elle vraiment, au juste ?

Le rôle du manager

Commençons par le commencement. Quel est le rôle du manager ? Crise du disque et de l’industrie musicale oblige, on le dit aujourd’hui indispensable. Son rôle de base est "d’accompagner la carrière d’un artiste (…) d’avoir une stratégie sur le long terme". Il a tout d’abord un rôle de businessman, c’est à dire qu’il fait tout pour "vendre" au mieux son artiste. Il se doit de gérer les outils de promotion, de développer les partenariats, la communication autour de son artiste, de démarcher les labels… Le manager fait rempart entre l’artiste et tout les autres acteurs de cette industrie (journalistes, tourneurs, producteurs…) et il doit également se charger de toute la partie juridique. Cette dernière charge est d’ailleurs la première chose qui leur vient à la bouche quand on leur parle des mauvais côtés de leur travail : "le truc vraiment pénible à gérer lorsqu'on est manager ? Le juridique !!! Se taper des pages et des pages de contrats", n'hésite pas à répondre l'un des managers que nous avons interrogé. Finalement, le manager devient bien souvent entrepreneur. De quoi ? De la marque de l’artiste.

Voilà pour les taches de base parce qu’en réalité, il y a autant de managers que d’artistes. Et la mission des managers est bien de servir ce dernier. Si certains manquent juste de conseil juridique, d’autres ont réellement besoin que quelqu’un ait les pieds sur terre pour eux : "notre boulot est de faire en sorte que l’artiste n’ait à s’occuper que de sa création. (…) ça peut aussi aller jusqu’au baby-sitting : gérer les factures d’électricité, les papiers de sécu, le ramassage des enfants à l’école, les fringues au pressing…". Vous avez dit glamour ?

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Le manager, entre idées reçues et réalité

On vous rassure, il y a aussi des bons côtés au boulot de manager. Le premier est de porter une vision de la musique et de voir loin pour les artistes qu’il défend. L’image d’Épinal du manager en costard trois pièces - chaussures en croco - cigare aux lèvres n’est que l’envers de la médaille. L’endroit, c’est de réussir à amener l’artiste le plus loin possible et de réussir à calmer ses doutes, même si ce n’est pas toujours simple. Un bon manager c’est celui qui, patient et psychologue, "écoute les artistes (...) les remet en confiance, sur les rails". La récompense du manager, ce n’est pas la gloire. Au contraire, c’est voir son poulain "jouer devant des milliers de personnes dans des festivals, dans des émissions télé, dans la presse et parcourir le monde pour jouer ses titres". On l’a dit, il n’y a pas de canon du manager, mais il est malgré tout plutôt "un homme de l’ombre, sinon il n’y a plus de magie. Le mélomane moyen ne connaît pas bien le métier du manager et c’est sans doute mieux".

Dans l’ombre ou dans la lumière, le manager doit bien gagner sa vie lui aussi. Comment fait-il ? Beaucoup vous répondraient qu’il fait comme il peut. Statut précaire s’il en est, le manager est bien souvent bénévole dans les premiers temps de la carrière du groupe. D’ordinaire, il multiplie aussi les projets, voire les boulots, pour s’y retrouver. Le manager gagne en effet sa vie en pourcentage, généralement entre 10% et 25% de ce que touche l’artiste (salaire, cachet, droit d’auteur, merchandising, prix, concours, subventions…). Et vous savez comme nous qu’il y a davantage de petits groupes que de Rolling Stones. C'est pourquoi beaucoup de managers travaillent sur plusieurs artistes à la fois...

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Le manager, un homme parfait ?

On le voit donc, les qualités que doit posséder un bon manager sont nombreuses : fin psychologue pour gérer ses artistes, quasi-avocat pour s’occuper des contrats, businessman hors pair pour les négocier, fin mélomane pour savoir sur quel cheval miser, sens du contact... il doit en outre également posséder un carnet d’adresses le plus conséquent possible (ça aide), et on en oublie sûrement ! En un mot, il faut connaître le milieu, avoir la passion, "le goût pour les rencontres, l’entreprise et être un peu inconscient" ! Même s’il existe bien un statut juridique du manager, il n’y a pas de réelle formation pour le devenir. Normal, quand on voit le nombre de cordes qu’il devrait idéalement avoir à son arc.

Idem, vous verrez rarement des petites annonces du type "cherche manager". Là encore, c’est une histoire de rencontres et, bien souvent d’amitiés, voire de famille ! Il n’y a qu’à citer le père de Beyoncé, manager et coach de cette dernière qui l’a propulsée au sommet. On l’a dit, en général on ne voit pas les managers sur le devant de la scène, et c’est tant mieux. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas utiles. Vous imaginez un monde sans managers ? Ils ont un avis sur la question : "ça serait l’anarchie. Ça donnerait beaucoup de bordel, de rendez-vous manqués, de projets non aboutis, de sublimes carrières avortées, des artistes découragés…"

Homme de l’ombre mais indispensable rouage de la carrière d’un artiste, le manager se doit de rester en retrait. Ce n’est pas une raison pour l’oublier et c’est bien pour cela qu’on lui rend hommage !