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Moby: Vingt ans de tubes, mais pas si "destroyed"...

Moby: Vingt ans de tubes, mais pas si "destroyed"...

La vidéo de la récente électrocution de Moby en plein concert avec sa guitare nous aura tous fait rire. Car oui, on l'avoue, c'est désormais facile de se moquer du frêle New-Yorkais, vingt ans pile poil après ses débuts. ll faut dire qu'une petite décharge pour le has-been dont les tubes mous continuent de tourner en boucle sur la FM, ça ne pouvait pas lui faire de mal. Et pourtant, ce n'est pas ça qui va le détruire. Car en dépit des décharges, Moby continue de se relever, toujours debout pour faire le show avec sa boule à facettes. Même chose après son album "Wait For Me" en 2009 qui donnait surtout envie de le laisser à la traîne, et lui de se relever encore une fois grâce à "Destroyed" sorti cette année. Pour cet album qui est son dixième, il n'a pas décidé de nous faire danser comme à ses débuts de DJ techno, ni comme il l'a fait plus tard avec son hitclub Go. Il n'a pas non plus cherché à écrire des hits fédérateurs comme ceux qui ont fait les succès de l'album "Play". Non, Moby a préféré surprendre. Et ce n'est plus une surprise tant ses album peuvent être différents. Touche à tout, il est un producteur qui se renouvelle régulièrement, même s'il donne aussi dans le recyclage. L'album "Destroyed" est en partie un rappel de sa période ambiante, qu'on vivait dès l'album justement nommé "Ambient", sorti à une époque où il pouvait encore poser avec des cheveux sur la pochette, en 1993.

Mélancolique et expérimental, "Destroyed" prend source dans des enregistrements qu'il a capté en tournée, la nuit, quand il refusait de mettre son cerveau sur la touche pause, avec l'impression d'être seul au monde dans une ville endormie. Moby a d'ailleurs photographié d'ailleurs des déserts urbains pour accompagner son album. Un disque insomniaque, ni euphorisant ni anesthésiant, tout en textures capables de toucher n'importe qui, plus facilement qu'Aphex Twin du moins. Avec des cordes et des orgues très mélancoliques, des voix rares mais toujours bien choisies ou bien carrément vocodées, il transforme l'essai en succès. Et si ce nouveau disque assez expérimental n'obtiendra peut-être pas autant d'exposition - parce qu'on n'y trouve aucun hit du type de We Are All Made Of Stars - Moby continuera de remplir cet été les grandes scènes de festivals européeens. Et que dire de ses lives, composés comme de vraies performances ? Sans bouder les tubes qui ont fait son succès populaire, comme on a pu l'observer à Solidays, mais surtout parce qu'il leur impulse un nouveau souffle. Avec les voix gospel, des beats intenses et de beaux moments de house extatique, Moby n'est pas qu'une usine à tubes mais une machine à faire danser. C'est aussi l'occasion de revenir en arrière sur des titres comme Everything Is Wrong, Everytime You Touch Me, Feeling So Reel, où l'on croise trip-hop, house et dub-step d'hier. Alors forcément, après vingt ans de carrière, on préfère penser qu'avec "Destroyed",  Moby reste à 45 ans encore en "work in progress". Toujours en construction.

Charline Lecarpentier