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Jay Z & Kanye West : Watch the throne

Jay Z & Kanye West : Watch the throne

Comme chaque gosse trouvant sous le sapin le coffret qui réunit deux super héros qu’on attend tous depuis des mois, on espèrait naïvement un miracle. Mais en déballant l’album évènement "Watch The Throne" des invincibles rappeurs Jay Z et Kanye West, il n’y a pas d’explosion ni de frissons. On cache mal notre grimace de déception alors tant pis, on va leur demander des comptes. Pourquoi nous avoir si longtemps fait saliver sur ce qui aurait dû être un duel qui en jette ou au moins une super alliance ?  Finalement vous les darons qui squattez le trône du hip hop mainstream depuis peut-être trop longtemps, vous avez joué aux chaises musicales sans conviction et partagé ce trône avec chacun une fesse posée dessus. Vous les deux (plein aux) As, n’en êtes pourtant pas à votre première collaboration puisque Kanye a fait ses premières productions pour Jay Z il y a bientôt dix ans maintenant. Mais alors quoi, Batman et Robin (à vous de déterminer qui est qui), vous aviez les moyens de nous en mettre plein les oreilles mais même si vous esquivez une succession de pirouettes pour montrer qui a le plus gros beat, vous oubliez surtout de nous prendre par surprise, et de nous faire rêver. 

Un poil de défi n’aurait pas fait de mal à ce disque qui se repose sur assez peu de choses, à part des lauriers. On vous l’accorde, le premier titre No Church In The Wild envoie du lourd, il y a aussi le nerveux Niggas In Paris, ou That’s My Bitch, parce qu’il est old school et surproduit à la fois, un paradoxe qui illustre bien vos deux styles pas toujours compatibles. Kanye, il faut vraiment que tu te défasses de cet autotune, cette arme de destruction massive des plus beaux titres, car Jay Z, lui sur aucun de ses albums n’aurait accepté de faire de A New Life - votre lettre à un futur fils qui est vraiment touchante - une espèce de scène de Star Wars aux voix robotisées. Merci par contre de nous permettre de pousser un Cocorico sur I Love You So grâce au sample des frenchy de Cassius, lesquels avaient samplé la chanteuse Sarah Richardson bien avant. Dans le registre soul, Otis est plutôt classieux, Welcome To The Jungle traîne un peu la jambe mais c’est un beau règlement de compte. Dommage qu’on se soit embrouillé dans l’intrigue car il y a sur ce disque trop de personnages secondaires : des producteurs comme The Neptunes, RZA, Q-Tip. Des pointures certes, mais qui vous éloignent du sujet et vous empêchent de vous transformer en mutant à deux têtes qui révolutionnerait le rap. Dans l’écriture en revanche, il vous reste des choses à dire, des envies de s’épancher, de se confier, de pointer du doigt, ce que vous faites toujours bien mieux et plus sincèrement que la plupart des groupes de rock qu’on continue pourtant d’écouter. Bien sûr ce serait déloyal de dire que ce volet de votre carrière est une catastrophe, Peut-être aussi qu’on avait tous trop d’attentes mais, attention à votre égo, on est aussi nombreux à réaliser qu’il n’y a plus besoin de vous pour sauver le rap. La relève est proche, et on ne parle pas que de Tyler The Creator ou de Frank Ocean, lui que vous avez eu la bonne idée d’inviter. Mais malgré ces petites épines, on va quand même vous garder avec nous sous le sapin, en espérant qu’avec vos prochains albums respectifs vous serez cap(e) de nous montrer qui est vraiment le roi. 

Kayne West & Jay Z // Watch the Throne // Barclay (Universal)

Charline Lecarpentier