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Laurent Garnier, la leçon de come-back

Laurent Garnier, la leçon de come-back

2014 sera l’année Garnier. Plutôt discret ces deux dernières années sur le plan des sorties discographiques, le parrain de la techno française effectue un retour fracassant en 5 temps, qui va nous occuper une bonne partie de l’année.

Crédits photo : Richard Bellia

Les chanceux qui ont assisté le 4 décembre dernier au DJ-set de Laurent Garnier dans la salle parisienne du Trabendo, dans le cadre de la Nuit électro d’Arte, ont pu se rendre compte que le meilleur représentant de la scène électronique française reste un DJ d’une dextérité et d’une efficacité redoutables. Cerise sur le gâteau, le concept de sa prestation résidant sur la seule exploitation de ses propres morceaux. Deux heures torrides où défilaient ses tubes passés, ce qui donnait invariablement envie d’en entendre de nouveaux.

 

Une valse à 5 temps

Mais que faire de nouveau quand on a déjà été le pionnier et le moteur de la techno hexagonale depuis le début des années 90, qu’on a déjà publié une belle collection de maxis et cinq albums où l’on a exploré jusqu’au jazz et au breakbeat ? Revenir à l’essence de la musique électronique, à l’underground et au format maxi. Parti d’un questionnement somme toute pertinent, à savoir la place de l’album en 2014 dans le monde de la musique. Écoute-t-on toujours des albums ? N’écoutons-nous pas les morceaux un à un, ou deux à deux ? Un puissant titre dancefloor a-t-il encore sa place dans un album ? Fort de ses interrogations, Laurent Garnier a décidé de revenir avec Garnier, un projet artistique qui se décline en cinq temps et autant de maxis et de labels différents, où sa production encore chaude, pensée en toute liberté, peut s’exprimer hors des formats traditionnels.

 

Paris-Chicago-Berlin express

Première étape de ce projet Garnier, le maxi AF0490, à sortir le 11 février sur Still Music, petit label de Chicago dirigé par un Français fou de house music, dont une partie du catalogue consiste en l’exhumation des trésors passés de la production musicale locale. Et AF0490 (ainsi nommé d’après un numéro de vol Paris-Chicago) est une vraie déclaration d’amour à Chicago, la ville qui a inventé la house au milieu des années 80. En trois titres nerveux, où l’on retrouve la patte de Garnier, versant ravageur de pistes de danse. “Bang (The Underground Doesn’t Stop)” et “Beat (Da Boxx)” sont de futurs classiques, entre hymnes techno et hommage à peine voilé à Dance Mania, l’un des premiers et plus influents labels de la Windy City, quand “Boom (Chakolak)” tire vers le footwork, ce son syncopé et ultrarapide en vogue depuis quelques années dans la capitale de l’Illinois.

Troisième halte de ce périple dans le monde des labels underground, Berlin, où Garnier publiera le 4 avril AF 4302 chez 50 Weapons, l’un des deux labels fondés par le duo Modeselektor. Pas d’influence chicagoanne ici, mais des références directes au son tel qu’il se pratique au Berghain, l’immense club techno installé dans une ancienne centrale thermique de l’est-berlinois, plus quelques réminiscences électro (au sens traditionnel) chères au collectif de Detroit Underground Resistance. Plus direct, plus rude, AF 4302 est d’une noirceur lumineuse et d’une amplitude rare. Un maxi qui se mérite mais dont la puissance envoûte (en particulier l’énorme “D.S.K” et le mélancolique “M.I.L.F”).

Et le deuxième épisode, me direz-vous ? Il reste pour l’instant entouré du plus grand secret. On sait seulement que les titres seront plus calmes et sortiront sur un label français, normalement en mars. Quant au deux derniers maxis, rien n’est encore gravé dans le marbre, mais ils devraient logiquement suivre le rythme et arriver avant l’été. De quoi nous faire trépigner d’impatience, avant de voir l’ensemble des cinq maxis réunis, sous une forme pour l’instant indéterminée, selon les dires mêmes de l’artiste.

 

Electrochocs

Mais il n’y a pas que des maxis dans les cartons de Laurent Garnier. Après avoir été le héros du roman graphique Rêves Syncopés paru chez Dargaud et publié une version augmentée de son autobiographie Electrochoc, écrite avec le journaliste David-Brun Lambert (Ed. Flammarion), le tout à la fin de l’année 2013, le Français se prépare à jouer deux dimanches de suite à l’immense festival américain Coachella en avril prochain et, plus inattendu, il est concentré sur l’écriture du scénario du long métrage tiré d’Electrochoc. Un projet qui empruntera un chemin différent de celui de l’ouvrage original, qui décrivait un certain historique de la techno, au profit d’une œuvre de fiction se déroulant dans le milieu de la musique électronique. Si le scénario est loin d’être achevé, on peut faire confiance au musicien français, heureux comme au premier jour, pour transmettre dans ces futures images la même passion qu’il transmet dans sa musique et ses performances.

 

Retrouvez Laurent Plays Garnier, enregistré le 4 décembre au Trabendo ici :