JE RECHERCHE
The Bloody Beetroots : “j'enlèverai mon masque quand j'ouvrirai une pizzeria”

The Bloody Beetroots : “j'enlèverai mon masque quand j'ouvrirai une pizzeria”

Bob Rifo, désormais seul à la tête du projet The Bloody Beetroots, semble avoir envie de faire de la musique avec un grand M. Il a même l'air obsédé par l'idée ! 

Green Room Session : Qu’est ce qui a changé pour les Bloody Beetroots depuis le premier album ?

Bob Rifo : Oh mec, tellement de choses… la vie est faite d’évolution, penses-y bien. Ce projet a débuté comme un DJ-set, pour ensuite devenir un live, le Death Crew 77, puis une nouvelle période de DJ-sets, et maintenant The Bloody Beetroots Live. J’ai un nouvel album avec des invités dingues, j’ai changé humainement, et j’ai continué d’évoluer sans jamais m’arrêter. Il y a enormément de surprises sur mon nouveau disque, c’est vraiment sauvage, avec plein d’invités, Paul McCartney, Peter Frampton, Tommy Lee de Motley Crüe, P-Thugg de Chromeo… c’est vraiment dingue. Je suis hyper heureux de sortir ce nouvel album, et de mettre en marche la nouvelle machine Bloody Beetroots qui va parcourir le monde.

 

Tu penses que ton son a évolué en même temps que toi ?

Je veux encore améliorer mon live, de nouvelles personnes vont venir me voir pour la première fois avec ce deuxième disque. C’est mon objectif principal, plus d’interaction, d’effets de scène, et plus de liens avec ce disque. Je veux aussi avoir plus souvent mes invités du disque sur scène.

 

Tu es revenu à tes influences punk-rock avec ce nouveau disque.

Exactement. Tu progresses dès le moment où tu comprends que tu dois te rattacher à absolument toute la musique que tu écoutes. Et respecter mes origines est quelque chose de très fort que j’ai en moi. Je ressens ce besoin d’amener un peu d’humanité dans la musique électronique, quelque chose de concret. J’adore parler directement avec toi, en face, parce qu’il se crée une connexion réelle. C’est cette philosophie que j’ai voulu mettre en avant avec Hide, le contact humain. Prendre des guitares, une batterie, et jouer. Passer d’un morceau punk à du funk-rock, jusqu’à la bass music, sans choquer personne. Cet album essaye en quelque sorte de montrer le chaos et la confusion qui nous entoure, je veux que les gens y réfléchissent. Je suis passionné par la musique, c’est une façon de m’exprimer, je ne fais pas ça pour le fric.

 

Tu as invité des gens sur ton disque pour permettre cette forme d’interaction ?

Oui, c’était mon but final. Je suis influencé par tous ces gens qui viennent de différentes époques, je les admire, et je veux revenir aux sources de la musique, faire un pont entre les genres pour créer le son du futur. Tu veux faire une putain de révolution ? Tu dois revenir sur le passé, étudier. Donc j’ai appellé des potes à moi, et c’est important de le signaler : je ne fais que de la musique sur la base d’une amitié, avec des gens que je connais. Ce n’est pas un calcul pour être cool, je veux juste que la musique parle. C’est pour ça que je porte un masque. N’importe qui peut être moi : si on se pointe tous les deux sur scène, les gens vont te voir et hurler "Oh Bob ! Tu as l’air beaucoup plus petit en vrai, mais j’adore ce que tu fais !".

 

Tu veux plus généralement dire “Fuck You” aux gens qui collaborent sans se connaître, juste pour la gloire du featuring ?

J’ai surtout envie de dire « Fuck You » aux gens faux sur cette planète. On en trouve partout, chez les DJ’s, musiciens, les politiciens, les enseignants… ces personnes ne me correspondent pas. Je vis ma vie comme je fais ma musique, en étant sincère. Et c’est le but principal de mon nouveau disque et de ma vie, pas de mensonge, ni d’hypocrisie.

 

Internet nous a fait perdre ce contact humain, selon toi ?

Exactement, tu perds totalement cette interaction quand tu passes ton temps sur Internet. C’est bon d’oublier un moment Twitter et Facebook. Ceci dit, c’est un formidable moyen de créer une communauté, répandre tes idées, mais cela peux aussi détruire l’approche humaine essentielle que nous avons. C’est pour ça que j’ai fait ce disque.

 

Malgré tout, est-ce qu’on a le sentiment d’avoir accompli sa carrière lorsque l’on a Paul McCartney dans le tracklisting de son album ?

Non jamais, je ne pense pas comme ça. C’est une expérience incroyable mais je ne pourrais pas me dire « Ok, je suis le roi du monde » je ne pense pas comme ça. Je suis un musicien, et plus je peux travailler avec des gens comme ça, plus je suis content. Mais c’était une expérience incroyable, j’ai passé une journée entière en studio juste avec lui, cet homme de 70 ans qui a encore une classe folle, et j’ai énormément appris.

 

Le nouveau son Bloody Beetroots est plus pop, avec des mélodies, des chansons.

