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Nouvelle jeunesse électro française : les raisons d'un succès

Nouvelle jeunesse électro française : les raisons d'un succès

Ils sont (très) jeunes, et leur succès fut aussi rapide que leur apprentissage. Mais quel est le secret de ces minots de la musique électronique ?

Vous vous rappelez ? C’était il y a un peu plus d’un an, il s’appelait Totally Enormous Extinct Dinosaurs, et il a explosé à la face du monde en deux temps-trois mouvements. Ce p’tit jeune d’origine anglaise avait bluffé par sa connaissance de l’historique de la musique électronique, qu’il avait ingurgité en 20 secondes chrono, et pas forcément dans le “bon” ordre. Et c’est peut-être ça qui lui a permis de produire une électro unique en son genre.

Retour en France, où de nombreuses entités artistiques extrêmement jeunes ont fleuri ces derniers temps. DJ’s, beatmakers, producteurs, ils ont décidé de prendre le taureau par les cornes et de se lancer après un apprentissage express, et jusqu’ici tout va bien pour eux. Mais pourquoi sont-ils si appréciés ?

 

superpoze

Superpoze

Origine : Caen.

En activité : depuis 2010.

Âge : 21 ans.

Son histoire : Gabriel a passé sept ans au Conservatoire, fait rarissime pour un producteur de musique électronique. Si on rajoute à cela une attirance naturelle pour toute la “Warp-sphère”, de Clark à Boards Of Canada, on obtient un mélange des genres assez hétéroclite pour donner quelque chose de passionnant.

Pourquoi ça nous botte : Superpoze dégage quelque chose que plusieurs personnes de cette liste possèdent également en eux : la spontanéité et la simplicité. Question d’âge ? Probablement, si on prend en compte la courte exposition au monde de la musique comme un facteur de singularité. Ce type vient du hip-hop et joue une musique qui ne colle pas aux trois quarts de ce qui se fait en électro à l’heure actuelle, ce qui parle aux blasés de l’électro-pop pleine d’additifs ou de la modern house anglaise sans saveur. Bref, il se retrouve sur des scènes énormes, parce qu’il est extrêmement doué, qu’il possède un sens du groove qu’il laisse s’exprimer, entre autres, en refusant de composer à la souris, par exemple, mais aussi parce que son public l’attendait sans qu’il le sache lui-même.

À écouter : Jaguar, 2013.

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fakear

Fakear

Origine : Caen. (oui, encore)

En activité : depuis février 2010.

Âge : 21 ans.

Son histoire : Ben tiens, Théo était dans la même classe que Gabriel (Superpoze) en terminale ! Si les deux compères ont une base d’écoute commune, Fakear (compression de “Fake Ear”, fausse oreille) s’est naturellement orienté vers un son davantage trip-hop. S’il n’a pas de bagage théorique “institutionnel”, c’est un enfant de la M.A.O. (Musique Assistée par Ordinateur), comme beaucoup de producteurs actuels. La bidouille en chambre d’étudiant, ça le connaît.

Pourquoi ça nous botte : parce qu’on aime Bonobo, Wax Tailor et Chinese Man et qu’on n’a pas honte de le dire, contrairement à de nombreuses personnes qui voudraient enterrer le “son Ninja Tune” tel qu’il s’est toujours pratiqué. Et peut-être que Théo n’a pas encore eu le désir d’intellectualiser sa musique pour tomber dans le travers du “mine de rien, malgré moi, je fais ce qui se fait à l’heure actuelle”. Passion et vase clos font parfois bon ménage. Ajouté à un sens du show apparemment aiguisé (Fakear a impressionné au festival Beauregard cet été, avec un show basé sur la manipulation live de deux MPCs), on le sent bien, le décollage stratosphérique.

À écouter : Morning In Japan, 2013.

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madeon

Madeon

Origine : Nantes.

En activité : depuis 2010 sous ce nom.

Âge : 19 ans.

