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Être fan d'un groupe en 2013, c'est quoi ?

Être fan d'un groupe en 2013, c'est quoi ?

Petit tour d’horizon de la “fan attitude” telle qu’elle se conçoit au 21ème siècle.

Le rôle des fans dans le succès d'un groupe en 2013 a-t-il changé ? Lorsqu’on y réfléchit deux secondes, l'impression que ce type de comportement vis-à-vis d'une entité musicale s'est un peu dilué avec le temps a tendance à prédominer, mais certains “items” musicaux, mainstream comme indé, continuent à drainer une vraie "fan base" dévouée... et s'en servent pour maintenir leur popularité, parfois avec une organisation méticuleuse. Si les fan-clubs des 90's n'existent plus, cette “fan culture” semble donc avoir changé de visage, les nouveaux Nirvana étant le plus souvent pop-stars ou DJ’s.

Ci-dessous, une flopée d’artistes ou de groupes qui peuvent s’enorgueillir d’avoir un paquet de fans. Certains les ont gagné avec leur aura, d’autres grâce à une couverture médiatique particulière, ou encore en communiquant beaucoup avec eux. Petit passage en revue.

 

Belibers, One Directioners… la fan-base comme machine de guerre

Stoppez les rotatives : il paraîtrait que Liam Gallagher serait un Belieber. Non, on ne parle pas d’un type d’alien, l’ex-Oasis s’étant juste déclaré fan de la mini-star Justin Bieber, selon lui bien plus wak’n’wall que la moyenne des groupes à guitares. Un ambassadeur de choix, et il n’est pas le seul : le très jeune chanteur en possède 45 millions rien que sur Twitter. Les “beliebers” (croisement entre "Bieber" et "believers", croyants) sont nés avant même la sortie du premier album du chanteur, via les commentaires de ses différents clips sur YouTube. Un effort soutenu du management de l’artiste (en particulier de son agent Scooter Braun) pour coordonner l’énergie de ces cohortes de demoiselles (no offense, messieurs les fans de Justin, vous êtes en grande minorité), et la Team Bieber se retrouve avec un potentiel marketing immense, soigneusement entretenu par une tonne de tweets et de photos Instagram. La nation Bieber est née.

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Les One Directioners ? Vous l’aurez compris, il s’agit bel et bien des fans de One Direction, qui se sont brillamment illustrés dans la polémique “1D versus The Who”, persuadés que Pete Townshend et ses amis avaient attaqué leur groupe favori “pour se faire connaître”. D’aucuns, par contre, imaginent que cette fan-base, également très “identisée” sous un nom officiel, serait principalement galvanisée par la nébuleuse de marketeux qui circulent autour du groupe pour vendre des caisses de produits dérivés. Dans un délire un poil plus adulte, les “little monsters”  de Lady Gaga sont régulièrement choyés par la reine de la transgression pop (cf la vidéo ci-dessous), qui joue de ses délires farfelues pour se piédestaliser auprès d’une solide communauté.

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Biffy Clyro, Radiohead… le culte de l’étincelle

Si, aujourd’hui, le rock n’occupe qu’une place assez marginale dans la musique créée aujourd’hui, nombreux sont les groupes de “rock indépendant et alternatif” encore en activité qui peuvent compter sur une base de fans, reconnue parfois depuis plusieurs années et dont il est facile de comprendre le mécanisme.

On doute que le cri originel des fans de Biffy Clyro, “‘Mon the Biffy” (allez, les Biffy) se fasse beaucoup entendre dans les stades squattés par le groupe en première partie de Muse ces derniers mois. Mais le trio écossais reste l’exemple parfait du groupe qui a su développer une base de fans aussi impressionnante que dévouée. A tel point que Biffy Clyro, à l’époque de son troisième album, était déjà considéré comme “culte” avant même de décoller dans les ventes… La puissance d’une telle reconnaissance ? Il n’y a pas besoin de centaines de milliers d’admirateurs pour maintenir les excellentes notes des disques déjà sortis sur les sites contributifs, et pour faire circuler la bonne parole partout où il faut. Il ne manquait que quelques tubes, que Simon Neil n’a pas tardé à écrire avec l’excellent album Puzzle. La suite, elle s'écrit à Wembley...