Je ne suis pas d’accord lorsque tu dis qu’il est plus pop. La pop n’est pas le bon terme. Mais je suis d’accord quand tu dis qu’il y a plus de mélodies, parce que je fais de la musique, et je veux que les gens en soient conscients. J’ai encore en réserve quelques grosses machines pour les dancefloors, mais je me mets aussi maintenant aux ballades comme avec Sam Sparrow ou Theophilius London. J’ai aussi envie de faire des belles chansons maintenant, même si les gens vont penser que ça ne me correspond pas. Les gens m’ont collé cette image d'un type très bourrin, à cause du succès de Warp 1977, mais je suis un musicien. Je fais de la musique, et je veux l’ancrer dans la tête des gens, et je trouve que c’est quelque chose qui manque de nos jours. Hormis quelques exceptions, beaucoup ne font pas les choses correctement. Certains comprennent le vrai sens de la musique, d’autre pas, et moi je veux le garder, le faire perdurer.

 

C'est quoi, le vrai sens de la musique ?

C’est l’approche humaine de la musique, mettre en avant les harmonies, avec des belles suites d’accords, une bonne structure, avec passion. Créer quelque chose en studio, avec un autre, des autres. Je ne fais pas de featuring pour être un mec cool, je fais ça pour créer une connexion avec un artiste que j’aime profondément. Et j’ai senti une veritable connexion avec mes invités, une sorte de magie que tous les musiciens espèrent effleurer un jour.

 

Tu es constamment sur la route en tournée. C’est quelque chose d’important pour ta musique ?

C’est important pour mon message. J’ai des idées à faire passer, et le monde est extrêmement grand. Je veux communiquer, créer un rassemblement autour de moi, et c’est pour ça que je traverse autant que possible le monde, jusqu’à des endroits que je n’ai pas encore exploré, comme l’Amérique du Sud, l’Afrique du Sud ou l’Inde.

 

Ça te laisse du temps pour aller en studio ?

Ce n’est pas une histoire de temps dans la durée, mais plutôt une histoire de temps dans sa qualité. Plus tu te sens capable de t’exprimer, plus tu fais du bon travail. Mon but est de composer de la musique, et je le fais assez rapidement. Le processus de production, c’est une autre histoire. J’arrive parfois en studio avec des dizaines de feuilles de partition, mais je prends le temps qu’il faut.

 

Tes chansons naissent avec des instruments et s'habillent avec des ordinateurs ?

Toujours. Je suis un musicien avant tout, et ensuite un producteur.

 

Depuis quand est tu tombé dans la musique ?

J’ai commencé la musique lorsque j’avais neuf ans. J’ai chanté étant gamin dans une chorale à six ans mais tout a réellement débuté avec des cours particuliers de piano. J’ai arrêté cinq ans plus tard, ce n’était pas assez rock n’roll pour l’adolescent que j’étais. Je me suis mis à la guitare, à la batterie puis à la basse, et maintenant je joue encore d’autres instruments que j’ai appris sur le tas…

 

Est-ce que tu as l’impression d’avoir dépassé la hype qui a entouré les Bloody Beetroots il y a quelques années ?

Je pense que les gens en ont beaucoup trop fait avec Warp. La chanson était bonne, mais j’ai découvert au fur et à mesure qu’elle prenait trop d’ampleur pour moi, sans que je n’aie le contrôle là-dessus. C’était le bon buzz pour le bon moment, mais tout a bien changé depuis ces dernières années. J’ai bougé mon cul vers d’autres choses, c’est pour ça que je tourne dans de nouveaux pays. Je veux parler à toutes les générations, de Paul McCartney a ton futur fils. Je ne veux pas de succès pour une chanson, mais pour ma musique. Je ne fais pas de hits, je fais de la musique, et ce n’est pas moi qui décide de son succès ou non. Les Bloody Beetroots sont assez uniques, ils parlent de chaos et de confusion. Ils sont tout et rien à la fois, hormis de la musique.

 

Penses-tu un jour démasquer les Bloody Beetroots?

Je ne sais pas… comme je l’ai dit, mon masque me permet de laisser parler la musique, mais si je décide d’ouvrir sur un coup de tête une pizzeria, il faudra bien que je l’enlève (rires). Et puis c’est génial, tu ne sauras jamais où je suis. Je peux aller dans la fosse en festival, rencontrer un type et lui dire que je fais de la musique dans un groupe qui s’appelle The Bloody Beetroots. La réaction est souvent proche de « NOOOOOON !!! » (rires). Mais c’est génial, je peux avoir une vraie conversation avec les gens, sans a prioris, et savoir ce que les gens pensent de ma musique. Par exemple, en disant « Wow, tu connais les Bloody Beetroots ? C’est vraiment de la merde » et en observant la réponse !

 

Quel regard portes-tu sur la scène electronique actuelle ?

Je la trouve très confuse, et détachée de ses origines. Nous avons besoin de conserver notre patrimoine musical, et il est si facile de faire de la musique avec des logiciels que l’on en oublie ses plus grands principes, le respect du passé en premier lieu. Si nous ne le faisons pas, je pense que la musique va complétement s’effondrer dans un trou noir. On doit rester ancrés dans la réalité, l’humain.

 

La démarche du dernier album des Daft Punk te parle, donc ?

C’est un très bon exemple, oui, ils ont voulu faire quelque chose de différent parce qu'ils ont senti le besoin de faire de la véritable musique, avec des vrais musiciens. Ce n’est sûrement pas ce que tout le monde attendait de Daft Punk, mais ils font perdurer une philosophie dans laquelle je me reconnais depuis toujours.

 

Hide (Jive/Sony), sortie le 16 septembre