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Eurockéennes, day 2 : Saturday knights fever

Eurockéennes, day 2 : Saturday knights fever

Tailleur rouge à lèvres et anglaises tombantes, la petite princesse Ana Calvi joue la carte de l’émotion forte pour un public de vieux briscards qui fait la moue. Il faudra du single à répétition et invoquer Elvis (reprise vorace de Surrender) pour se faire entendre durablement. Ceux qui regardaient ailleurs avaient des looks très cuir, très clou. Le ton de la journée est donné. Un clone de Lemmy rôde derrières les palissades filant de fausses espérances à tous les chevelus un peu fan. Sous sa fausse verrue, le pro du travestissement Nico Ullman retient ses fous rires en craignant un peu de tomber sur le vrai Motorhead… Justement, à la loggia King Automatic on pave la route à coups de rockabilly pour ceux qui trépignent: orgue boogie et guitare twang ravissent ceux qui ont laisser leur Harley brouter au parking. Côté jardin, rencontre avec le chevalier de la soul Raphael Saadiq, parfaitement zen devant la risée de l’étang. Il évoque le souhait de piquer une tête mais se refuse finalement à se séparer son chapeau de sergent instructeur de marines. Le reste de la conversation, bientôt sur Green Room Session, en interview…

 

A en perdre des plumes sur le goudron

 

Si Gaetan Roussel est acclamé dès son entrée, c’est son backing band à  têtes qui en a tout le mérite : on brise les baguettes et la basse crève le VUmètre avant même la fin du premier morceau. Une dernière reprise de Talking Heads et Belfort oublie que le temps se couvre. Plus ambitieux, Saadiq envahit la scène Green Room pour la transformer en Woodstock 69. Il ne compte pas ses enjambées ni les abjurations divines qui finissent par lui faire tomber la chemise parce que bon, la chair est faible. Ou pressentiment : comme dans les comédies musicales, le soleil dissipe les nuages. Gimme a hallelujah. Backstage : le hobo Medi se prépare à le rejoindre tout en s’étonnant du nombre croissant de coiffes indiennes. Une guitare couine au loin et toute la grande scène s’embrase : c’est Motorhead. Basse sculptée comme un vaisselier renaissance, Lemmy éructe des salutations et une présentation aussi complète qu’un wikipédia « we’re gonna play some rock’n’roll ». De derrière les grilles, King Automatic et quelques ex-Mano Negra mangent leurs clopes sans comprendre.

De toute façon, ce sont les vénérables House of Pain qui auront le dernier mot : « Everything I hear is hip hop to me » avant de balancer une reprise de Johnny Cash. Deux minutes avant c’était un titre de Cypress Hill, et au diable l’autocensure, des morceaux d’Everlast en solo. Paradis du rap east coast nourri au maïs sudiste, l’esplanade soulève des colonnes de poussière. Boys Noize achève la presqu’île mais déjà backstage plus personne n’ose rien dire. Plumés !

H.P.

http://www.eurockeennes.fr/

Crédit photo: Simon Daval