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Album de la semaine : M.I.A. - Matangi

Album de la semaine : M.I.A. - Matangi

Après un disque moyen en 2010 et une attente interminable, Mathangi Arulpragasam signe son album le plus radical à ce jour.

Il faut bien l'avouer, nous avons eu envie de lâcher l'affaire à plusieurs reprises. Nous avons écouté /\/\/\Y/\ à plusieurs reprises, histoire d'être certains d'avoir affaire à un semi-raté de la part de cette chanteuse anglaise d'origine tamoule qu'on avait connu bien plus urgente que cela. M.I.A., acculée, a ensuite tenté une stratégie maladroite, celle de la franc-tireuse qui ne retient pas ses mots et qui dégomme tout ce qui bouge, ce qui lui a valu d'être un peu mise de côté. C'est à ce moment là qu'on a commencé à ne plus y croire vraiment.

Si "Bad Girls", excellent single sorti début 2012, a prouvé au monde que le talent, immense, était toujours enfoui sous une couche de maladresse, elle a mis beaucoup (trop) de temps à venir réclamer son trône, trop occupée à défendre des causes perdues, et à voir du plagiat partout. Il semble logique que Matangi, son quatrième album, soit celui d'une tête brûlée, et ça s'entend.

Déjà, exit la pop sirupeuse des trois quarts des morceaux de /\/\/\Y/\, ici, rien n'est facile, mais alors rien du tout. Pas même la faussement mignonne "Come Calk With Me", qui déraille grave dans sa seconde partie, ni la mélancolique "Exodus", bien plus tendue qu'elle en a l'air. Non, là, on nage dans l'engagement artistique total, proche de l'expérience physique parfois. "Double Bubble Trouble" sent le venin à plein nez, l'efficacité du morceau étant clairement inspirée de la trap music et du kuduro. Ah oui, par contre, niveau cohérence, il faudra repasser, mais ce n'est quelque chose de nouveau, M.I.A. lie toujours ses albums avec deux cordons : sa voix, et la texture de ses productions. Niveau style, c'est le bordel, un peu comme sa vie, ses influences, ou ses prises de parole. Et du bordel, on en a besoin de temps en temps, vu comme ça brille de propreté du côté du monde de l'indie rock et de la musique électronique d'aujourd'hui. Qu'on l'aime ou pas, qu'on le veuille ou non, M.I.A. reste, musicalement, la seule superstar un tant soit peu marginale de ce XXIème siècle.