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Daniel Avery : "un bon morceau, en DJ-set, se révèle de lui-même"

Daniel Avery : "un bon morceau, en DJ-set, se révèle de lui-même"

Fort d'un premier album magnifique, profond et sans concessions tout juste mis en bacs, Daniel Avery se prépare à mettre Paris à genoux le 17 octobre prochain. Nous avons tenté d'en savoir plus sur ce jeune Anglais que tout le monde s'arrache, et qui tient le deejaying en très grande estime.

Ton premier album Drone Logic a officiellement été mis en écoute une semaine avant sa sortie. Tu as tenté de prendre la température, de voir s’il a été bien reçu ?

Pas plus que ça, je n’ai pas préféré chercher la confrontation tout de suite. Mais j’ai reçu beaucoup de message très gentils de mes amis, et de gens “du métier” qui n’avaient pas eu l’occasion de l’écouter plus tôt, comme Maya Jane Coles, Richie Hawtin ou Andrew Weatherall. J’ai énormément travaillé sur ce disque, j’ai été bluffé par tout ce que j’ai reçu, ça m’a beaucoup touché. C’était plutôt une bonne journée pour moi donc (rires).

 

Ce n’est pas frustrant de voir son travail “dévoilé” ainsi, et de casser la magie de la découverte au moment de la sortie ?

Cela ne me dérange pas tant que c’est fait de manière respectueuse. Je ne me fais pas d’illusions, beaucoup d’albums sont dévoilés de cette manière de nos jours, et au fond cela permet aussi à ceux qui ne me connaissent pas de pouvoir potentiellement découvrir ma musique… J’aurais été chagriné si l’album avait leaké, là, c’est le jeu. Et comme je te l’ai dit, cela a l’air d’avoir plu, donc tout va bien.

 

La première chose qui frappe à l’écoute de Drone Logic, c’est qu’il est très long, ce n’est pas très courant de nos jours. Ton éducation musicale s’est-elle construite avec des albums à rallonge ?

Je dirais, plutôt avec des albums qui s’écoutent du début à la fin, des disques qui sont conçus comme tels. J’ai toujours écouté de la musique de cette manière et c’est exactement ce que j’ai essayé de faire avec ce disque. Je sais que ce n’est pas commun pour un producteur qui fait de la techno et qui a commencé comme DJ, mais pour moi, un album, c’est un film, une expérience, même si la musique est censée être dansée. Et j’aime et bien les longs films.

 

Tu penses que les gens arriveront à entrer dans ton univers ?

Je pense que les gens sont plus réceptifs qu’on ne le croit à ce genre d’expériences, même si on dit souvent qu’aujourd’hui, la musique se zappe et ne s’écoute plus vraiment. Et j’ai toujours su que c’était la seule façon possible pour moi de bosser, donc si je voulais être honnête, c’était ma seule option !

 

Tu as joué beaucoup de DJ-sets cet été, tu en as profité pour tester des configurations de morceaux ?

Tout à fait, ça m’a beaucoup aidé à y voir plus clair, entre deux versions d’une même track, par exemple. Quand tu passes un morceau en plein milieu d’un DJ-set, il ne peut pas mentir, s’il est bon, il se révèlera de lui-même, sinon, il sera noyé sous les autres disques que j’aurais choisi de passer !

 

Parle-moi un peu d’Erol Alkan, il est très lié à l’histoire de cet album, non ?

Je dirais même plus, il est lié à l’histoire de ma vie d’artiste ! Erol est le premier DJ avec lequel je me suis senti réellement connecté. Je l’ai découvert lors de l’une de ses soirées “Trash” à Londres, ça a été un vrai choc musical pour moi. Depuis qu’on s’est rencontrés, on ne se quitte plus. Non seulement c’est le boss sur lequel je suis signé actuellement (Phantasy Sound, ndlr), mais il s’est également occupé du mixage de Drone Logic ! On a beaucoup échangé durant toute la conception de l’album, c’est vraiment enrichissant de l’avoir dans les parages, surtout pour moi qui suis encore un “novice”...

 

Avant de le rencontrer, tu n’étais pas encore complètement branché électro, à ce qu’il paraît…

J’avais déjà mis le doigt dans l’engrenage, mais c’était le tout début. Avant, j’écoutais beaucoup de rock de manière générale, mais aussi du post-punk, qui peut avoir un lien avec la musique électronique. J’ai aussi écouté ce qui se faisait à mon âge, toute la scène big beat, notamment The Prodigy, ça a été mon premier concert d’ailleurs.

 

Comment on s’improvise DJ avec un tel bagage ?

Un peu par hasard, en fait. La première fois que j’ai fait le DJ, c’était aux soirées Project Mayhem à Bournemouth, là d’où je viens. Je passais de tout, je ne savais pas mixer, mais j’ai compris pas mal de choses sur le métier de DJ avec ces soirées…

 

C’est quoi un bon DJ-set selon toi ?

Pour répondre à cette question, j’aurais plutôt tendance à me placer du côté du clubber que celui du DJ. Un bon DJ-set est celui qui me met dans un état dans lequel je ne suis pas d’habitude, et qui créé un petit vide une fois qu’il se termine. C’est très cérébral, en fait. Je n’aime pas trop le terme de “voyage”, beaucoup de gens l’utilisent pour décrire ce qu’est censé faire ressentir un bon mix, mais je pense qu’il s’agit plutôt d’un état mental particulier, qui permet au corps de se libérer.

 

Tu as des méthodes particulières pour arriver à créer cet état en tant que DJ ?

Il n’y a pas de méthode miracle. La technique est utile, certes, mais il faut surtout croire en ses goûts et les défendre sans trop jouer les fortes têtes et en ressentant l'énergie que les clubbers communiquent.

 

Toi qui as mis les pieds dans le monde de l’électro avec le deejaying, tu comptes essayer de créer un live ?

Ouais, j’y réfléchis en ce moment. Mais si je dois faire pas mal de dates, je voudrais que ce soit quelque chose de vraiment ambitieux, avec lequel j’arrive à donner autant d’énergie que j’arrive à le faire lors d’un DJ-set. En tout cas, pour l’instant, je reste DJ, et lorsque je me sentirais assez préparé, pourquoi pas !

 

Tu peux nous citer des noms ?

J’ai déjà rencontré tout le crew Ed Banger, ils sont vraiment très sympa. Musicalement, je suis très fan de Cosmo Vitelli et de son label I’m A Cliché, ou de Ivan Smagghe, que je considère comme un très bon DJ. Et puis je joue énormément en France, j’y ai toujours une très bonne connexion avec le public.

 

Tu as aussi commencé ton éducation électronique avec Miss Kittin…

Tout à fait, j’adore Miss Kittin et tout le mouvement électroclash en général. C’est pour ça que tu vas retrouver des voix féminines qui ponctuent les morceaux de mon album, j’aime ce côté sexy et froid à la fois !

 

Produire pour une voix, du coup, ça te plairait ?

Oui, j’ai d’ailleurs déjà commencé à me lancer. Je produis un groupe anglais en ce moment, c’est assez expérimental, mais c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse et j’aimerais consacrer une partie de mon temps à cela à l’avenir. C’est vraiment l’un des projets qui me tient à cœur.

 

Drone Logic (Phantasy Sound) - iTunes

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