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Album de la semaine : Mount Kimbie – Cold Spring Fault Less Youth

Album de la semaine : Mount Kimbie – Cold Spring Fault Less Youth

Ceux qu'on avait trop vite catalogués comme les pionniers du post-dubstep ont finalement livrée un deuxième opus aussi personnel qu'inclassable. Une sacrée réussite.

Après l'effacement médiatique du producteur anglais Burial, qui avait trouvé son public avec Untrue (2007) avant d'oublier de sortir quoi que ce soit pendant des lustres, il fallait bien qu'une entité musicale reprenne le flambeau, convoité à l'époque, de hérault de la sphère la plus évoluée, pour ne pas dire intellectuelle, du dubstep. Mount Kimbie, en quelques maxis, s'est vite imposé comme challenger au titre, avant de le rafler pour de bon avec un premier album nommé Crooks & Lovers. À l'époque, en 2010, on croyait au salut du dubstep par la voie de l'electronica, de la soul et de plein d'autres musiques "nobles". L'impressionnant volontarisme médiatique en la matière a vite propulsé ce discret duo anglais en pionnier du "post-dubstep", censé reprendre les codes des aînés du genre pour en faire quelque chose d'encore plus futé.

2013, le terme n'existe presque plus, la house anglaise domine le monde de l'électronique européenne, le dubstep se mord la queue, et Mount Kimbie a enfin le champ libre pour exercer son art de la plus belle des manières. On pourrait presque croire que Dominic Maker et Kai Campos n'attendaient que ça, tant cette pause artistique (entre 2011 et aujourd'hui), tombée à point nommé pour que les tentatives de filiation s'effacent, semble avoir stimulé leur boîte à idées pour ce Cold Spring Fault Less Youth quasi-parfait. Aujourd'hui, Mount Kimbie, c'est plein de choses à la fois. La soul, déjà, reste un ingrédient qui pointe le bout de son nez très régulièrement, sans s'imposer dans le mélange. Le jeune rouquin King Krule, dont la voix semble décidément bien plus âgée que le corps qui la porte, fait passer les deux beaux exemples de mesure et d'élégance que sont "You Took Your Time" et "Meter, Pale, Tone" en merveilles de sensualité. Presque à l'opposé et pourtant si proche, "Made To Stray", qui a servi de premier single, part sur une base glaciale, qui fait écho à la techno martiale de Plastikman, pour finalement servir de tapis aux voix des producteurs, qui semblent prêts à également faire leur job derrière un micro. "Break Well", quant à elle, se moque un peu de notre naïveté : si le début du morceau évoque forcément les plus belles heures de l'électronica, voire de l'ambient, l'arrivée d'un arpège de guitare, qui ferait presque passer Mount Kimbie du côté de l'indie-pop, déstabilise autant qu'elle émerveille. Et le plus fou dans tout ça, c'est que malgré tout ce qu'on vient de vous raconter, Cold Spring Fault Less Youth respire l'homogénéité, grâce à une production légèrement brumeuse, qui a toujours donné cette couleur si particulière aux compositions de Mount Kimbie. Attention, vous pourriez tenir ici l'un de vos disques de chevet, et tout ça sans la moindre ligne de basse dubstep.