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Album de la semaine : Tinariwen - Emmaar

Album de la semaine : Tinariwen - Emmaar

Tinariwen revient avec un sixième album, Emmaar, et continue de creuser l'assouf, la musique du désert. 

La musique adoucit les mœurs. Cet adage prend tout son sens avec les Touaregs de Tinariwen. L’histoire du groupe est quasi légendaire. Tinariwen est un enfant de la guerre. Il est composé d’ex-combattants formés d’abord en Libye dans les années 80 avant qu’ils ne mettent leurs ressources au profit de l’armée rebelle du Mali. En 1992, quand la guerre s’achève, les combattants troquent leurs armes pour les instruments et forment Tinariwen qui signifie "les déserts". Originaires du nord du Mali, ils connaissent le Désert avec un grand D, et les déserts puisqu’ils sont partis dans celui de Californie pour enregistrer leur sixième album avec Joshua Tree, l’ingénieur du son de Jack White.

Ils continuent donc d'explorer et de transformer l’assouf, ce blues-rock mâtiné de musique traditionnelle touareg. Profondément touchés (une fois encore) par la guerre au Nord du Mali, ils s'exilent donc pour enregistrer Emmaar. Vu l’histoire de leur pays, Tinariwen a malheureusement encore de la matière pour chanter la solitude, la nostalgie et la souffrance. Savant mélange entre traditions touaregs dans laquelle ils intègrent des guitares électriques (une première dans le genre) et blues-rock plus occidental, la musique de Tinariwen refuse de se retrouver figée. En témoigne l’ajout successif, tout au long des années, de musiciens, de chœurs, d’instruments…

Emmaar a beau être le sixième album de Tinariwen, on est loin de la redite. Les voix sont toujours aussi touchantes, portées par des guitares ciselées, des claps omniprésents, des rythmiques traditionnelles et des formats mouvants. Quand des titres comme "Toumast Tincha"  et "Chaghaybou" possèdent de vrais refrains entêtants, que l’on peut fredonner même si l’on ne les comprend pas, d’autres comme "Koud Edhaz Emin" ou "Emajer" s’octroient une plus grande liberté. Bien souvent les guitares tournoient, et parfois les voix sont de véritables invocations hallucinées (magnifiquement portées, par exemple, par le clip de "Imidiwan Ahi Sigdim"). Groupe à l’identité floue, issu d’un peuple qui redoute de perdre la sienne, Tinariwen chante avec le cœur pour s’y retrouver. Les discrètes voix féminines y apportent d’ailleurs un peu de douceur. Avec sa musique électrique mais sèche, sèche mais touchante, rocailleuse mais douce, Tinariwen efface les frontières. Celle des genres et celle du groupe, certains musiciens comme Mohamed ag Itlal ne faisant que passer. Tinariwen est solaire, et Emmaar est une grande leçon de bronzage.