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Album de la semaine : Stephen Malkmus & The Jicks – Wig Out At Jagbags

Album de la semaine : Stephen Malkmus & The Jicks – Wig Out At Jagbags

Le leader de Pavement continue à mener son groupe avec brio et sans esbroufe.

La plupart des jeunes mélomanes du XXIème siècle, s'ils n'ont probablement jamais écouté Pavement, ont eu vent de l'aura de ce groupe de rock indé des années 90, que tout hipster brandira comme "influence majeure de sa collection de vinyles". Et il a raison, le hipster : Stephen Malkmus et ses sbires ont marqué le paysage rock comme personne, et se font citer comme influence d'une tonne de groupes de barbus en chemises à carreaux encore aujourd'hui. Et si le groupe s'est effectivement reformé au début des années 10 après avoir fait une énorme pause débutée avant même le changement de millénaire, c'est bien avec son second groupe que Stephen Malkmus a continué à s'exprimer artistiquement pendant toutes ces années. Les Jicks sont bien davantage qu'un simple backing band, même si Malkmus est bien le compositeur principal (comme il pouvait l'être dans Pavement), ils définissent le son du groupe autant que son leader, qui a pu s'exprimer sans pression via ce projet parallèle, sur déjà cinq albums. Nous sommes en 2014, notre Steph' national a 38 ans dont 20 passés derrière sa guitare. À l'heure de la sortie de son sixième disque, peut-il encore offrir du génie à nos oreilles blasées ?

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La question ne se pose pas. Alors que la plupart des groupes de rock indé d'aujourd'hui n'assument jamais vraiment leur rapport aux mélodies et se contentent de ne pas trop en faire au niveau de la voix comme du jeu, ici, ça chante, ça joue, ça donne du "la-la-la" à doses adaptées, bref, ça donne du bonheur sans retenue. En ça, Stephen Malkmus, récemment émigré à Berlin pour l'écriture de cet album, se rapproche du songwriting inusable d'un Eels, qui s'évertue à faire de l'excellente musique depuis un bail également.

Dès "Planetary Motion", qui trouve l'équilibre entre pop sixties, psyché-rock et musique pour skaters trentenaires, le ton est donné : sans jouer l'innovation à toute berzingue, ça appuie fort sur la qualité d'écriture. Le premier single, "Lariat", aux paroles mignonnes, désabusées et nonchalantes, n'a pas d'autres prétentions que de faire sourire, et il y arrive avec une facilité déconcertante. Passé le fait qu'il manque à cet album une ou deux chansons plus introspectives qui lui donnerait le contraste d'un chef d'oeuvre, Wig Out At Jagbags a ceci de rafraîchissant qu'il ne joue pas les mêmes cartes que les livraisons de notre époque. À aucun moment nous n'avons droit à un gros hit qui cacherait la misère, à une production trop lisse, ou au contraire trop "conceptuelle". Non, ce disque fait dans le très bon pop-rock. Et c'est ce qu'il faut pour entamer 2014 avec la tête sur les épaules.

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