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Album de la semaine : Jay-Z - Magna Carta... Holy Grail

Album de la semaine : Jay-Z - Magna Carta... Holy Grail

Le douzième album de Shawn Carter confirme sans problème son statut d'icône du rap, bien au delà de la sphère de ses fans. Sans pour autant prendre trop de risques.

Elle aura fait causer, cette référence à Nirvana. L'entame de ce nouvel album de Jay-Z est grandiose, et symptomatique de l'état de la musique en 2013 : un peu perdue au milieu de repères qui se mélangent, et incroyablement ouverte aux mélanges, et à la pop en particulier. Mais beaucoup on vu dans ce "And we all just entertainers /And we're stupid, and contagious" un aveu du maître. Qui donne explicitement son avis sur sa situation artistique, et qui s'inspire d'un groupe qui a eu du succès il y a 20 ans. En même temps, ce type a bien entamé sa quarantaine, et a empilé les albums à succès, sans oublier de se réinventer à plusieurs reprises. Maintenant que toute la planète l'écoute, il n'a plus de comptes à rendre. Et c'est peut-être ce qui manque à Magna Carta... Holy Grail.

Ce douzième (!) album de Jay-Z ne saurait décevoir quiconque, surtout si l'on voue un tant soit peu d'admiration au rappeur. Il n'y a pas de souci là-dessus : ce type reste un tueur. Le titre "Oceans", interprété en compagnie de Frank Ocean, est un monolithe de marbre, impossible à faire tomber. Les instrumentaux gardent juste ce qu'il faut d'innovation pour rester excitants ("Crown", "La Familia"), Jay semble toujours aussi affûté, surtout lorsqu'il se place sur des beats soul qui lui donnent envie de rapper avec un fedora hat sur la tête ("Somewhere In America"). Seulement, voilà : Yeezus de Kanye West est passé par là. Loin de nous l'idée de comparer les deux œuvres (même si ça nous tente bien, rappelons par ailleurs que Jay-Z et West ont collaboré sur l'album Watch The Throne), on vous rappelle d'ailleurs que nous n'avions pas totalement adoré la dernière livrée du rappeur mégalo. Mais ce disque avait le mérite de vouloir changer la donne, de toutes ses forces. Magna Carta... Holy Grail, lui, s'est fixé une autre mission : celle se surélever une statue déjà assez grande comme ça, quitte à privilégier la solidité à la mise en danger. Ce disque est très bon, et il est presque impossible de l'attaquer de front sans s'y casser les dents. Mais bon, on aurait peut-être aimé que Jay-Z se repose un poil moins sur son patrimoine musical. Ceci dit, non seulement il a le droit, mais il a toute légitimité pour le faire. Un grand album malgré tout, chapeau.