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Le plagiat : accusation sans preuves ou inspiration inévitable ?

Le plagiat : accusation sans preuves ou inspiration inévitable ?

Les affaires de plagiat pleuvent depuis quelques temps : Robin Thicke, One Direction, personne n'a l'air de pouvoir échapper aux accusations de copie conforme. À croire que lorsqu'on a du succès, on devrait faire attention à balayer soigneusement devant sa porte, car certains prennent un malin plaisir à crier au loup simplement pour remporter les gros sous. À l'ère du copier-coller, les internets sont aux aguets plus que jamais !

Gotye

Gotye


Le plagiat est une chose délicate car jamais totalement prouvée. Alors, lorsque l'on se retrouve devant les tribunaux, soit on tente de régler ça d'un commun accord (il faut avoir mis deux ou trois lingots de côté), soit c'est la justice qui tranche. Parfois, les accusations sont bien trop injustes, mais d'autres s'avèrent être plausibles à 200%. Alors, accusation sans preuves ou inspiration inévitable ?

 



Peut-on s'inspirer sans copier bêtement ? 

Le plagiat consiste à s’approprier les mots ou les idées de quelqu’un d’autre et de les présenter comme siens. C'est tout bête, mais sans un seul copyright ou une mention quelconque, si vous êtes l'auteur du morceau original, vous voilà dans le pétrin.C'est devenu de plus en plus évident avec le temps : les groupes de la scène actuelle auraient tendance à s'inspirer de ce qui a été fait avant. Au vu du nombre de titres disponibles sur la planète musique, des contraintes théoriques de l'écriture d'un morceau, il n'est pas rare que deux mélodies se rejoignent étrangement. Parfois, il arrive que la ressemblance soit tout bonnement fortuite. Alors que l'affaire One Direction éclate, Pete Townshend, songwriter de The Who, s'en amuse sans détours. Malgré qu'il soit vrai qu'on aurait envie de taper sur cette bande de teenagers ("Best Song Ever" ressemble beaucoup à "Baba O'Riley"), le guitariste glisse qu'il aime le boys band : "les accords que j'ai utilisé et qu'ils utilisent sont les mêmes trois accords qui ont tous été repris dans la pop de base depuis Buddy Holly, Eddie Cochran et Chuck Berry". Le boys band n'en est pas à son premier coup d'essai : il était déjà accusé d'avoir pastiché The Clash sur "Live While We're Young"...

On le sait : The Beatles et Beach Boys se piquaient des idées, comme sur "Girl Don’t Tell Me", titre des Californiens construit sur le "Ticket to Ride" des Anglais. Ainsi, il s'avèrerait que certains riffs soient inévitables. Ça ne vous est jamais arrivé d'entendre quelqu'un de votre entourage dire "The Black Keys a complètement pompé sur "Stairway to Heaven" des Led Zep c'est pas croyable" ? Ici, il y a des limites. Sensiblement ressemblants sur trois notes, très bien, mais ne confondons pas plagiat et mauvaise coïncidence.

Exemple : il y a dix ans de ça, Calogero est condamné pour plagiat et fait appel. Il jure ne pas connaître Serge Didier et Arnaud Pierat. Pourtant, la ligne de guitare du morceau "Un jour parfait" serait similaire à leur œuvre "Le feu de Willial" déposée à la Sacem en 2003. De nombreux exemples se retrouvent dans cette lignée, et restent invérifiables. Et si on imagine que Jean-Jacques Goldman écrit à peu près 80% de la variété française, ne vous esclaffez pas de stupeur si vous croyez mettre le droit sur un repompage honteux entre deux morceaux passés à la radio.

 

Comme le disent tes parents : "ça ne date pas d'aujourd'hui"

On vous l'a sûrement déjà dit alors quevous écoutiez l'un de vos morceaux favoris : "tiens, c'est une reprise ça !". D'accord, tout n'est pas qu'invention, et les petits jeunes ont tendance à parfois reprendre beaucoup de choses d'il y a 20 ans, sans pour autant plagier : ils notifient bien que l'invention ne sort pas de leur cervelet. Jeff Buckley a d'ailleurs tenu son heure de gloire avec sa reprise du titre "Halleluyah" de Leonard Cohen, laissant l'originale à côté de la plaque (quoi, Buckley n'a pas composé cette chanson ?). Même les plus vieux s'y mettent : Trent Reznor de Nine Inch Nails écrit "Hurt" en 1994, repris par Johnny Cash en 2002, et parfois, le doute est semé : quelle est la version d'origine ? Autre exemple : "Tainted Love" de Marilyn Manson est une reprise de Soft Cell... D'une reprise de Gloria Jones. Vous suivez ?

