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La grande histoire des noms de groupes bidon (épisode 2)

La grande histoire des noms de groupes bidon (épisode 2)

Certaines tendances musicales, encore davantage ces derniers temps, ont fourni leur lot de noms de projets artistiques singuliers, moches et marrants. En voici quelques-uns.

Image de Une : Grand Taxonomy Of Rap Names, en version complète ici.

Certes, nous ne sommes pas musiciens, et on taxe souvent les rédacteurs musicaux d’artistes ratés. Mais force est de constater que dans la carrière d’un groupe, trouver un nom semble tout de même bien moins difficile que d’apprendre à jouer d’un instrument, par exemple. Pourtant, la folle histoire des musiques actuelles a prouvé à maintes reprises que l’originalité, dans ce domaine, n’était pas toujours à portée de tout le monde. Son absence peut même laisser s’installer un drôle de phénomène : celui des gimmicks de noms de groupes, qui normalisent des univers musicaux exactement de la même façon qu’un son de guitare ou de synthé peut représenter toute une tendance musicale, au grand dam de la créativité.

Green Room Session, souvenez-vous, a déjà passé en revue plusieurs “gimmicks” de noms de groupes plus ou moins ridicules, parfois drôles, parfois incompréhensibles. Vous avez été nombreux à commenter cet article et à proposer d’autres idées. Ajoutées aux nôtres, nous avons pu aisément composer un chapitre 2 de cette grande épopée des noms de groupe bidon !

 

Le ska ne sonnera pas trois fois

Bon, c’est facile de taper sur une ambulance, surtout lorsqu’elle zone dans un fossé depuis huit ans pour cause de panne d’essence. Mais il faut avouer que l’éternelle conversation “invente-toi un nom de groupe de ska” pourrait presque devenir un jeu de société chronométré : allez, en 10 secondes, vous devez trouvez trois noms jamais inventés avec le mot “ska” dedans ! C’est parti : Eskalope panée, Lucie in the Ska, Paskal Légitimus. Et ça fait des lustres que les groupes eux-mêmes jouent à ce petit jeu sans sourciller : Dance Ska La, Ska-P (le père de tous les autres, dira-t-on), la Ruda Salska, Skarface, Skalariak… Bref, on l’aura compris : pour se sentir prêt à embrasser la tendance, il ne fallait pas avoir honte de quoi que ce soit.

Le pire nom de groupe en la matière : Les Skalopes. On n’invente rien.

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Nommer son groupe en A, clé de la réussite ?

Voilà une mode qu’on aimerait bien voir revenir. Dans les années 1990, c’était simple : il suffisait de regarder la fin du nom d’un groupe de rock pour savoir s’il était appelé à devenir mythique. Et il suffit d’un coup d’oeil dans le rétro pour constater à quel point cette assertion est vraie : Nirvana, Sepultura, Metallica, Pantera, tous ont une place privilégiée dans le cœur des fans de grosses guitares. Par contre, si on prend un peu de recul, ça fait pas penser à Cuisinella, tous ces noms vaguement sataniques qui finissent par une voyelle mignonne ? En tout cas, les formations plus récentes ont du flipper de la comparaison (ou de l'héritage laissé par les groupes pré-cités) pour ne pas tenter le coup une seconde fois.

Le pire nom de groupe en la matière : Avantasia. Tout le kitsch de ce groupe de metal symphonique est concentré dans le nom.

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Le succès se nomme-t-il “ski” ?

Ici, dur de multiplier les exemples. Mais il faut se rappeler d’une époque pas si lointaine, à la toute fin des années 2000, lorsqu’on se mélangeait tous les pinceaux entre quelques producteurs de la sphère électro française. Brodinski ? C’est le type qui fait de l’électro à synthés avec un délire “Ferrari dans la nuit”, non ? Ah non, ça c’est Kavinsky, à ne pas confondre cependant avec Pilooski, qui donne plutôt dans les ambiances discoïdes assez glamour, contrairement au premier des trois, le plus cogneur du trio. Leur point commun ? Aimer la gastronomie polonaise, sûrement.