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Radiohead, ça remonte à plus loin encore. Le groupe d’Oxford, toujours en activité et en pleine élaboration d’un nouvel album, a atteint le sacro-saint adjectif de la plus belle des manières : avec deux albums immenses (OK Computer et Kid A), articulés en un dyptique-malgré-lui mêlant pop parfaite et revirement expérimental crédibilisant. Il est évidemment réducteur de calculer les choix artistiques de la bande à Thom Yorke comme cela, mais les conséquences sont là : aujourd’hui, Radiohead est un monstre que personne n’ose vraiment toucher. À moins que… Le dernier album du groupe, A King Of Limbs, a été pas mal écorné par la critique, ainsi que par les mélomanes prescripteurs de l’Internet. Sauf que l’immense base de fans de Radiohead a fait le boulot, et que cet album n’effleure même pas le quart d’un bide, qu’on aurait pourtant pu imaginer après de telles critiques. Ici, c’est bien simple, un bras de fer s’est engagé entre les médias “nouvelles tendances” enthousiastes à l’idée de tuer le père, et des fans évidemment conquis par le disque. Devinez qui a gagné ?

radiohead

On peut évidemment, en outre, citer l’influence évidente et toujours aussi vitale du merchandising et, d’une manière plus générale, du design développé autour d’un projet artistique (le travail de Stanley Downwood pour Radiohead ci-dessus est un exemple criant), qui offre à la fan-base une façon de s’identifier. Kurt Cobain, aujourd’hui, serait sans doute dépassé par le nombre d’occurrences du t-shirt “Smiley” de Nirvana encore en circulation…

 

Rone, Gesaffelstein... l’électro personifiée

Le premier artiste électro avec une fan-base dévouée ? Laurent Garnier, Jeff Mills, Carl Craig ? À moins que ce ne soit Daft Punk, qui peut désormais tout se permettre tant son assise populaire est solide ? Impossible de pointer le premier de ces phénomènes, tant l’évolution du rapport au public qu’a vécu le monde de la musique électronique a été lente et subtile. mais maintenant que le subterfuge du masque est devenu un objet marketing en soi, certains producteurs réussissent tout de même à se démarquer en proposant des univers particuliers.

La figure de l’homme “simple et sympa” qui n’hésite pas à entrer en contact avec ses fans ? Paul Kalkbrenner l’a fait, et il n’a peut-être pas su s’arrêter à temps. On doute fort que cela arrivera à Rone, mais force est de constater que le producteur français, qui ne compte plus ses admirateurs depuis la sortie de Tohu Bohu, plait énormément à son public… Primo, sa musique développe un univers onirique qui lui est propre, et qui semblait faire suffisamment défaut auparavant pour que beaucoup d’admirateurs soient conquis. Ensuite, le jeune homme timide et sans prétention qu’il est nous a avoué il y a peu de temps, très humblement, apprécier le contact avec ces nouveaux fans, qui lui donnent de l’énergie. Ainsi, un modèle sain de relation entre l’artiste et son public s’est noué, et on le retrouve très souvent à la fin de ses shows à claquer des bises ou à se faire prendre en photo, entre deux chaleureux “merci” lâchés sur les réseaux sociaux (vous commencez à saisir l’importance du trio Facebook/Twitter/Instagram dans le développement d’une fan-base, on imagine). Bref, la simplicité d’Erwan Castex mêlée à l’efficacité de son management, voilà qui donne une équation bien rôdée, qui risque de fonctionner à plein lorsque le producteur aura un nouvel album sous le coude.

http://www.dailymotion.com/video/x16ks5a

Autre style, autre ambiance : Gesaffelstein, dont le nouvel album Aleph est sorti il y a quelques semaines, est plutôt du genre à créer une distance volontaire, ce qui, naturellement ancre davantage son personnage de dandy sombre dans l’univers qu’il développe. Résultat : des hordes de jeunes fans s’époumonent à crier son nom en festival pendant qu’il lâche les chevaux dans les enceintes, en ne regardant rien d’autre que ses machines d’un air détaché. Image, quand tu nous tiens : “Gesa” peut s’enorgueillir d’un joli score de 200 000 fans sur Facebook, alors même qu’il ne publie que très rarement ses humeurs sur le réseau social. En voilà un qui joue uniquement sur la carte de l’aura, et ça lui réussit, si on regarde l’accueil populaire impressionnant fait à son premier album. Reste à voir si cette stratégie sera payante sur le long terme et que personne n’abandonnera le navire, et cette remarque vaut pour chacun des exemples cités ci-dessus : passé un certain temps, on ne peut plus compter que sur ses fans.

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