JE RECHERCHE
Peut-on encore être rock'n'roll en 2013 ?

Peut-on encore être rock'n'roll en 2013 ?

On se souvient des grandes figures des années 60/70 qui trainaient avec leur groupe la légende du "sex, drugs and rock'n'roll" : matériel cassé, chambres d'hôtel ravagées... Une vie de tous les excès. Mais peut-on encore être rock'n'roll en 2013 ?

Crédit photo : Joshua Stocker

Le monde de la musique fait rêver un bon nombre d'entre nous : vivre de sa passion, faire la fête et le tour du monde, vivre entre bus et chambres d'hôtels, bref, un vraie vie de rockstar comme l'ont connue les grandes figures du rock'n'roll. Mais aujourd'hui, rêve ou réalité ?

 

Sex & Drugs & Rock'n'roll

La formule ne vous est probablement pas inconnue : "sex & drugs & rock'n'roll". L'invention en est attribuée à Ian Dury, grande figure des années 70 du punk et de la new-wave. Pour la petite histoire, il semblerait que l'expression soit une version moderne et un peu plus trash d'une célèbre expression du XVIIIème siècle : "Wine, Women & Song". "Sex, & drugs & rock'n'roll" devient le motto qui se popularise dans les années 80 pour caractériser le milieu du punk et du rock, ramenant dans nos années modernes le mythe des rockeurs de tous les excès : Pete Townshend de The Who qui détruit guitare sur guitare, soutenu par leur batteur Keith Moon qui réserve le même sort à sa batterie, ce dernier étant par la même occasion consommateur de stupéfiants divers et variés, destructeur de chambres d'hôtels ou encore connu pour avoir fait plonger une Cadillac dans la piscine d'un Holiday Inn.

Et les rumeurs d'excès, toutes les figures du rock y passent : Sid Vicious, figure de proue du mouvement punk et membre des Sex Pistols, qui décède à 22 ans d'une overdose soi-disant offerte par sa mère, Ozzy Osbourne qui prétend manger des têtes de chauve-souris sur scène, Gene Simmons (de Kiss) qui aurait fait remplacer sa langue par celle d'une vache, Led Zeppelin qui aurait utilisé un requin comme sex-toy, on vous en passe et des meilleures. La véracité de chacune de ces anecdotes étant bien sûr à questionner, mais reste dans la culture populaire et se prolonge sur d'autres artistes dans les années 90 et 2000 : de (entre autres) Nirvana qui détruit ses instruments sur scène aux nombreuses rumeurs qui ont entouré un artiste comme Marilyn Manson, l'image du rockeur de tous les excès traverse les âges. Mais alors, qu'en est-il aujourd'hui, peut-on encore être rock'n'roll ?

Image de prévisualisation YouTube

Non...

Il y a un bon paquet de bonnes raisons pour lesquelles il n'est plus aussi simple d'être le rockeur de tous les excès aujourd'hui.

Tout d'abord, les budgets sont de plus en plus serrés sur les tournées. Les artistes subissent de plus en plus de contraintes budgétaires, donc proposer aux managers de détruire ses instruments à chaque concert risque d'être vu d'un mauvais œil. Donc, à moins d'être Matthew Bellamy de Muse, qui détient le record du nombre de guitares détruites sur une seule tournée (avec quasiment 150 sur le Absolution Tour) mais qui lui a le budget pour le faire, la destruction d'instruments et de chambres d'hôtel semble être un concept de plus en plus compromis.

Qui plus est, avec le rythme effréné des tournées actuelles (il faut être à Lille un soir et à Marseille le lendemain), ce n'est pas toujours facile de garder la forme, donc les abus dans les loges en pré et post-concert reste une solution qui risque de vous filer des cernes et une tête de déterré le lendemain si vous avez à monter dans le camion de la tournée dès 5h du mat' le lendemain !

N'oublions pas cette chose que tout le monde semble avoir intégré mais qui brillait par son absence il y a encore 20 ans : Internet. Et oui, on vous le répète sûrement assez, mais maintenant, avec Internet, tout se sait (ou presque) ! Vous vous rappelez sûrement du scandale autour de Steve Aoki, qui réclamait dans son rider un paquet de requêtes étranges... Qui plus est, aujourd'hui, le moindre de vos dérapages risque de finir sur la toile : Instagram, Vine, Facebook, que ce soit par vos collègues, vos hôtes ou vos fans, vous prenez le risque de vous réveiller avec une gueule de bois accompagnée de vidéos compromettantes, et dangereuses pour une carrière qui peut (trop) vite prendre un mauvais tournant si la réputation ne suit pas.

 

... et oui !

Cependant, il ne faut pas non plus trop se prendre la tête. Faire de la musique est pour l'immense majorité des zikos une passion, et l'image de l'artiste rock'n'roll reste partie intégrante de notre mythologie sur le milieu musical. Ce grand imaginaire de la tournée comme un grande fête reste ancré dans l'imaginaire du public, et même si les artistes qui ne ne suivent pas cette image et assurent un professionnalisme à toute épreuve sont majoritaires aujourd'hui, certains décident d'assumer cette image à fond : il suffit de parcourir les comptes Twitter et Instagram de Diplo ou Rihanna pour voir qu'ils exposent pleinement leurs soirées parfois charpentées !

Exemple notoire, Rusko, grande figure du dubstep actuel, ne cache aucun de ses excès, avouant même avoir composé un de ses albums (Opium, qui porte donc bien son nom) sous l'effet de la codéine (consommée par bon nombre de rappeurs des années 2000), et est bien connu pour vivre une vie très rock'n'roll : alcool, drogues, stage-diving, tournées interminables, nerfs qui lâchent sur scène, toute la panoplie de la rockstar y passe.

Cependant, on voit que ce train de vie ne lui est pas de tout repos, puisqu'après avoir passé 22 nuits d'affilée à abuser de la sorte il'année dernière, l'artiste a du interrompre sa tournée sur ordre médical. Un comportement que ne semble pas approuver un autre gros bonnet de la scène électro : l'américain Deadmau5, qui dénonce ouvertement ce comportement.

Image de prévisualisation YouTube

On pourrait donc penser cette image de l'artiste rock'n'roll comme souffrant peut-être aujourd'hui de quelques difficultés, mais il ne faut pas la penser disparue : les tournées restent des lieux de fête, de rencontres, de camaraderie, le milieu de la musique aura toujours ses nombreuses anecdotes rock'n'roll, il y aura toujours des acharnés pour faire des concerts do-it-yourself sans filet, et du moment que les artistes assurent le show, ce qu'il se passe derrière reste partie intégrante du folklore... XXIème siècle ou pas.