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Le meilleur et le pire des albums de reprises

Le meilleur et le pire des albums de reprises

Créativité à bout de souffle ou envie de rendre hommage et de s’amuser ? L’album de reprises est en tout cas un exercice périlleux qui a connu son lot de réussites et d’échecs cuisants.

Photo : Richard Cheese et son groupe Lounge Against The Machine.

Et si l’on avait fait le tour du spectre musical ? Une hypothèse qui semble alarmiste et un rien saugrenue, et pourtant : si la tradition de la reprise est vieille comme le monde, les albums de reprises, eux, semblent être devenus le palliatif évident au manque d’inspiration. Le monde mainstream ne se gêne toujours pas pour piller la sphère indé (on se souvient notamment de l’insolent succès de Birdy grâce à une reprise de Bon Iver). Le monde indé s’amuse de son côté à détourner le mainstream (les reprises de Britney Spears sont légion, on préfèrera retenir le goût de Rostam de Vampire Weekend pour des mashups étranges qui invitent Katy Perry ou Carly Rae Jepsen). Bref, tout le monde reprend tout le monde, jusqu’à sortir des albums entiers de chansons qui appartiennent à d’autres. Petit catalogue de ce qui s’est fait de pire et de meilleur en la matière.

 

Cat Power – The Covers Record

Après le succès de son album Moon Pix en 1998, c’est l’heure de la panique pour la fragile Chan Marshall. Trop tendue à l’idée de devoir écrire de nouveaux morceaux, elle décide de faire baisser la pression en entamant une petite tournée de concerts minimalistes au cours desquels elle ne fait que des reprises, détournant même l’attention en diffusant derrière elle sur scène le film La Passion de Jeanne d’Arc. Au grand désespoir de son label Matador, elle sort alors un album entier de reprises, The Covers Record, qui s’avèrera pourtant être une grande réussite artistique, le charme de son accent sudiste faisant une nouvelle fois des miracles sur une instrumentation minimaliste. On retiendra notamment les reprises de “Satisfaction” des Rolling Stones ou de “I Found A Reason” du Velvet Undergound. Huit ans plus tard, elle retentera l’expérience avec l’album Jukebox, pour moins de réussite.

 

Yannick Noah – Hommage

Difficile d’imaginer plus grand crime de lèse-majesté que celui-ci. Yannick Noah, notre grand vainqueur de Roland Garros il y a 30 ans et caresseur d’oreilles avec sa world-pop aussi passionnante que la demi-finale de Tsonga au même Roland Garros il y a dix jours, décide de reprendre l’œuvre de l’un des plus grands artistes du siècle passé, Bob Marley. Yannick, qui pense certainement qu’avoir les cheveux sales et se targuer d’être pieds nus sur scène le rapproche du grand rasta jamaïcain, s’est donc fendu de onze reprises up-tempo éhontées qu’on aimerait faire disparaître de l’histoire de la musique. Un peu comme lui aimerait faire disparaître ses cinq années d’exil fiscal en Suisse que le fisc français essaye de lui faire payer depuis 1993.

 

The Dirtbombs – Party Store

The Dirtbombs est un groupe de garage-rock très classique fondé à Détroit il y a maintenant plus de 20 ans. Très classique, dans le son, sauf que ce quatuor à géométrie variable a toujours pris un malin plaisir à détourner les morceaux des autres pour en faire de nouveaux standards rock. Ça avait commencé en 2001 avec une collection habile de reprises de standards soul et funk sous le nom Ultraglide in Black. Les Dirtbombs auront surtout surpris leur monde en 2011 avec l’album Party Store, somme de reprises de vieux titres techno. Une suite logique puisque cette techno est née dans la même ville que le groupe, Détroit. Un résultat épatant qui invoque les standards de Juan Atkins, Carl Craig, Derrick May ou Kevin Saunderson.

 

Dread Zeppelin – Un-Led-Ed

Difficile de savoir si l’on place Dread Zeppelin du côté du pire ou du meilleur, toujours est-il que le groupe vaut le coup d’œil. Tenez, Dread Zeppelin vaut le coup rien que pour le postulat de départ : des reprises reggae-rock de chansons de Led Zeppelin chantées par un obèse déguisé en Elvis et des musiciens aux noms loufoques (Tortelvis, Butt-Boy, Bob et Ziggy Knarley…). Robert Plant lui-même (fondateur et chanteur de Led Zeppelin) chantait leurs louanges. Le groupe existe toujours mais s’est un peu lassé de Led Zeppelin et reprend tout aussi bien Bob Marley, The Yardbirds ou Elvis Presley aujourd’hui. Belle idée.

 

Francis Cabrel – Vise Le Ciel

C’est le deuxième abracadabrantesque crime de lèse-majesté de la liste, Francis Cabrel, notre chanteur à moustache préféré pour lequel on a le plus grand respect (si si), a eu l’idée étrange de sortir un album entier de reprises de Bob Dylan. Si l’idée, déjà risquée, est finalement logique quand on connaît sa passion pour l’Américain, elle devient totalement aberrante quand notre poète à bouclettes décide de traduire tous les textes de Dylan ! “It’s All Over Now, Baby Blue” devient “Tout se finit là, bébé bleu” et “Gotta Serve Somebody” devient “Il faudra que tu serves quelqu’un”. Francis, on t’aime bien, mais là t’as fondu un boulon.

 

Richard Cheese – Lounge Against The Machine

L’Américain Richard Cheese ne s’est pas contenté d’un album de reprises, c’est le roi absolu du genre. Le musicien et crooner de Los Angeles s’évertue depuis 2000 à reprendre des tubes (standards, succès pop du moment etc.) à la sauce jazzy/swing avec son groupe Lounge Against The Machine. Un concept musicalo-comique qui a fait des merveilles, on se souvient notamment de ses commentaires people en reprenant Britney Spears ou de sa reprise de “Rape Me” de Nirvana (“viole moi” en français) qu’il dédicace à toutes les femmes avec classe. Il y a évidemment du bon et du moins bon, l’exercice tournant un peu en rond, mais on ne peut que vous conseiller d’organiser un petit blind test avec vos amis avec uniquement des reprises de Richard Cheese.

 

David Bowie – Pin-Ups

Et oui même le grand David Bowie s’est amusé avec l’exercice de l’album de reprises. C’était en 1971 en toute fin de cycle Ziggy Stardust, son dernier album enregistré avec les Spiders From Mars. Pin-Ups était une petite coquetterie de Bowie qui voulait rendre hommage à ses chansons préférées de la période 64-67. On retrouve en vrac Pink Floyd, The Yardbirds, The Who, The Kinks… À noter que sur la réédition de 1990 est également inclus une splendide reprise du “Port d’Amsterdam” de Jacques Brel comme elle a été traduite par Mort Shuman. Une nouvelle réussite dans la période la plus flamboyante de Bowie qui donnerait bien envie de le voir reprendre absolument toutes les chansons du monde.