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Les 5 raisons pour lesquelles le synthétiseur est à bannir chez les groupes de pop

Les 5 raisons pour lesquelles le synthétiseur est à bannir chez les groupes de pop

Si tu te lances dans la musique, un conseil : n'embauche pas de claviériste. Nous vivons dans un ras-le-bol général, alors pour ton bien, tu devrais savoir pourquoi tu ne dois pas utiliser de synthétiseur. On t'en donne les pistes.

Illustration de une : Carlsson - "Waiting" (music video)

Des fois, il y a certaines choses auxquelles on veut dire stop. Le synthétiseur, grand gourou des musiques pop, disco et autres genres des années 80, connaît à nouveau son heure de gloire depuis quelques années. Juveniles, Griefjoy, Julian Casablancas, O Safari, La Femme, Memory Tapes (et ainsi de suite), tant de formations qui usent du clavier électronique comme un enfant de trois ans martyriserait sa peluche favorite.

Fort heureusement, la musique ne s'arrête pas aux notes suraiguës et aux accords pré-enregistrés du clavier. On ose encore espérer que d'ici quelques années, le synthétiseur aura de belles choses à vivre, pour son apport de chaleur à la composition d'un morceau. Mais honnêtement, notre niveau de tolérance a atteint la zone rouge, et on en vient à penser que les groupes pop devraient se concentrer sur autre chose que de se casser le dos sur une machine (voire deux ou trois selon les groupes).

Pourquoi diable cet instrument est-il devenu aussi banal et omniprésent ? À chaque époque sa mode musicale, et on joue dans la cour du revival depuis trop longtemps. Voici donc 5 raisons pour lesquelles le synthétiseur est à bannir chez les groupes de pop.

Eighties un jour, eighties toujours

Tandis que Georges Harrisson découvre le Moog sur l'album Abbey Road, Pete Townshend importe ses boucles mélodiques avec le synthé ARP dans Who's Next. Ce sont eux, les vrais précurseurs des années 60. Puis, Jean-Michel Jarre s'est mis à les collectionner, du Korg Karma au Elka Synthex. Et enfin, ça n'a pas loupé, ils s'y sont mis un par un, sans aucune différence dans leur son. Duran Duran n'est pas mort, vive Duran Duran ! Aujourd'hui plus que jamais, les reprises de Depeche Mode coulent à flot, et la nouvelle génération, qui oscille trop souvent entre synthpop et new wave, en arrive à ne plus s'en rendre compte. La mode est entrée dans les mœurs. Les duos fille/garçon à la MS MR se prennent pour les Eurythmics d'antan, les groupes masculins semblables à Juveniles (pour n'en citer qu'un) utilisent le synthé abusivement. Ça ne nous étonne même plus de voir des claviers. D'ailleurs, lorsqu'il n'y en a pas, curieusement, cela nous surprend. Certes, ça marche, mais pour combien de temps ? Les premiers copient les anciens, les suivants copient les premiers, le schéma est simple. Finalement, est-ce que le mot « originalité », ça vous parle ?

 

Vos armes sont aussi celles de David Guetta

Ces petits nouveaux de la synthpop vouent forcément une haine sans limites pour Bob Sinclar et ses amis clubbers adeptes des yachts d'Ibiza. Ce qui est vraiment un problème, David Guetta étant un fétichiste des sons électroniques des synthés, quitte même à les utiliser à outrance. Que faire alors, si ces machines à pondre des tubes bons à passer chez Leclerc reprennent vos armes ? Ne faudrait-il pas penser à changer de fusil d'épaule ?

 

Coupure de courant il y aura, chez toi tu te carapateras

C'est l'été, il est à peine minuit alors que le feu crépite déjà sur le campement. Il est entouré de ses copains, il est content d'être là. « Joue un air pour nous, vas-y, fais pas ton timide ! » lui lance la jolie brune. Patatra, il est claviériste. Pas de bol, la guitare, il n'y connaît rien. Plus loin, le guitariste, lui, se passe ses mains dans ses cheveux, sort sa gratte acoustique et se met à susurrer les paroles d'un morceau de ce bon vieux Jeff Buckley. La voilà sous le charme. Mince, c'est vraiment pas cool.

Eh oui, dur dur de faire danser les gens sans prises de courant ni électricité. L'orage gronde ? Pas de chance, le claviériste, tout fier qu'il est d'exhiber son nouveau modèle de Juno, doit remballer son bel instrument. Encore pire : un groupe de synthpop joue sur scène et le festival se voit paralysé d'une coupure de courant ? Le groupe se voit remercié sans broncher. Alors qu'un mec comme Bruce Springsteen, lui, pourrait continuer. Nous sommes d'accord, les amplis ne fonctionneraient plus, mais qui a absolument besoin de ça pour jouer ? Le clavier, toujours lui !

 

Le pianiste > le claviériste

C'est un fait d'une évidence implacable : le pianiste aura toujours plus de succès que le claviériste. Imaginez une seconde qu'Adrien Brody campe le rôle d'un mec qui joue du synthé durant la guerre. Carrément moins classe (et on ne parle pas du titre du film). Et l'excuse de l'époque n'est pas utilisable : l'orgue Hammond existait déjà. Même le Trautonium avait fait son apparition (il sera rendu célèbre par Hitchcock pour avoir fait frissonner toutes les salles de cinéma avec sa bande-son atrocement terrifiante dans Les Oiseaux). Jouer avec un piano à queue, vêtu d'un costard (un chapeau feutré ?) fera plus d'effet qu'un claviériste en slim trop court, se cassant le dos sur ses touches. Pensez-y.

 

Utiliser le synthé à outrance, c'est le mener à sa perte

Chaque fois qu'une ligne instrumentale a été utilisée à outrance, elle aura démystifié le style. On pense au pathos de la musique émo : Tokio Hotel aurait-t-il creusé sa tombe ? Il n'empêche qu'on ne les entend plus, ces fiers représentants du genre. Puis, on a eu la distorsion des guitares dans le hard rock : « Airbourne ? C'est toujours la même chose ! » a t-on eu l'occasion d'entendre en festival. Du côté de la chanson française, c'est la même rengaine : Bénabar a commencé à parler du quotidien des personnes lambda, celles qui mangent des pizzas devant la télé le soir ou qui achètent un monospace, passés l'âge de la raison. Tout comme Renan Luce, Thomas Dutronc ou encore Cali, qui ont fini par vider la tendance "chansonnettes pour bobos" de sa substance.

Enfin, on peut aussi parler de la Britpop, ce genre rattaché à l'Angleterre qui souhaitait se démarquer de la musique tout droit venue des USA. Et du côté des Anglais, on aime les harmonies joyeuses et les paroles qui vont avec. Aujourd'hui, on ne les entend plus sauf lors de concerts de come-back : la nouvelle génération n'aura assurément pas suivi le mouvement. De fait, n'importe quel gimmick musical ne peut pas tenir le choc bien longtemps lorsqu'il y a invasion.

Ainsi, Kraftwerk a été le précurseur, le Christophe Colomb du synthétiseur. On a envie de dire « ça suffit le synthétiseur, trop c'est trop ! », alors peut-être qu'ils comprendront, ces groupes de pop... Ou pas. Un conseil : utilisez votre tête, embauchez un clarinettiste.