 


Malaise ou fait avéré ? Certaines ressemblances sont marquées

Chacun sait que Serge Gainsbourg était le roi en matière de détournement de chansons : "Lemon Incest" a été écrit à partir d'une sonate de Chopin (entre autres). Il était tellement doué qu'on ne s'en doutait même pas. Mais des groupes comme Coldplay ont été jetés la tête la première dans la boue. Rappel : "Viva la Vida" (extrait de l'album du même nom) explose dans les charts, Joe Satriani l'entend et hurle à la mort. Il n'a pas tort, la ressemblance est troublante. Les internautes et fans du guitariste chauve fulminent. La paternité du titre de Coldplay n'est pas avérée ni démentie (les deux parties ont fini par trouver un accord à l'amiable), Chris Martin aura même eu l'audace de glisser au magazine Rolling Stone "nous ne pouvons pas dire que nous sommes originaux, je nous considère comme des très bons plagiaires". On pense bien qu'ils étaient grands fans de Kraftwerk dans ce cas.

 Ils sont nombreux à être passés à la loupe : Madonna a sorti le chéquier pour "Frozen" (apparemment repompé sur un morceau de Salvatore Acquaviva), les Babyshambles calquent sur les Kinks, et Muse y va aussi de son petit riff repompé. L'affaire qui résonne le plus aura été celle des Red Hot Chili Peppers, qui est accusé de pasticher Tom Petty pour le titre "Dani California". Le titre "Mary Jane's Last Dance", tributaire d'un franc succès en 1993, était lui aussi produit par Rick Rubin, ce qui n'arrangeait pas l'affaire. Tom Petty, lui, déclara que "De toute façon, tout le rock'n'roll se ressemble. Si quelqu'un avait reproduit ma chanson note pour note de façon malicieuse, peut-être que j'aurais agi, mais je ne crois pas tellement aux poursuites. Je crois qu'il y a assez de poursuites frivoles dans ce pays sans que l'on ait besoin de se disputer sur des chansons pop".

 

Les samples réutilisés : quelle différence  ?

Gotye a été condamné pour avoir copié Luiz Bonfa sur quelques secondes dans "Somebody That I Used To Know". Il le reconnaît et conclut un marché avec la famille de l'artiste mais il est trop tard : le tampon "PLAGIAT" sera bien marqué sur son front pour quelques temps.

Pour son dernier titre "Unbreak my Mixtape", M.I.A réinsère Blur et  Karen Dalton entre deux paroles. On crie au scandale lorsqu'un artiste copie quelques secondes un titre, mais la réutilisation de samples, ça ne gêne personne. Pourquoi ? Parce que c'est devenu monnaie courante et que cela ne choque personne. Le duo Daft Punk était d'ailleurs le premier à le faire. Y'aurait-il une tolérance dans l'électro et le hip hop ? D'après certaines infos circulants sur les Internets, Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter n'auraient pas moins de 54 samples à leur actif, dont les crédits ne sont pas toujours visibles. Jay Z en serait lui à 1219 artistes samplés. Hallucinant, non ? Et pourtant, rien ne leur arrive : aux États-Unis, on appelle ça le Fair Use. En clair : tu as le droit de copier ce que j'ai créé, mais pas trop quand même. Des artistes comme Girl Talk se sont complètement enflammé en mettant bout à bout des samples sans jamais être inquiétés. Car il ne faut pas oublier qu'il y a une certaine dimension culturelle autour du mashup et du sampling, lié inévitablement à l’émergence de cette pratique à l'époque de la jeunesse du hip-hop, qui en a démocratisé l'usage il y a une trentaine d'années. En gros, le sampling est un genre à part entière, qui pousse à la créativité tous azimuts, et qui prouve bien que la notion d'emprunt à une création originale est soumise à des jugements très relatifs en fonction de l'univers dans lequel on l'exerce.

Pour quelques internautes, "la musique sans plagiat s'arrête à 1970". C'est à se demander s'ils n'ont pas raison. Au final, le plagiat devient inévitable : la multitude d'artistes présents dépasse l'entendement. À moins d'être Mozart, on ne révolutionne pas la musique d'un coup de baguette magique.