Le pire nom de groupe en la matière : Ils ne sont que trois, on ne vas pas leur jeter la pierre. Il manque un petit “Pawlowski” dans l’affaire pour que le délire “Europe de l’Est I Love You” ne devienne réellement galvaudé.

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Le black metal, plus noir tu meurs

Bon, on a déjà tous pouffé devant l’énumération du nom de certains groupes à tendance “guitares en V et blousons à clous” alors que ce n'était pas tout le temps mérité, mais il faut bien avouer que le black metal en tient une bonne couche depuis la fin des années 80. Gorgoroth, Marduk (et son doux chanteur nommé Mortuus), Darkthrone, Emperor, Burzum ou encore Behemoth ont rivalisé d’ingéniosité pour se la jouer autant “tripes, sang et rites occultes” que possible. Au point, pour tout néophyte qui se respecte, d’en devenir un peu ridicules (on ne parle pas des tenues, ça pourrait faire l’objet d’un article à part entière). En même temps, le black metal, c’est un peu ça : un folklore réjouissant.

Le pire nom de groupe en la matière : Anaal Nathrakh. Non, on ne traduit pas.

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Le dictionnaire de la hype

On ne sait pas comment ces noms ont atteint la sélection finale, mais on peut dire qu’ils font partie d’un cercle très fermé de mots sur-utilisés dans le petit monde de la musique indé, qu’elle soit pop, folk, chillwave ou post-cold’n’B. Si on traduit certains de ces mots, ça donne “cassette audio, plage, verre, diamant, sauvage, magique”. Si on adapte le processus dans l’autre sens, on pourrait traduire “collant imprimé moche” et “tatouage éphémère” et les rajouter à la liste, s’il vous plaît ?

Ci-dessous, les quelques mots en question :

Tapes

Glass

Beach

Wild

Magic

Diamonds

Younth (ou sa variante Young)

Crystal

House

Memory

et on en passe…

Le pire nom de groupe en la matière : Young Magic. Oh, tiens, un groupe d’electro-pop psychédélique vaguement chelou basé à Brooklyn et formé en 2010, voilà qui semble carrément original !

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Apprends la géographie française grâce au monde de l’indé

Vous l’aurez remarqué, les noms de villes, quartiers ou lieux-dits sont souvent utilisés comme étendard de la langue française, comme si prononcer “La Rochelle” donnait tout de suite une consistance sonore parfaite à la langue de Molière. C’est sûrement ce qu’on du se dire une poignée de groupes plus cool que cool, qui n’ont pas hésité à taper dans la carte de France pour se donner une réalité : Metz, déjà, a l’originalité de ne pas être français, et a donc regardé sur le continent d’à côté (le trio est Canadien). Sinon, c’est en Normandie que ça se passe : Granville, dont la pop vacancière met l’île de Jersey à l’honneur (bah oui, c’est en face de la ville de Granville) et St.Lô doivent être fans de camembert et de glace à la pomme. Allez, d’ici la fin de l’année, on parie sur l’arrivée d’un duo noise-rock qui s’appelle “Noirmoutier” ou d’un big band de jazz-rock psychédélique nommé “Châlon-sur-Saône”.

Le pire nom de groupe en la matière : il n’est pas difficile de remarquer que Saint-Michel, avec ses hordes de touristes, est le quartier le plus angoissant de Paris. Du coup, on ne saisit pas trop l’intérêt marketing-hype de nommer son groupe ainsi.

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PS : Encore une fois, cette liste est sûrement sujette à modifications, agrandissements... Et puisque l'histoire de la musique moderne semble être blindée de noms de groupes bidon, n'hésitez pas à proposer vos idées pour rendre un éventuel épisode 3 possible !

En attendant, l'épisode 1 est toujours disponible...