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Album de la semaine : Casseurs Flowters (Orelsan & Gringe)

Album de la semaine : Casseurs Flowters (Orelsan & Gringe)

On aurait pu croire au fiasco, on se retrouve avec une belle cure de vitamines anti-automne.

Franchement, ça pouvait sentir la fumisterie, cette histoire. Orelsan, on connaît, et ceux qui ont su dépasser le buzz à deux tranchants de son morceau "Sale Pute" (vu les ventes de son deuxième album et ses deux Victoires de la Musique, il y a eu quelques clients), ont bien été obligés de reconnaître un certain talent dans sa capacité à reconvertir des codes du rap en quelque chose de plus grand. Les fans de hip-hop "true" ont pourtant pris plaisir à conspuer un artiste qui se crédibilise sur beaucoup de créneaux, sauf celui de sa musique d'origine. Le principe d'un album co-écrit avec le rappeur Gringe, qui reforme ainsi un vieux délire de potes nommé Casseurs Flowters (bonjour la référence à Maman j’ai raté l’avion) n'avait pas grand chose, sur le papier, pour refiler à Orelsan la seule carte qui manquait vraiment à son jeu.

Maintenant qu'on a écouté ce disque en long, en large et en travers... On a toujours pas de réponse. Mais on s'est tapé une bonne barre, on a ri, on a pleuré, et surtout, on a eu envie de mettre la sono à blinde. En fait, c'est simple : on conseille ce disque à quiconque a fait les 400 coups étant plus jeune, dans le délire PlayStation, pizzas froides, colocation, glandouille, mangas lus-relus-re-relus, potes collants et tutti quanti. Entre autres, car là encore, on est bien obligé de vous dresser un portrait un peu plus poussé de cet OVNI rap qui se présente comme une journée type chez ces deux gusses (15h – 6h du mat', à la bien), comme ils pouvaient en vivre il y a quelques années, lorsqu'ils vivaient dans le même clapier. On les entend causer (pas mal), rapper (beaucoup), le niveau des textes, en surface, paraissant insurmontable de fausse stupidité et de blagues potaches. Ouais, mais non : Casseurs Flowters, c'est du boulot, et on ne monte pas un délire soap-opéresque à la limite de la comédie façon Judd Apatow sonore sans bosser les fondations.

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Deuxième écoute : mince, ces deux zigotos auraient pondu un des meilleurs disques de rap français de l'année ? OK, la concurrence est faible, mais nous sommes bien obligés de nous incliner face à la déferlante de punchlines simili-débiles et remarquablement bien troussées de "Prends des pièces", qui rappellera nos juvéniles périodes de galère et de jobs alimentaires pas fun, le tout sur une instru 8-bit enthousiasmante. Sans parler du défouloir "La mort du disque", qui déballe une ribambelle de manières d'exécuter l'album pourri de ton groupe de rap-Skyrock favori mais qui a vendu ses tripes au système. Le délire de Casseurs Flowters se résume, au final, au flow percutant de "Change de pote", qui semble narrer l'histoire qui lie Orel et Gringe depuis presque 10 ans : unis dans la connerie, sans oublier de faire ça bien et malgré les remarques des conjoints. On ne va pas vous gâcher la surprise : collez vous ce truc dans les oreilles, vous risquez d'avoir envie de vous remettre à écouter du rap français.