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Les 5 bottes secrètes de Breton pour régner sur 2014

Les 5 bottes secrètes de Breton pour régner sur 2014

Ils font frémir d'impatience la sphère des journaleux musicaux, de chaque côté de la Manche. Des milliers de fans trépignent en attendant leur nouvel album le 3 février. Mais quel est ce groupe qui fait tant sensation avec la seule sortie de leur deuxième disque? Les Breton ont-ils des pouvoirs secrets? Peut-être bien. Recette d'une approbation générale.  

  • Déjà, ce n'est pas un groupe...

 ... Et ils ne s'appellent pas toujours Breton, mais parfois BretonLABS. Les cinq garçons se présentent comme un collectif multimédia, où chacun y va de sa vidéo, de sa ligne de basse ou de son design de tee-shirt. Le chanteur Roman Rappak s'occupe de la partie musique: "Mais je dois convaincre quatre autres types que ça vaut le coup, que c’est efficace. S’il y a un débat, si l’un des autres membres n’est pas convaincu, c’est alors là qu’on sait que ça peut aller au bout. Pas si tout le monde déteste, encore moins si tout le monde aime." (Les Inrocks, 31/01/2012) Ils font tout eux-mêmes, depuis la pochette de l'album jusqu'au merchandising. Au départ, le projet n'était même pas réellement musical: les Anglais se sont simplement rendu compte que leurs films -dont ils composaient eux-mêmes la bande-son-, avaient plus d'impact dans une vraie salle de concert. La musique a pris de plus en plus d'importance, mais la vidéo est restée. En témoigne la foule de clip ou teaser publiés sur leur compte Youtube. Un collectif, responsable autant des images que des mélodies, ça ne vous rappelle rien? Les Français de Fauve ont pu s'inspirer de ce mode de fonctionnement, mis à part l'anonymat: les Breton, le chanteur Roman Rappak en tête (on en reparlera plus tard), n'ont aucun problème à montrer leur trombine ou à s'exprimer en interview.

  • Rien à voir avec la Bretagne

C'est Breton pour André Breton, auteur des différents Manifestes du surréalisme et père spirituel de ce mouvement. Ça pose le cadre: les Breton ont plus qu'un petit pois dans le crâne et se raccrochent à un des mouvements les plus importants du XXe siècle... Sans nier leur potentiel pop: "J’ai toujours donné une grande importance à l’élégance des choses, dans toute forme d’art, et cette élégance réside souvent dans ce qu’on laisse de côté. Ce serait facile de faire des morceaux avec 400 synthés différents, 20 mélodies, mais si quelque chose peut-être efficace en étant pur et simple, c’est bien meilleur. C’est la définition de la pop music, j’imagine. C’est, encore une fois, le véhicule le plus efficace pour transmettre une idée." (Les Inrocks, 31/01/2012)

  • Ils aiment les squats

Quand beaucoup s'enferment deux mois par an dans un studio chauffé, au sol recouvert de moquette et aux lumières tamisées, les Breton se sont installés à temps plein dans leur Lab, squat légal de Londres installé dans une ancienne banque. Il y fait frisquet, et les membres du collectif s'y sont enfermés pour mieux créer, quitte à perdre des amis... Et s'en faire d'autres, l'endroit étant habité par différents artistes. Sauf qu'au moment de se lancer dans l'enregistrement du deuxième album War Room Stories, ils apprennent que le Lab allait fermer et être détruit. "On était complètement largués. On s'est alors demandé pour quelles raisons on aimait cet endroit, explique Roman Rappak. Le Lab avait un côté étrangement surnaturel, qui venait certainement du fait qu'on pouvait s'y couper totalement de l'extérieur." C'est au Funkhaus, un ancien studio de radio abandonné d'un quartier un brin sinistre de Berlin que les expérimentateurs ont trouvé leur terrain de jeu. D'un plan B, le Funkhaus est devenu une source d'inspiration: dans l'album, on peut percevoir de drôle de bruits, enregistrés là-bas (insectes, tuyaux, échos...). Non seulement tout est DIY dans le concept Breton, mais tout, d'un bruissement d'aile au glouglou d'une canalisation, devient un support artistique.  

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  • Ils ont signé sur un label indé

Loin de nous l'idée de cracher sur les majors. Et pareil pour les Breton, qui ne nient pas l'avantage d'un bel apport financier. Mais il n'empêche: ils ont signé sur FatCat Records, un label anglais indépendant. Forcément moins riche qu'une grosse machine comme Universal, FatCat a tout de même découvert Sigur Rós (chez qui les Breton ont enregistré leur premier album Other People's Problems), Múm ou Animal Collective. Ce genre de noms parle aux cinq Anglais et à leur pop matinée d'électro et de rock. Mais surtout, ils ont pu rester totalement libres dans leur processus créatif, sans compromis ni pression, et ça s'entend. FatCat pour le premier album, Believe Records pour War Room Stories, indé eux aussi. Des remixes de Tricky, Juveniles, Lana Del Rey, Alt J et plus récemment Griefjoy, des vidéos réalisées (notamment une pour Sinead O'Connor), les Breton ne dorment jamais et personne ne les empêche, ne leur imposant pas une image irréprochable (qu'ils ont tout de même) ou une peoplelisation du groupe.  

  • Roman Rappak est irrésistible

Il parle couramment français et c'est toujours lui qui se colle aux interviews ("Les autres n'aiment pas parler, ils ne savent pas quoi dire. La dernière fois, nous avons essayé de donner une interview où nous étions tous les quatre et je m'étais dit que j'allais les laisser parler un peu. C'était une catastrophe (rires) ! Nous étions tous les quatre devant une pauvre fille terrifiée qui devait avoir 18 ou 19 ans, c'était sa première interview et elle avait devant elle quatre gars muets... L'enfer ! C'est donc moi qui m'y colle désormais, j'aime bien ça, parler!"  (Sound Of Violence - 19/03/2012). Et surtout, il a dit, à propos de War Room Stories: "C'est toujours facile de parler de la responsabilité de l'artiste, mais quand tu attends des gens qu'ils t'écoutent pendant 40 minutes, la moindre des choses c'est d'y mettre de ton vécu et de ton âme". Si après ça, vous n'avez pas envie de fondre...

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