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The Horrors : L’interview « Air et Cosmos »

The Horrors : L’interview « Air et Cosmos »

En 2009, leur deuxième album avait donné un sacré coup de vieux à Robert Smith et ses Cure, plus vraiment en jouvence. Rockeurs venus des ténèbres un synthé à la main, bande de gamins perdus dans une boutique de mode ou simples clichés d’une jeunesse à la recherche d’un futur monochrome, The Horrors sortaient le grand jeu avec un disque à triple fond.

Deux ans plus tard, retour au présent. Leur nouveau disque, « Skying », prend logiquement de la hauteur, plus pop, plus accessible, toujours aussi torturé mais délesté de sa noirceur. Comme si le groupe de Faris Badwan avait vu la lumière au bout du tunnel, du moins décidé d’allumer l’ampoule dans la cave... Rencontre avec les garçons coiffeurs, plus que jamais leaders du rock d’outre-Manche.

Pour commencer, j’aimerais vous parler du producteur de votre précédent album, Geoff Barrow (musicien de Portishead, NDR) qui me confiait qu’à l’époque de "Primary Colours" vous aviez débarqué en studio avec toutes les chansons quasi finies, et que du coup lui n’avait assuré que l’enrobage. Avez-vous fonctionné de la même façon pour « Skying » ?

Tom Cowan (Synthé, basse): Le procédé a été similaire, si ce n’est qu’entre temps on a construit notre propre studio, pour avoir la possibilité d’explorer de nouveaux territoires, de nouveaux sons. Les groupes 80’s qu’on aime, comme A certain Ratio, avaient tous leurs propres studios, ce qui leur permettait d’avoir plus de temps pour composer, je crois qu’on a voulu s’inspirer de leurs méthodes de travail.

Faris  Badwan (Chant): Quand tu as ton propre studio, tu es capable de capturer le moindre des instants magiques, ces moments de grâce qui font de ton disque un truc particulier. C’est rarement le cas quand tu dois payer des séances hors de prix dans de grands studios en location.

Et si vous deviez comparer vos trois albums, pourriez-vous dire qu’ils explorent trois périodes différentes, littéralement three decades, pour paraphraser la chanson du même nom ? Peut-on dire, du coup, que « Skying » est un prolongement de « Primary Colours » ?

Tom Cowan : Ce que tu dis sur le temps est parfaitement exact. Pour nous, tout n’est qu’une suite de disques qui s’inscrivent dans le temps, dans la continuation. Pour autant, je ne suis pas certain qu’on remonte le temps, chronologiquement, en tentant désormais de lorgner vers l’avenir. On n’a pas commencé par s’asseoir tous les quatre dans un cave à écouter du garage 60’s, pour ensuite décider de sonner comme un groupe 70’s avant de découvrir les synthés des 80’s… ce serait stupide, comme façon de faire.

Okay, mais il y a un énorme fossé entre votre premier disque un peu poseur décoiffé et le deuxième clairement plus dark, plus goth.

Faris Badwan : Pas pour nous. Si tu avais été en studio avec nous, tu aurais compris qu’il y a une logique entre chacun de nos enregistrements.

Si vous deviez imaginer un nouvel instrument, quelque chose qui n’existe pas encore, ce serait quoi ?

Tom Cowan : Technologiquement, la musique a fait un tel bond sur les cinquante dernières années que je trouve ça un peu dommage qu’aujourd’hui il n’y ait plus de réelle invention. Notre guitariste a déjà trouvé une nouvelle façon de combiner synthétiseur et guitare, enfin bon ça lui permettait surtout de contrôler son synthé avec sa gratte, personne n’a jamais fait ça avant. Et puis sinon, contrôler les ordinateurs par le mental, jouer de la musique par télépathie, ce serait assez cool, je pense, et plutôt pratique pour les tétraplégiques. Je crois que c’est un peu l’obsession de Kevin Shields (leader de My Bloody Valentine, NDR), ne plus avoir à faire confiance à d’autres musiciens, pouvoir faire exactement la musique qu’il imagine dans sa tête. Plutôt cool.

Okay, revenons à nos moutons. De Sea within the sea à Oceans burning, la mer revient souvent dans vos paroles. C’est une dédicace à Mère Nature, une angoisse de fin de monde ?

Faris Badwan : Yeah. C’est bizarre d’avoir à expliquer ses propres paroles, on préfère laisser l’auditeur interpréter comme il l’entend.

En fait, on pourrait se demander si vous êtes heureux de vivre dans le monde actuel, ou plutôt flippés par le déclin du monde occidental.

Tom Cowan: C’est n’importe quoi ces histoires de déclin du monde moderne, ça fait 500 ans que les carottes sont cuites ! Les gens étaient déjà flippés dans les années 40, et la crise économique de 2008 n’a pas radicalement modifié l’angoisse de l’homme sur la fin programmée de son existence. A chaque fois que le soleil se couche, c’est une potentielle fin du monde…

A l’écoute de Moving further away, on note une ressemblance frappante avec votre Sea within the sea du dernier album, une longue plage de huit minutes un peu hors format, qui ressemble davantage à un long jam qu’à une chanson. Ca vous excite, de sortir des sentiers battus ?

Tom Cowan : Oui, totalement. C’est totalement jouissif, effectivement ça ressemble pas mal à Sea Within the sea.

Pour conclure, c’est quoi le next step pour vous ? Parce que maintenant que vous êtes étiquetés « meilleur groupe de rock du moment »…

Faris Badwan : The Horrors, le meilleur groupe du moment ? AH AH AH AH ! On connait pas beaucoup de groupes qui aiment entendre ça à la sortie d’un album. Il faut du temps à un groupe pour acquérir sa notoriété, parfois plusieurs années, parfois plusieurs décennies, et souvent ça n’arrive qu’après la séparation.

Tom Cowan : Disons qu’on n’a pas de plan de carrière, chaque disque s’enchaine de façon assez naturelle, celui là nous a pris cinq mois d’enregistrement, en produisant tout nous-mêmes.

 

The Horrors // Skying // XL (Beggars)

http://www.myspace.com/thehorrors