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Album de la semaine : Gesaffelstein – Aleph

Album de la semaine : Gesaffelstein – Aleph

Attendu comme le Messie avec son premier album, Gesaffelstein remplit sa mission avec succès.

Il y en a eu, des étapes jusqu'à l'accession au trône. Mike Lévy, pour devenir Gesaffelstein, a du se trouver un mentor (The Hacker), fonder une amitié durable (avec Brodinski), marquer le coup avec une série d'EPs aussi puissants que mentaux (on se souvient tous du sublime Rise Of Depravity), et acquérir un public acquis à sa cause. C'est armé de son expérience, donc, qu'il a attaqué cette étape cruciale dans son développement d'artiste : concevoir un premier album qui soit à la hauteur de ses espérances. Et évidemment, elles sont hautes, mister Lévy étant ambitieux par nature.

Ceux qui adorent "Gesa" parce que "ça tabasse" seront servis. Avis aux autres : ne partez pas tout de suite, on s'occupe de vous plus tard. Vous connaissez déjà "Hate Or Glory" et "Pursuit", trop percutants et précis pour être évités. "Obsession" est de la même trempe : lent, insidieux, ce morceau prend son essence dans la profondeur de son kick, la clarté de ses caisses claires, et toujours dans ce mélange entre synthé fantômatique et ligne de basse rauque qui avale la moitié du spectre de fréquences. Aucune paire d'oreilles ne peut réellement en sortir indemne.

Si Gesa, par ailleurs, avait exploité cette formule jusqu'à la lie sur ce premier album, on aurait pu parler d'erreur de jeunesse. Il n'en est rien, et c'est bien joué de sa part. Oui, Aleph est aussi blindé de morceaux plus calmes, qui tapent dans un registre différent, sans non plus donner dans des versions simplement ralenties de ses tubes les plus puissants. Le plus étonnant dans tout ça, c'est que "Nameless" sent la cold-wave, voire le progressisme 70's à plein nez, contrairement à "Helliformia", qui sonne comme un remix infernal de G-funk à jouer très très fort dans votre Mustang (ou votre Clio le cas échéant). Le morceau le plus étonnant reste "Perfection", qui ferme l'album de manière magistrale : on n'avait jamais connu Gesaffelstein aussi pop, voire "chansonnesque" dans sa composition : ici, on nage en plein spleen gainsbourien, pour un résultat que ne renierait pas Sébastien Tellier ! Et pourtant, c'est inexplicable, ça sent Gesaffesltein à plein nez. Une explication ? On n'en a aucune, on est comme vous, finalement : à genoux, et heureux d'avoir trouvé un maître qui a su maîtriser la fougue de sa fabrique à beats pour offrir au monde un album profond, varié et artistiquement impressionnant.