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Britpop : Les anglais débarquent, again !

Britpop : Les anglais débarquent, again !

Que l’Angleterre soit le berceau de la pop, c’est aussi évident que la source du rock’n’roll est américaine. Alors c’est quoi exactement cette étiquette british-pop qu’on appose encore régulièrement sur le dos de groupes de blanc-becs à guitares ? La Britpop c’était le mouvement musical des années 90 qui allait de paire avec le retour d’une sorte de fierté d’être né sous la bannière de Sa Majesté. Mot d’ordre : cool britannia.

 

Au moment où le rock indé émerge des States avec ses chemises à carreaux et sa disto criarde, une génération d’englishs à peine sortie de la fac décide de dépoussiérer une culture musicale garantie 100% rostbeef. Pour les futurs Oasis, Blur ou Suede c’est le retour des héros 60's comme les Beatles, les Who et les Kinks dont on reprend les compositions de pop à guitare, sobres couplet-refrain-pont le tout tenant dans une assiette anglaise, puisque les arrangements (cordes, harmonies) offrent un assaisonnement de choix. Des mélodies évidentes et des paroles traduisant une vie entre et la queue devant le double-decker bus et l’happy hour au pub.

Souvent ces groupes sont issus du shoegaze ou d’ex-fans de Cure. Mais chaque groupe naissant s’inspirera aussi de survivants des 70s, que ce soit la soul à paillettes de Roxy Music pour Pulp, le rock’n’roll féroce de T-Rex pour Supergrass, le Bowie chromé chez Suede, voire le chant provocateur des Sex Pistols pour Oasis. Car le punk a laissé plus que des traces chez ces brits (écoutez Popscene de Blur, Ladykillers de Lush) ; la reconnaissance à l’époque de l’ex-leader des Jam, Paul Weller en est une preuve supplémentaire.

Autre influence, le Manchester des années 80, notamment la pop ciselée des Smiths, celle psychédélique des Charlatans, et le tourbillon que furent les Stone Roses. Sans surprises, leur succès se prolongea avec celui de la britpop. Total, en 1995, le monde est conquis.

You and I, we gonna live forever. Fin des années 90, la mode sauce à la menthe écoeure. Les groupes splitent ou fuient cette étiquette (Song2 de Blur, Paranoid Android de Radiohead) et au tournant de la décennie on oubliera le phénomène. Pourtant certains le font encore bien vivre aujourd’hui : The Verve s’est reformé en 2008 avec succès, et “Wake Up the Nation” de Paul Weller est un joyau. Gavés à l’Union Jack durant leur adolescence, quelques nouveaux venus prolongent le trait abilement, jusque dans les festivals de cet été. Particulièrement les Kaiser Chiefs depuis leurs hits Ruby,Everyday I love you less and less. Même matière première mais plus orienté dancehall, les Kasabian envahissent des stades qui auraient pu contenir les Stone Roses.

Avec une plume digne de Morrissey, les Arctic Monkeys sont devenus une référence pour des millions de Fluorescent Adolescent. Idem pour leur compère Miles Kane qui vient de sortir son album solo en marge des Last Shadow Puppets et des Rascals. Et pour les puristes durs, si Oasis est mort, reste que le Beady Eye de Liam Gallagher fait assez d’étincelles pour mériter qu’on s’approche un peu de la scène. Tous les fans le savent bien : There'll Always Be an England !

H.P.