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La grande histoire des noms de groupes bidon

La grande histoire des noms de groupes bidon

Certaines tendances musicales, encore davantage ces derniers temps, ont fourni leur lot de noms de projets artistiques singuliers, moches et marrants. En voici quelques-uns, soigneusement sélectionnés par Green Room Session.

Illustration de une © Doogie Horner

Certes, nous ne sommes pas musiciens, et on taxe souvent les rédacteurs musicaux d’artistes ratés. Mais force est de constater que dans la carrière d’un groupe, trouver un nom semble tout de même bien moins difficile que d’apprendre à jouer d’un instrument, par exemple. Pourtant, les nombreux remous des musiques actuelles ont prouvé à maintes reprises que l’originalité, dans ce domaine, n’était pas toujours à portée de tout le monde. Son absence peut même laisser s’installer un drôle de phénomène : celui des gimmicks de noms de groupes, qui normalisent des univers musicaux exactement de la même façon qu’un son de guitare ou de synthé peut représenter toute une tendance musicale, au grand dam de la créativité. Et ces derniers temps, on a vu quelques chouettes exemples ! Du heavy metal (photo ci-dessus) au courant emo, en passant par la techno et la sphère indé en général, Green Room Session a tenté de “spotter” les flagrants délits en la matière, quitte à revenir un peu en arrière dans la grande Histoire de la Musique Indépendante.

 

Les noms d’espèces animales trop mignonnes

Ce qui est assez fou, c’est qu’on peut presque établir un schéma avec tous les groupes qui utilisent des noms de mammifères “qui vont trop bien sur des sacs en toile”. Panda Bear, Grizzly Bear, Gold Panda, Poni Hoax, Pony Pony Run Run, Bonobo, The Wombats, Deerhunter, Glass Animals, Band Of Horses, Apes & Horses ou encore Modest Mouse, avec ça, on a de quoi faire un joli graphe qui tient compte du degré de coolitude de chaque espèce, en classant les sous-groupes, etc. Babylon Zoo avait tout compris, en fait.

Le pire nom de groupe en la matière : New Young Pony Club. Le genre de patronyme qui donne envie de renvoyer ce groupe au pays des licornes.

 

La fameuse double occurrence

Vous n’êtes pas bègue, vous ne souffrez d’aucun strabisme exacerbé, et vous n’avez pas connaissance que l’un des membres de ce groupe que vous écoutez tout le temps souffre de l’un de ce syndromes fort handicapants. Mais malgré tout, vous ne pouvez pas vous empêcher de répondre malicieusement aux questions que l’on vous pose sur le deuxième album de ce groupe : “Everything Everything ? Ouais, c’est assez tubesque-tubesque”. À croire que la blague doit être drôle puisqu’elle est récurrente : Django Django, Hyphen Hyphen, Pony Pony Run Run (double combo, avec un bonus de 10 points pour présence dans la catégorie précédente), le monde de la musique va finir par faire peur à nos parents, qui vont vouloir nous faire retourner chez l’orthophoniste.

Le pire nom de groupe en la matière : Duran Duran, qui a du lancer la mode, d’ailleurs. En fait, pourquoi pas, sauf qu’en France, on a un peu envie de leur dire “pourquoi pas Dupond Dupont” ? Ah, zut, ça existe.

 

Les noms sans voyelles

C’est facile, regardez. Prenez un mot usuel de la vie de tous les jours, “Falafel”, par exemple. Il suffit simplement d’oblitérer toutes les voyelles de ce mot, et vous pouvez vous lancer dans le monde de l’électro underground avant-gardiste avec toute la crédibilité nécessaire. Un DJ-set de FLFL, tout de suite, ça en jette, non ? Nombreux sont ceux qui, ces derniers temps, ont passé le pas : SBTRKT (à prononcer “Subtrakt”), STRFKR (“Starfucker”), TNGHT (“Tonight”)... Le mouvement trap a même érigé cette façon de générer des blazes comme un incontournable du style.

Le pire nom de groupe en la matière : SLDGHMR, à prononcer “Sledgehammer”, pouvant être traduit par “marteau-pilon” en Français. Ravissant. Et un brin dommage, d’ailleurs, car leur morceau “Back To The Start” avec Louisahhh!!! (on reparlera d’elle par la suite) est assez génial.