Son histoire : Hugo Leclercq a commencé à produire vers 2005, à l’âge de onze ans ! Bon, au début, il s’appelait DJ Deamon (stylisation du mot Démon) et il faisait de la trance, mais “avec l’âge”, il s’est un poil calmé. Il a tout de même gardé un sens de l’efficacité indéniable qui lui a fait gagner un concours de remixes de Pendulum en 2010, sans parler du nombre exponentiel de clics sur son compte SoundCloud et sa chaîne YouTube… Aujourd’hui, Madeon produit Lady Gaga, en toute simplicité.

Pourquoi ça nous botte : Pour être honnêtes, nous ne goûtons guère à la house flashy de Madeon, qui s’approche parfois du phénomène EDM tel qu’on peut l’entendre chez l’oncle Sam. Pour la retenue et l’élégance, on repassera, mais force est de constater que ce petit jeune retranscrit parfaitement dans sa musique un état de fait qui n’est pas si évident pour la plupart des musiciens “adultes” : ce type s’éclate, et son public aussi !

À écouter : “Finale”, 2012.

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baadman

Baadman

Origine : Caen (sérieusement ?)

En activité : depuis 2011.

Âge : 18 ans.

Son histoire : Astropolis en 2011, les Vieilles Charrues en 2012, un EP chez Kitsuné en 2013… 2014, le monde ? Tout ça commence à nous faire croire que la ville de naissance de Gilles Peterson possède un karma particulier en ce moment, mais Baadman, contrairement aux deux beatmakers cités ci-dessus, a une culture DJ avant tout. Poulain de Don Rimini, il aurait apparemment écouté toute l’histoire de la musique électronique en autant de temps qu’il en faut à un jeune d’aujourd’hui pour passer son brevet de conduite pour scooters.

Pourquoi ça nous botte : Forcément, plonger dans un univers déjà historiquement fourni la tête la première, ça rend l’assimilation des choses un brin différente… Et ça crée des singularités. Résultat, Baadman n’est pas le jeune casquetteux amateur de house crétine que sa dégaine voudrait bien laisser croire, mais possède un catalogue qui tape autant dans l’électroclash que dans l’acid-tech. Et il semble avoir compris que le rôle d’un DJ, avant de montrer sa science, est de faire danser les gens. Il en résulte des sets archi-efficaces, et, parce qu’un platiniste se doit de passer par la case prod’ pour exister auprès des médias, il se trouve qu’il a réussi à transposer cette baraka sur un très chouette EP.

À écouter : Stab, 2013.

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carbonairways

Carbon Airways

Origine : Gray, près de Besançon.

En activité : depuis 2011.

Moyenne d’âge : 17 ans.

Leur histoire : Trans Musicales 2011. Engus et Eléonore sont sous les feux de la rampe : il sont à deux doigts de ne pas pouvoir jouer sur la scène principale du festival rennais. La raison ? La préfecture du Jura, dont ils sont originaires et dont ils dépendent, a voulu interdire à la fratrie de se produire là bas. Bah oui, à 14 et 16 ans, en théorie, on ne balance pas de gros breakbeat punkoïde dans les oreilles de milliers de festivaliers... Après de longues discussions entre le groupe, les parents, les organisateurs et les autorités compétentes, le dénouement est heureux. Gros coup de pub au passage, le phénomène Carbon Airways est lancé.

Pourquoi ça nous botte : Parce qu’aujourd’hui, le groupe existe toujours. Cela peut paraître bête, mais si les frangins ne se sont pas écroulés après tout ce qu’ils ont vécu en 18 mois, c’est qu’il y a des tripes et de la matière grise derrière leurs visages poupins, et qu'il y a plus à voir chez eux qu'un "duo d'enfants qui fait de la techno". Encore une fois, niveau bagage, tout a été appris à la va-vite et en autodidacte, sans autre souci que de faire un son fun et puissant, parfaitement juvénile. Et si Carbon Airways semble se laisser porter par son histoire, ces jeunes semblent tenir le volant à leur façon. Ce qui n’est pas toujours le cas de certains projets créés par des artistes avec du poil de barbe au menton.

À écouter : Black Sun, 2013.

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