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Album de la semaine : Fakear - Dark Lands

Album de la semaine : Fakear - Dark Lands

Pas si sombres que ça, les paysages dessinés par le bidouilleur caennais.

Crédit photo : Guillaume Bièche

Souvenez-vous, il y a peu, nous nous sommes penchés sur ce nouvel élan de jeunesse au sein de la musique électronique française, au sein de laquelle un certain Fakear avait bonne place. Et c'était un peu plus que pour le style, son premier disque court, Morning In Japan, laissait échapper de très beaux traits d'aquarelle sonore. Bon, on pourrait épiloguer pendant deux heures sur l'âge de Théo, ses accointances avec son pote Gabriel (aka Superpoze), son appartenance à la scène de Caen, l'une des plus florissantes qui soit à l'heure actuelle en France, mais ce serait réduire les efforts de ce prometteur bonhomme au rasage aléatoire à ses simples attributs générationnels et sociaux. Jeune et Normand, certes, mais doué avant tout. Et Dark Lands valide le postulat tranquille.

Le seul truc frustrant dans cet EP ? C'est justement qu'il ne s'agit que d'un EP, mais à tout prendre, on préfère cinq pistes (quatre morceaux et une intro) construites au poil qu'un album qui reposerait sur des bases trop fragiles. Le diptyque "Marymirror" / "Like A Friend" reprend les bases vocales asiatisantes des premières productions pour les affiner, les ciseler, bref, pour les rendre aussi précises que possible. Sans parler des cordes et, surtout, des rythmiques, qui sont groovy (parfois même un poil off beat) sans jamais percuter frontalement le tympan, excellant dans l'art de nous faire dodeliner de la tête sans subir de déflagration. Une technique pourtant bien connue de trop nombreux producteurs à l'heure actuelle, adeptes du "je te latte le conduit auditif pour te faire plier devant moi". On apprécie le principe, et notre longévité auditive aussi.

Autre coup de cœur de ce disque : "Damas", plus sombre dans l'approche, découpe l'Orient en items savamment réorganisés les uns avec les autres, stabilisés par une basse massive sans être envahissante. Fakear, en admettant que certains en doutaient encore, possède un niveau de subtilité que seuls des types comme Kelpe ou Bonobo, qui ont pourtant un peu de bouteille dans le métier, peuvent de targuer de posséder. L'abstract hip-hop est très loin d'être oublié, et Fakear tient les cordes de la renaissance du mouvement.