 

La grande période de l’emo

On a tous rattaché ce courant musical à l’émergence, puis à la combustion, du groupe allemand Tokio Hotel. Si Bill et ses potes pouvaient arborer certains attributs de ce courant du rock alternatif du début des années 2000, leur musique n’a jamais vraiment suivi les codes du genre. Ni les gimmicks indispensables à respecter pour faire partie de la grande famille du “hardcore émotionnel”, qui prend ses racines stylistiques dans les années 80 et 90. Au programme du cahier des charges, de la longueur textuelle (primordial), un subtil mélange de noms communs censés évoquer la turpitude de l’âme (les meufs, les cendres, le passé, les fleurs, les pierres tombales), de noms de jours de la semaine, un ou deux “blood” pour la forme, et c’est réglé. de From Autumn To Ashes à Thursday, en passant par Taking Back Sunday, Bullet For My Valentine, A Girl A Gun A Ghost, From A Second Story Window ou Funeral For a Friend, on a vite compris le système, qui a d’ailleurs été synthétisé plusieurs fois. Allez, toi aussi, trouve ton nom de groupe d’emo, ça devrait bien revenir à la mode d’ici sept ou huit ans !

Le pire nom de groupe en la matière : The Red Jumpsuit Apparatus. Non, ce n’est pas un nom de secte médiéviste pleine de fans du Trône de Fer.

 

Les points d’exclamation, wouhou !

Nous sommes au XXI siècle, vous l’avez remarqué. Et de nos jours, pour se faire entendre, il faut faire du bruit, s’exclamer, sauter de joie pour dépasser le brouhaha des sonneries de bi-bop et le grésillement général des baladeurs audio. Les premiers à avoir dégaîné l’épée exclamative sont encore en activité aujourd’hui : il s’agit de !!!, excellent combo de dance-funk-pop-truc originaire de Californie, et qui nous fait danser depuis plus de dix ans. Depuis, il s’agit d’en faire le plus possible. Entre Citizens!, Louisahhh!!!, ¡Forward, Russia! et les centaines d’autres, difficile de ne pas s’exclamer à son tour : changez de disque !!!

Le pire nom de groupe en la matière : You Say Party! We Say Die!. Non, on ne dit pas "party", non.

 

L’épopée des collectifs techno

Si vous avez été ado dans les années 1990, vous faites partie de ceux qui savent. Ce n’est pas un mythe, on a bien dansé dans des champs sur de la techno, c’était gratuit, fraternel, et il n’y avait pas de videur à l’entrée. C’était le bon temps, quoi. Maintenant, avec le recul, personne ne sait vraiment évaluer l’utilité de se remettre une compilation “alternativ hardtek” dans les oreilles pendant les heures de bureau. Et c’est très bien comme ça, l’âge d’or des collectifs de DJ’s et producteurs qui sillonnaient la France pour envoyer du kick étant globalement révolue, autant garder ça dans le domaine du souvenir. Et on ne peut que se rappeler, avec une douce moquerie pleine d’affection, des jolis noms qui se retrouvaient en haut des flyers à cette époque : Toltek, Narkotek, Heretik System, 69DB... Certains, encore en activité, ont trouvé dans le nouvel essor de la musique électronique une aubaine pour se produire encore et encore. Et les petits groupes, qui n’existent plus à l’heure actuelle, plafonnaient également niveau créativité. Rappelez-vous de vos conversations entre potes en Terminale STT : “J’ai sur-kiffé le set de ZWQ au multi-sons samedi, pas toi ? Mouais, YFP était quand même vachement plus subtil”.

Le pire nom de groupe en la matière : Tetrips. SERIOUSLY.

Épilogue : bien entendu, cette liste n'est pas exhaustive, et il manque bien des exemples dans chaque catégorie, que nous n'avons pas mentionné pour ne pas tomber dans un délire de thésaurisation pure. Mais si vous avez des idées, des exemples, n'hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires ci-dessous, ou sur notre compte Facebook ! Qui sait, un second volume de cette passionnante histoire est peut-être en préparation...