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Les modes musicales aussi folles qu’éphémères : l'eurocrunk (4/5)

Les modes musicales aussi folles qu’éphémères : l'eurocrunk (4/5)

La musique d’aujourd’hui n’est pas avare en nouvelles tendances. certaines perdurent, d’autres s’insèrent gracieusement dans le paysage, et il y a celles qui ont fait beaucoup de bruit… pendant peu de temps. Green Room Session ressort quelques dossiers bien croustillants !

D'un côté, "Euro", oui, comme dans eurodance. De l'autre, "Crunk", comme ce style de rap américain personnifié par les aboiements de Lil'Jon, grand amateur de bling-blings de 20 kg et de clips clignotants. Bon, qui pourrait bien vouloir écouter un truc estampillé de la sorte ? Nous, forcément, mais il faut dire qu'on a eu des tuyaux.

C'est Teki Latex qui parle le mieux de ce micro-style très rapidement galvaudé (au niveau du nom, on entend), puisqu'il y a consacré un mix entier pour le magazine Tsugi il y a quelques semaines, sans parler de diverses interviews dans lesquelles il a pu évoquer le sujet. L'eurocrunk, ou plutôt la musique qui allait être estampillée ainsi, a commencé à émerger quelque part au milieu des années 2000 sous l'impulsion de plusieurs producteurs hip-hop français, qui possédaient une véritable sensibilité à la techno, voire à l'électronica et l'IDM (Intelligent Dance Music), qui prédominaient à cette époque.

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Entre deux eaux, Feadz, Orgasmic ou Radioclit (voire Modeselektor ou Para One), qui commencent à se déconnecter de leur zone de confort dédiée au hip-hop, commencent donc à assumer l'utilisation des ficelles de la crunk et du rap d'Atlanta, qui se développait rapidement à cette époque, pour le mâtiner avec de la techno, des bips, des kicks techno, des pulsations à la limite de l'électroclash, bref, tout ce qui pouvait définir une track électro stimulante. Une scène était née ? Pas forcément, il s'agissait avant tout d'un gain de vitalité chez un réseau d'amis qui se stimulent entre eux et qui partagent les mêmes influences, et surtout la même façon de penser. Ce qui n'a pas empêché la moitié française de Radioclit, Étienne, d'exhorter le boss du label Big Dada, Will Ashon, à proposer une couverture médiatique de cette scène au magazine Hip Hop Connection, pour lequel il travaillait. Et puisqu'il fallait un nom...

L'article paru dans le célèbre magazine a signé la naissance et la mort de l'eurocrunk, qui symbolise davantage un marqueur temporel qu'un style à proprement parler, le nom lui-même étant à prendre au second degré. L'expression "hip-hop futuriste pour clubs" serait presque plus appropriée, mais la question ne s'est pas posée bien longtemps : cette petite mouvance, pourtant passionnante, s'est ensuite fait éclipser par tout le mouvement french touch 2.0, dont l'étincelle originelle remonte à la publication de Human After All de Daft Punk. La suite ? C'est le label Sound Pellegrino, dont certaines racines plongent encore dans l'esprit pionnier de cette période, qui l'écrit en ce moment même...