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Fauve : ces vieux frères qui nous ont conquis

Fauve : ces vieux frères qui nous ont conquis

Comment se fait-il qu’en deux ans à peine une bande de jeunes gens (ils ont entre 25 et 30 ans) qui fait de la musique après le boulot se retrouve propulsée au top des charts, et remplisse dix Bataclan d’affilée, tout ça avec à peine un EP sous le bras ? On parle bien sûr de Fauve, ce collectif qui a conquis petit à petit toute la France sans l’aide de personne et qui livre aujourd’hui son premier album, Vieux Frères – Partie 1. Retour sur le phénomène.

Fauve viral

Le premier point à évoquer, c’est la manière dont le collectif s’est fait connaître : en dehors des circuits traditionnels. Fauve a gagné ses galons à la sueur de ses concerts et de ses titres lâchés sur le net. Tout commence il y a deux ans avec « Kané » et « Saint-Anne », deux morceaux postés sur YouTube. La recette est simple : des textes parlés, écrits avec les tripes, des instrus simples, et des paysages filmés pour accompagner tout ça.

C’est la claque à la première écoute. Petit à petit, internet joue son rôle. Les vidéos s’échangent, le bruit enfle et le nombre de vues suit une courbe exponentielle. La magie opère d’autant plus qu’il est à ce moment-là impossible de trouver aucune information sur ce fameux Fauve. Seule la rumeur d’un incroyable concert à l’International circule. Et exactement comme le premier concert de Nirvana en France, à Issy-les-Moulineaux, les quelques dizaines de spectateurs deviennent rapidement des centaines : tout le monde y était. L’anonymat associé à des morceaux-uppercuts suffit à faire le buzz.

Fauve collectif 

La deuxième raison du succès de Fauve, c’est son aspect collectif et DIY. Contentons nous d’aller jeter un œil sur leur site : « Fauve, c’est qui veut ». Une communauté où tout le monde trouve sa place et qui ne met personne en avant. La preuve : peu d'images du collectif circulent, et moins encore du chanteur en solo.

Au début Fauve se pratique après le boulot et le week-end, et chacun fait selon ses compétences. Bande ouverte et débrouillarde, Fauve facilite le sentiment d'identification pour le public. Le collectif assume, dans ses textes et dans les quelques interviews qu’il a donné, d’être là un peu par hasard, conscient de faire partie des privilégiés. On est loin des groupes qui prennent la grosse tête dès la première vague d'attention venue.

Une preuve supplémentaire, si cela était nécessaire, est que Fauve s’est transformé en FauveCORP. Courtisé par de nombreuses maisons de disques, le collectif préfère continuer l’aventure en solo, comme il l’a toujours fait. Il enregistre d’ailleurs l’album en Normandie, à Granville, dans l’appartement des parents d’un des membres. Et pour les sceptiques, ceux qui crient à l’arnaque, il suffit d’aller voir sur leur page Facebook la manière dont ils communiquent avec leur public : simplement.

Fauve thérapie

Après avoir énuméré les causes extérieures à leur succès, il faut en venir à l’essentiel : la musique. On ne peut pas donner complètement tort aux détracteurs qui arguent que les instrus sont bancales, que la voix du chanteur est parfois limite  et qu’en Français, on a connu des textes beaucoup plus chiadés.

Certes. Mais on pourrait citer à la pelle des groupes cultes qui souffrent d’un ou de tout ces défauts. Qu’importe ! Fauve à une formule simple : la rage comme thérapie. On conseille à ceux qui prennent Fauve pour une bande de geignards de s’y replonger le temps de quelques morceaux. Fauve, c’est d’abord l’espoir. C’est des histoires ordinaires et un peu bancales sauvées de la banalité par le spoken word du chanteur. Le collectif s’inscrit dans cette tradition des groupes qui hurlent leur désespoir, leurs déceptions et leurs névroses pour mieux s’en défaire. Une sorte de Diabologum des années 2010, les guitares hurlantes en moins.

C’est là que le bat blesse. A force d’être tant adulé, le risque est que cette énergie s’essouffle et que l’insécurité qui fait la force du groupe, notamment en live, disparaisse. L’évolution de leurs prestations a tendance à nous donner raison mais le groupe admet volontiers qu’il n’est pas fait pour durer et il s’en moque. Pour l'instant, il prend ce qu’il y a à prendre.

Aujourd’hui sort leur premier album, et il ne changera pas la donne entre fans et détracteurs. Pourtant Vieux Frères – Partie 1 regorge de morceaux à vif. Imparables. Il nous conte le quotidien mieux encore que le premier EP. La voix du chanteur a fait des progrès et les instrumentations sont plus soignées. Mais comme dit l’adage : haters gonna hate…

 

Le très attendu Vieux Frères - Partie 1 est désormais disponible à l'écoute via Deezer. Découvrez-le sans plus attendre ci-dessous.